Mario Draghi, plutôt le Conseil européen que la Commission

Depuis des semaines, le nom de l'ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, est évoqué pour occuper l'un des « top jobs » de l'Union après les élections des 6 et 9 juin. Si la présidence de la Commission semble verrouillée par les conservateurs, une fenêtre pourrait s'ouvrir au Conseil européen.

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EU Council leaders meeting
Mario Draghi, considéré par beaucoup comme le sauveur de la zone euro quand il était à la tête de la BCE, pourrait-il être l'homme du consensus ? [STEPHANIE LECOCQ]

Depuis des semaines, le nom de l’ancien président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, est évoqué pour occuper l’un des « top jobs » de l’Union après les élections des 6 et 9 juin. Si la présidence de la Commission semble verrouillée par les conservateurs, une fenêtre pourrait s’ouvrir au Conseil européen.

Il ne reste que quelques jours avant les Européennes, et les alliances qui décideront du visage des institutions de l’Union pour les cinq prochaines années ne seront finalisées qu’après le scrutin. Ce qui n’empêche pas les uns et les autres de s’activer en coulisse, alors que certains noms circulent avec insistance depuis des mois, comme celui de Mario Draghi, 76 ans.

Selon Bloomberg, Emmanuel Macron mènerait des négociations avec plusieurs dirigeants européens pour installer l’ancien patron de la Banque centrale européenne (BCE) – qui fut aussi Premier ministre italien entre février 2021 et octobre 2022 – dans le fauteuil d’Ursula von der Leyen, elle-même candidate à sa propre succession, à la tête de la Commission européenne.

« Il existe une immense estime réciproque entre Emmanuel Macron et Mario Draghi. Les deux hommes ont le même engagement européen, ils parlent la même grammaire et ont la même vision économique », souligne le chercheur Marc Lazare, spécialiste de la politique italienne.

« Leurs liens ont été renforcés par la nécessité d’une réponse européenne à l’agression russe, en fournissant des armes à l’Ukraine, alors que Mario Draghi avait toujours eu des convictions très atlantistes. »

Dès décembre 2021, Emmanuel Macron et Mario Draghi appelaient à réformer les règles budgétaires définies par les critères de Maastricht, afin de permettre davantage de dépenses d’investissement, ce qu’ils estiment être la seule solution pour concurrencer efficacement les puissances industrielles américaines et chinoises.

Chargé de rédiger un rapport sur la compétitivité de l’Union, qui devrait être livré après les élections, l’ancien banquier préconise d’injecter 500 milliards d’euros par an dans les économies européennes, afin d’accélérer les transitions écologique et numérique. Le président français milite pour un « choc d’investissements commun », une position réaffirmée lors de son discours sur l’Europe, le 25 avril dernier à la Sorbonne.

Reste que les jours d’Emmanuel Macron sont comptés à la tête de la présidence française, et que son influence pourrait souffrir des mauvais résultats attendus de la liste Renaissance et du groupe européen Renew. Pour Francesca De Benedetti, spécialiste des affaires européennes pour le journal Domani, Emmanuel Macron tenterait donc de pousser la candidature Draghi « pour fragiliser Ursula von der Leyen, elle-même contestée au sein du Parti populaire européen (PPE) ».

Un « top job » pour Mario Draghi ?

Difficile pourtant pour le président français de forcer la main de ses partenaires européens, d’autant que la droite européenne devrait de nouveau arriver en tête du scrutin et donc s’arroger une nouvelle fois la présidence de la Commission. Comment alors placer l’ancien patron de la BCE à l’un des « top jobs » de l’Union ?

« Il y a d’autres possibilités », explique un cadre du parti Les Républicains (LR), qui se dit lui aussi « très lié » à l’économiste italien. « Ursula von der Leyen devrait être reconduite à la tête de la Commission, même si elle s’est compliqué la tâche en ouvrant la porte aux Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et à Giorgia Meloni. Mais Mario pourrait prendre la direction du Conseil européen ».

Encore faut-il pour cela convaincre les Socialistes et Démocrates européens (S&D) de soutenir le candidat Draghi. Ceux-ci devraient arriver en seconde position aux élections et pourraient négocier le droit de proposer l’un de leurs candidats pour le poste.

Une équation qui n’a rien d’impossible, explique le journaliste Mario De Pizzo, dans un texte pour The Atlantic Council : si le prétendant le plus sérieux reste l’ancien Premier ministre portugais Antonio Costa, Mario Draghi est respecté par le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez et par le chancelier Olaf Scholz, alors que la secrétaire du Parti démocratique (PD, S&D) italien, Elly Schlein, a publiquement soutenu les plans d’investissement de l’ancien banquier.

« Les socialistes ne diront jamais durant la campagne qu’ils pourraient soutenir Mario Draghi, mais c’est ce qu’ils finiront peut-être par faire », analyse Francesca De Benedetti. « Mario Draghi entretient en outre de bonnes relations avec Giorgia Meloni, avec qui il a négocié la transition du pouvoir après avoir démissionné de son poste de Premier ministre [en juillet 2022] ».

Mario Draghi, considéré par beaucoup comme le sauveur de la zone euro quand il était à la tête de la BCE, pourrait-il être l’homme du consensus ?

« Mario Draghi n’est pas un politique, c’est un technicien et c’est pour cela qu’il pourrait endosser le rôle de médiateur », explique Lorenzo Castellani, spécialiste de l’histoire des institutions politiques à l’université Luiss Guido Carli de Rome.

Reste pour l’heure que l’homme a plusieurs fois répété qu’il n’était candidat à aucun poste. Des déclarations qui font sourire en Italie. « Mario Draghi ne révèle jamais ses plans, jusqu’au moment où il arrive au pouvoir », souligne encore Francesca De Benedetti.

**Théo Bourgery-Gonse a contribué à la rédaction de cet article.