Migrations : le Premier ministre du Kosovo opposé à l’ouverture de centres de rétention dans les Balkans

Le Premier ministre du Kosovo a estimé lors d’une interview pour Euractiv qu’installer des centres de rétention dans les Balkans occidentaux — sur le modèle de ceux construits par l’Italie en Albanie — n’était « pas une solution », alors que toute la région doit à terme rejoindre l’UE.

EURACTIV.com
Kosovo’s Prime Minister Albin Kurti visits North Macedonia
Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti. [EPA-EFE/GEORGI LICOVSKI]

Le Premier ministre du Kosovo, Albin Kurti, a estimé, lors d’une interview pour Euractiv vendredi 18 octobre, qu’installer des centres de rétention dans les Balkans occidentaux — sur le modèle de ceux construits par l’Italie en Albanie — n’était « pas une solution », alors que toute la région doit à terme rejoindre l’Union européenne (UE).

Si de nouveaux centres de rétention étaient construits dans les pays des Balkans occidentaux, « comment s’assurer que les droits des personnes incarcérées soient respectés ? », a questionné Albin Kurti, soulignant que ces centres pèseraient « sur la conscience des citoyens des Balkans mais aussi sur ceux de l’UE ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est récemment dite favorable à « l’idée de développer des centres de retour en dehors de l’UE », expliquant qu’il fallait « tirer les leçons » de l’accord italo-albanais.

« Accueillir des réfugiés de façon temporaire, si l’urgence l’exige, est bien sûr toujours possible », a nuancé le Premier ministre du Kosovo, mais pas question de reproduire le modèle italien.

« Nous parlons d’êtres humains dont il faut prendre soin », a-t-il précisé.

Après la chute de Kaboul aux mains des talibans le 15 août 2021, le Kosovo — tout comme l’Albanie et la Macédoine du Nord — avait accueilli quelques centaines d’Afghans évacués par l’armée américaine et logés dans des bases de l’OTAN, avant que ces derniers ne soient transférés vers différents pays occidentaux.

Poursuivre l’intégration européenne

Alors que Pristina bénéficie depuis le 1er janvier 2024 de la libéralisation des visas avec l’UE, Albin Kurti s’est aussi réjoui que l’ouverture des frontières européennes aux citoyens du Kosovo n’ait pas entrainé une vague massive de départs depuis son pays.

Selon les estimations, environ 800 000 personnes originaires du Kosovo vivraient au sein de l’UE, alors que selon les résultats du recensement publiés cet été, la population du petit pays est tombée à 1,6 million d’habitants, contre 1,8 million dix ans plus tôt.

« Notre très nombreuse diaspora a le mal du pays et elle est mobile », veut pourtant croire Albin Kurti, qui compte sur le retour des émigrés pour contribuer au développement du Kosovo, dans le cadre plus large d’une adhésion à l’UE.

Le Premier ministre s’est ainsi félicité de la volonté de la présidente de la Commission européenne d’accélérer l’intégration des pays des Balkans occidentaux, comme elle l’a rappelé lors d’une réunion du processus de Berlin le 14 octobre, même si les négociations sur la « normalisation des relations » avec la Serbie sont au point mort depuis des mois.

« Faire de l’élargissement un objectif prioritaire est la meilleure réponse qui soit à ceux qui veulent fracturer la sécurité et l’unité de l’Europe », a expliqué Albin Kurti, comme le « despotique président [russe Vladimir] Poutine ».

L’impasse des négociations avec la Serbie

Mais pour ce faire, « il est important que la coopération entre les pays de l’UE et la Serbie ne se fasse pas au détriment de la démocratie dans ce pays, et de la sécurité dans les Balkans occidentaux », a-t-il encore ajouté.

« Nous comptons sur la France et l’Allemagne pour faire comprendre à Belgrade que coopérer économiquement ne veut pas dire donner un blanc-seing pour violer les droits de l’Homme, harceler ses voisins et truquer les élections. »

Il y a presque un an, des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues des grandes villes de Serbie pour dénoncer des irrégularités lors des législatives et des municipales du 17 décembre 2023, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) notant des « achats de voix » et des « bourrages d’urnes ».

Le 19 juillet dernier, le chancelier allemand Olaf Scholz s’était pourtant rendu à Belgrade pour assister à la signature d’un accord pour la fourniture de lithium serbe à l’UE. Quelques jours plus tard, le 29 août, le président Emmanuel Macron confirmait la vente de douze avions de combat Rafale à l’armée serbe.

La Serbie dénonce de son côté les discriminations dont seraient victimes les 100 000 Serbes qui vivent encore au Kosovo, alors que Pristina tente depuis des mois de couper les liens de la minorité avec le pays et de démanteler les institutions qui dépendent de Belgrade, comme la poste, l’école ou encore le système de santé.

« Je lutte contre la criminalité qui sévit dans les régions serbes du nord, et nous avons déjà fermé 18 routes illégales qui vont du Kosovo à la Serbie », se justifie Albin Kurti. « Si quelqu’un s’attendait à ce que je devienne Premier ministre et que ces routes restent ouvertes, c’est qu’il ne me connaissait pas vraiment. »

Alors que le Kosovo est le seul État des Balkans occidentaux à ne pas avoir reçu le statut officiel de candidat à l’intégration européenne, et alors que cinq pays de l’Union ne reconnaissent pas son indépendance (Chypre, Espagne, Grèce, Roumanie, Slovaquie), le gouvernement du Pristina a de nouveau autorisé il y a une dizaine de jours l’importation sur son territoire de marchandises serbes.

« Cela permettra aux pays de la région de se rapprocher les uns des autres et de se rapprocher de l’UE », avait pour l’occasion expliqué à Euractiv Manuel Sarrazin, envoyé allemand pour les Balkans occidentaux.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]