Mediator : Europe écologie dénonce des conflits d’intérêts

Eva Joly et Michèle Rivasi soupçonnent l’agence européenne du médicament de "complaisance" dans sa gestion du Mediator. Elles demandent l’ouverture d’une enquête administrative.

EURACTIV.fr

Eva Joly et Michèle Rivasi soupçonnent l’agence européenne du médicament de « complaisance » dans sa gestion du Mediator. Elles demandent l’ouverture d’une enquête administrative.

Rebondissement dans l’affaire du Mediator. Mercredi 16 février à Paris, les députées européennes Eva Joly et Michèle Rivasi (Verts/ALE, Europe écologie) ont annoncé avoir demandé une enquête administrative sur le rôle de l’agence européenne des médicaments (AEM) dans ce dossier.

Le Mediator, médicament pour diabétiques en surpoids prescrit aussi comme coupe-faim, a été commercialisé dans plusieurs pays européens, dont la France, pendant plus de trente ans. Depuis 1998, plusieurs enquêtes font état d’effets secondaires graves directement liés à la prise du produit. Ce dernier a été retiré du marché espagnol en 2003 et italien en 2004. La France est l’un des derniers pays à l’avoir interdit en novembre 2009.   

Selon Michèle Rivasi, l’AEM aurait dû se saisir du Mediator dès 1999 après un rapport italien dénonçant les risques de ce produit sur la marché des médicaments.

Mais les deux députées européennes soupçonnent l’agence européenne de « complaisance » avec le laboratoire Servier, qui a commercialisé le Mediator. Il y aurait eu, selon elles, un conflit d’intérêts entre l’agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) et l’agence européenne. Au sein de l’organigramme de l’AEM, les deux parlementaires notent la présence de nombreux représentants français de l’Afssaps et de l’État français. 

« Il faut déterminer quelle a été l’influence de ces représentants français de l’Afssaps au sein de l’AEM, dans la gestion de la pharmacovigilance du Mediator », a affirmé Michèle Rivasi. « Faut-il parler de complaisance ? De collusion ? De corruption ? », questionnent les deux députées. 

Démission

Pour le savoir, elles ont saisi l’office européen de lutte anti-fraude (Olaf). « Nous avons demandé à ce service indépendant de la Commission européenne d’enquêter sur les éventuels conflits d’intérêts qui pourraient expliquer cette inaction aussi longue », expliquent-elles.

La situation de deux Français, Eric Abadie et Jean-Michel Alexandre, qui occupent des poste-clés à l’agence européenne doit être examinée. 

Après avoir occupé différents postes à l’Afssaps, dont il est toujours conseiller scientifique, Eric Abadie préside, depuis 2007, une commission de l’AME qui travaille sur la pharmacovigilance. Pour les deux eurodéputées, « il ne peut pas crédiblement continuer à diriger ce comité. Nous demandons sa démission ».

Quant à Jean-Michel Alexandre, il a présidé de 1995 à 2000 la même commission à l’AEM. En quittant l’agence, « il [est allé] travailler pour Servier », a ironisé Eva Joly. « J’ai pour habitude de dire que pour caractériser les conflits d’intérêts, ce qui importe ce n’est pas d’où vous venez mais où vous voulez aller », a ajouté l’ex-magistrate.

Faire pression

Les deux eurodéputées ont rappelé qu’en 1999, l’agence européenne du médicament avait interdit différents coupe-faims. Le Mediator est passé entre les mailles du filet. « Nous avons perdu dix ans au détriment de la santé publique », a regretté Michèle Rivasi.

Les deux eurodéputées devraient recevoir une réponse de l’Olaf en mars. En cas de refus, elles envisagent d’auditionner des victimes du Mediator au Parlement européen pour continuer à « faire pression ». « Nous voulons savoir et nous voulons protéger la santé des gens », ont martelé les deux députées.

Jointe par EURACTIV.fr, l’AEM a assuré de son entière coopération à l’initiative des parlementaires européennes. « Nous serions également heureux d’apporter notre collaboration à l’OLAF afin d’aider celui-ci à faire toute la lumière dans cette affaire ».

CALENDRIER

Mars : Réponse de l’Olaf sur la demande d’enquête