Les accords commerciaux avec l’Afrique ne sont pas une « success story »
Pour le représentant allemand en Afrique, le commerce entre l’Europe et l’Afrique est « presque insignifiant ». La faute aux mauvais accords de partenariat mis en place par l’UE, mais aussi aux gouvernements africains qui « ne sont pas à la hauteur ».
Pour le représentant allemand en Afrique, le commerce entre l’Europe et l’Afrique est « presque insignifiant ». La faute aux mauvais accords de partenariat mis en place par l’UE, mais aussi aux gouvernements africains qui « ne sont pas à la hauteur ».
Guenther Nooke, commissaire pour l’Afrique auprès du ministère allemand de la Coopération économique et du Développement, a dépeint un tableau plus pessimiste de la situation en Afrique lors d’un événement organisé à Bruxelles par la fondation Konrad Adenauer.
Ses critiques apparaissent d’autant plus sévères que l’Allemagne accueillera cet été le sommet du G20, explicitement consacré à l’Afrique, à Hambourg.
Le commissaire a mis en garde une audience de près de 100 spécialistes de l’aide humanitaire, expliquant que « les gouvernements africains seront tenus pour responsables de chaque enfant mal nourri [en Afrique] ». Il a ajouté que ceux qui voulaient lutter contre ce fléau « seraient soutenus ».
S’il a reconnu, comme la chancelière allemande, que « le bien-être de l’Afrique était dans l’intérêt de l’Europe », il a tout de même précisé que cela ne voulait pas dire « que nous devrons prendre toutes les responsabilités ». « Nous trouvons que de nombreux gouvernements africains ne sont pas à la hauteur. »
Il a averti qu’avec une population africaine en passe de doubler d’ici à 2050, « nous avons besoin d’un changement radical pour maîtriser la situation. La structure des gouvernements africains devra être considérablement améliorée pour devenir durable. »
Il a par ailleurs fustigé les actuels Accords de partenariat économique (APE) entre l’UE et les États africains, indiquant qu’il n’y avait « pas de success story, ni pour l’Afrique, ni pour l’Europe ». Guenther Nooke s’est dit d’accord avec l’opinion générale concernant les APE: « Ce ne sont ni des accords, ni des partenariats. »
Pour lui, le commerce entre l’Afrique et l’Europe est « presque insignifiant », en dehors des ressources naturelles telles que le cacao et les fèves de café, « et du commerce de diamants au Botswana ». L’économie africaine dans son ensemble « est extrêmement faible », a-t-il averti, et « il n’y a pas d’infrastructures pour mettre les énergies renouvelables en œuvre ».
Union africaine
Sur le plan politique, le commissaire a exprimé son accord avec le récent rapport du président rwandais, Paul Kagame, sur l’état de l’Union africaine, qu’il a qualifiée de « dysfonctionnelle » et qu’il accuse de « ne pas avoir saisi les opportunité des dix dernières années ». L’Union africaine « a besoin d’une réforme institutionnelle » face à des défis aussi conséquents, a averti Guenther Nooke.
Si l’Union africaine, installée dans la capitale éthiopienne, Addis Abeba, a une nouvelle équipe de commissaires, les négociations pour un accord commercial post-Cotonou entre les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et l’UE peinent à avancer. L’accord de Cotonou prendra fin en 2020.
Mais Guenther Nooke s’est montré sévère avec Bruxelles: « Si l’UE a une excellente expérience des accords de libre-échange régionaux et des unions douanières, elle peut la partager [avec l’Union africaine], mais la DG commerce ici à Bruxelles doit changer. ».
D’après le commissaire, pour l’Allemagne, un sommet Afrique-UE réussi passe par « la participation de l’Afrique du Nord », une référence à la guerre civile en cours en Libye et à la dictature militaire en Égypte.
L’Afrique est actuellement confrontée à la sécheresse et au risque de famine au Soudan du Sud, en Somalie et au nord du Nigéria, et à des transitions démocratiques fragiles en Gambie, au Gabon, dans la République démocratique du Congo et en République centrafricaine.
L’ambassadeur de l’Union africaine auprès de l’UE, Ajay Bramdeo, a souligné que si le Plan Marshall allemand pour l’Afrique était « intéressant », il aurait dû être conçu comme un plan « avec l’Afrique » plutôt que « pour l’Afrique ».
Sous les applaudissements, l’ambassadeur zimbabwéen auprès de l’UE a demandé si l’Afrique avait été « impliquée » dans le Plan Marshall allemand.
Ajay Bramdeo, s’exprimant en toute honnêteté, s’est excusé de « mettre des vérités qui fâchent sur le devant de la scène », mais a souligné que ni l’Europe ni les États-Unis ne s’étaient développés en tant que démocraties avant de développer leur économie, indiquant aux délégués qu’ils pourraient vérifier ceci dans « n’importe quel livre d’Histoire ».
« Nous ne sommes pas antidémocratiques », a-t-il continué, « mais qui peut décider s’il y a assez de progrès démocratique pour nous imposer des mesures d’aide? »
La directrice générale adjointe pour l’Afrique au Service européen pour l’action extérieure, Birgitte Nygaard Markussen, a quant à elle précisé que l’UE avait fait preuve de courage au Gabon et en Gambie, en luttant contre des élections truquées grâce à ses missions d’observation électorale.
Geert Laporte, du Centre européen de gestion des politiques de développement, a également souligné ces accomplissements. Il a affirmé qu’il s’agissait d’objectifs plus faciles à atteindre dans ces États que dans des pays stratégiques comme l’Afrique et l’Éthiopie, où l’UE a été accusée d’ignorer les abus contre les droits de l’Homme.
Geert Laporte a également indiqué que les initiatives de paix de l’UE et de l’Occident dans son ensemble en Afrique « créaient un état de dépendance », tandis que les sommets internationaux sur l’Afrique ne parvenaient pas à « aborder des sujets brûlants par peur de casser l’ambiance ».
En faisant référence aux préoccupations de Guenther Nooke, il a ajouté que « l’explosion démographique en Afrique [était] une menace permanente », étant donné que la population devrait doubler pour se fixer à 2 milliards de personnes d’ici 2050 et 4 milliards d’ici 2100.