Theresa May tire un trait sur la marché unique
Après un silence prolongé, Theresa May a dévoilé les 12 priorités du gouvernement britannique dans les négociations du Brexit. Au programme : sortie du marché unique, nouvelle union douanière et vote parlementaire sur l’accord finalisé.
Après un silence prolongé, Theresa May a dévoilé les 12 priorités du gouvernement britannique dans les négociations du Brexit: sortie du marché unique, nouvelle union douanière et vote parlementaire sur l’accord finalisé.
Les 47 minutes de discours de Theresa May sont la communication la plus importante jamais faite par le gouvernement britannique sur ses objectifs de négociation du Brexit.
Une grande partie du discours était connue d’avance, et avait même mené à une légère hausse de la livre sterling face au dollar, après une petite chute ce week-end, liée à des fuites sur le même discours.
>> Lire : Pause ou retour aux sources : face au Brexit, le débat fait rage
La Première ministre a détaillé son projet à la Lancaster House, à Londres, où, en 1988, Margaret Thatcher s’était félicitée de la création du marché unique. Mais Theresa May a explicitement exclu une participation prolongée du pays dans ce marché. Elle a par ailleurs averti les autres dirigeants européens que toute tentative de « punir » la Grande-Bretagne pourrait se retourner contre le reste de l’UE de manière calamiteuse.
Le plan de Londres se concentre autour de 12 points de négociations, qui constituent en réalité la liste de souhaits qui sera présentée à Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit pour l’UE.
De la certitude quand c’est possible.
La Première ministre a indiqué qu’il y aurait des compromis à faire, qui requerront de l’imagination. « Tout le monde ne sera pas en mesure de tout savoir à toutes les étapes » des négociations, a-t-elle averti. « Quand nous pourrons offrir de la certitude, nous le ferons. »
Elle a mentionné le financement de l’agriculture et des universités, qui sera maintenu jusqu’en 2020. Surprise, la Première ministre a aussi assuré que les deux chambres du parlement voteraient sur l’accord final.
Theresa May a par ailleurs promis la fin de la juridiction de la Cour de justice européenne sur le pays. « Nos lois seront élaborées à Westminster, Édimbourg, Cardiff et Belfast [et] interprétées par des juges ici, et non à Luxembourg ».
Pas de droit de veto pour l’Écosse
Pour éviter que le Brexit ne fasse imploser le Royaume-Uni, La Première ministre a promis de « consulter » toutes les assemblées concernées par l’accord, sans pour autant octroyer de veto. Elle laisse ainsi à la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, le loisir de convoquer un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Écosse si la région souhaite rester dans le marché unique. Theresa May a aussi promis que certaines compétences récupérées à Bruxelles seraient redistribuées aux capitales, Édimbourg, Cardiff et Belfast.
Sur les questions de libre-circulation, la Première ministre a proposé la mise en place d’une zone de circulation commune avec l’Irlande du Nord. Elle a également promis de réduire l’immigration européenne, tout en garantissant les droits des Européens au Royaume-Uni et des Britanniques dans l’UE « le plus rapidement possible ».
Pour la première fois, Theresa May a explicitement annoncé que le libre-échange ne pouvait dépendre de la participation au marché unique et a mentionné les nouveaux accords commerciaux que le Royaume-Uni pourrait conclure de manière bilatérale, avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis.
Theresa May veut un accord pour une sortie graduelle, une période « d’intérim », afin d’éviter une rupture abrupte, une chute hors de l’UE sans filet de sécurité. Ce processus ne doit cependant pas condamner le pays à un « purgatoire politique permanent », a-t-elle précisé.
>> Lire : Theresa May rejette toute confusion dans les négociations du Brexit
Après son discours, la Première ministre a prévenu qu’elle ne comptait pas commenter chaque minute des négociations, ce qui ne serait pas dans l’intérêt national.
« Ce n’est pas un jeu, ou le moment de s’opposer pour le principe », a-t-elle déclaré, étant donné que les décisions des deux prochaines années « définiront le pays pour de nombreuses années à venir ».
Elle a également explicitement indiqué qu’elle souhaitait le meilleur pour les 27 États membres qui « poursuivent leur route » vers toujours plus d’intégration. À la toute fin de son discours, elle a cependant assuré que le Royaume-Uni n’hésiterait pas à rompre les négociations si on lui offrait un accord non satisfaisant.
Une balle dans le pied
Dans sa déclaration la plus forte, la Première ministre a affirmé qu’un accord « punitif choisi pour sanctionner la Grande-Bretagne serait calamiteux pour les pays européens ». « Le Royaume-Uni ne pourrait accepter et n’acceptera pas une telle approche », a-t-elle ajouté.
>> Lire : Le Brexit dur séduit des Européens sans concessions
Optimiste, la conservatrice a annoncé qu’après le référendum « clivant » de juin 2016 (lors duquel le Brexit l’a emporté à 52% des voix, et une minorité en Écosse, en Irlande du Nord et à Gibraltar), le pays s’unissait à nouveau.
« Pas d’accord serait mieux qu’un mauvais accord », a-t-elle répété, reprenant également à son compte les avertissements faits à la presse allemande par Phillip Hammond, ministre à l’Économie, ce week-end : si l’UE ne respecte pas les demandes de Londres, le Royaume-Uni pourrait faire dégringoler le taux d’imposition des sociétés et faire chuter le « modèle économique actuel » de filet de sécurité sociale aux variations du marché.
« Nous voulons que l’UE soit un succès. [C’est une] construction économiquement rationnelle – le commerce n’est pas un jeu à somme nulle, plus il y en a plus nous prospérons tous », s’est-elle radoucie.
Avant le discours, le Guardian a publié des parties d’une allocution donnée par Theresa May à des banquiers de Goldman Sachs. Elle y défendant le camp européen avant le référendum, et soulignait la valeur du marché unique et les dangers que représenterait un Brexit pour l’industrie du pays.
La BBC a donc demandé à la Première ministre si elle était toujours d’accord avec son opinion préréférendum selon laquelle le Royaume-Uni serait « plus pauvre » hors de l’UE. Theresa May s’est contentée d’indiquer que les indicateurs économiques étaient à ce jour meilleurs que prévu.
Elle n’a pas non plus directement répondu à la question du Times, qui voulait savoir ce qui se passerait en cas d’opposition du parlement à l’accord négocié avec Bruxelles.
>> Lire aussi : Londres peine à gérer ses diplomates face au Brexit