Mario Draghi détruit les espoirs d’une intervention massive de la BCE
Les décideurs politiques européens doivent agir rapidement pour rendre leur fonds de sauvetage opérationnel, a déclaré dimanche (18 décembre) le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, détruisant ainsi les espoirs de voir la BCE prendre des mesures d’assouplissement quantitatif (en imprimant de l’argent) afin d’acheter des obligations d’Etat et de soulager les difficultés budgétaires.
Les décideurs politiques européens doivent agir rapidement pour rendre leur fonds de sauvetage opérationnel, a déclaré dimanche (18 décembre) le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, détruisant ainsi les espoirs de voir la BCE prendre des mesures d’assouplissement quantitatif (en imprimant de l’argent) afin d’acheter des obligations d’Etat et de soulager les difficultés budgétaires.
Dans un entretien avec le Financial Times, M. Draghi a également déclaré que la BCE ne pouvait pas commencer à imprimer de l'argent, en ajoutant que tout pays qui quitterait la zone euro se retrouverait dans une situation plus mauvaise et ne pourrait pas s'abstenir de réformes.
Il a ajouté qu'il n'existait pas de compromis à long terme entre la croissance et l'austérité.
Pour restaurer la confiance dans la zone euro, en proie à la crise de la dette souveraine qui a submergé plusieurs pays, il faut former « un pare-feu bien équipé et opérationnel. Et c'est ce que le FESF était censé fournir », a expliqué M. Draghi en référence au Fonds européen de stabilité financière.
« Si l'on pouvait démontrer son utilité dans sa taille actuelle, l'argument en faveur de son renforcement serait bien plus solide », a-t-il poursuivi.
Mario Draghi, qui est devenu le troisième président de la BCE en 12 ans, a affirmé que plus la mise en place de ce pare-feu visant à enrayer la contagion des marchés prendrait de temps, plus cette opération serait coûteuse.
« Le retard pris pour rendre le FESF opérationnel a entraîné l'augmentation des ressources nécessaires pour stabiliser les marchés », a-t-il affirmé.
« Un processus rapide, crédible et solide nécessite moins de ressources », a déclaré M. Draghi en ajoutant que la BCE espérait fournir une assistante au fonds de sauvetage de la zone euro dès janvier.
La BCE est chargée d'assister les interventions sur le marché du FESF, lorsque celui-ci sera prêt à dépenser ses fonds.
M. Draghi a refusé de donner une réponse claire quant à la possibilité que la BCE continue d'acquérir des obligations d'Etat par le biais de son programme pour les marchés de titres (SMP).
« Nous n'avons pas évoqué de scénario précis en ce qui concerne le SMP. Comme je le dis souvent, le SMP n'est ni éternel ni infini », a-t-il expliqué. Jusqu'à présent, la BCE a dépensé plus de 200 milliards d'euros pour acheter les obligations souveraines des pays touchés par la crise de la dette.
M. Draghi a également déclaré que le rôle de la BCE n'était pas de mettre en place des objectifs pour des spreads sur les obligations d'Etat, en ajoutant que ceux-ci dépendaient des réglementations mises en œuvre par les Etats.
« Les écarts de taux des obligations souveraines dépendent des Etats souverains et de la nature de leurs relations. Des progrès sont en cours dans ce domaine. La politique monétaire de peut pas tout faire. »
Pas d'impression d'argent
M. Draghi a mis en garde contre les attentes de voir la BCE résoudre la crise en jouant un rôle de prêteur en dernier ressort auprès des gouvernements.
À la question de savoir si la BCE pourrait mettre en place un programme d'assouplissement quantitatif (en imprimant de l'argent) afin d'acheter des obligations d'Etat et de soulager leur situation financière, il a répondu qu'un tel programme serait contre-productif.
« La priorité est de restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs dans notre continent. Nous n'y parviendrons pas en détruisant la crédibilité de la BCE ».
M. Draghi a tenté de réconforter les pays endettés en affirmant que le renforcement ne porterait pas atteinte à la croissance à long terme. Il a déclaré que les Etats pourraient réduire l'impact à court terme en réformant leurs économies, et a ajouté que le renforcement pourrait réduire les coûts des financements en augmentant la confiance des marchés.
Toutefois, selon lui, des efforts devront être faits à tous les niveaux et l'accent devrait être mis sur l'amélioration de la gouvernance dans la zone euro, un aspect important des réformes.
« L'austérité dans un seul pays n'est pas suffisante pour regagner la confiance des marchés. »
Quitter la zone euro n'apporterait pas non plus de solution au problème, a ajouté M. Draghi, rejetant ainsi les rumeurs selon lesquelles la Grèce s'en sortirait mieux si elle abandonnait la monnaie unique.
« Ce ne serait pas une solution. Quitter la zone euro reviendrait à dévaluer la monnaie, créer une inflation importante, et à l’issue de ce processus, le pays devrait entreprendre les réformes qu'il aurait dû appliquer en premier lieu, mais il serait en position de faiblesse. »
M. Draghi a également déclaré, lors de cet entretien, que le resserrement des conditions de financement dans le marché interbancaire représentait un risque pour la croissance.
« Ces conditions de financement difficiles créent à présent un resserrement du crédit et ont certainement augmenté les risques d'une baisse pour l'économie de la zone euro », a-t-il expliqué.
Il a placé beaucoup d'espoirs dans l'opération d'injection de liquidités de trois ans pour contribuer à l'amélioration de la situation des banques, ajoutant que celles-ci seraient libres de dépenser comme elles le souhaitaient les fonds qu'elles récolteraient. Les obligations d'Etats restent dans ce cas envisageables.
« Nous ne savons pas exactement ce que les banques comptent faire de cet argent. L'important était d'apaiser les pressions concernant les financements. Les banques sont totalement libres de faires ce qu'elles veulent », a déclaré le président de la BCE.
« Acheter des obligations souveraines est l'une des possibilités. Mais c'est seulement une possibilité parmi d'autres. »