Moldavie : un référendum pour confirmer la voie européenne de Chisinau

Les Moldaves éliront leur prochain président dimanche 20 octobre, mais ils devront également se prononcer sur l’inscription de l’objectif d’adhésion à l’UE dans la constitution de leur pays. À l’approche de ces scrutins, les inquiétudes concernant l’ingérence de la Russie restent vives.

AFP / EURACTIV.com
Pro-EU rally in Chisinau
Les forces pro-européennes se sont battues et ont remporté les élections « équitablement », bien qu’il s’agisse d’une « bataille infaillible », a déclaré Maia Sandu lors d’une conférence de presse lundi. [Diego Herrera Carcedo/Anadolu Agency via Getty Images]

Les Moldaves éliront leur prochain président dimanche 20 octobre, mais ils devront également se prononcer sur l’inscription de l’objectif d’adhésion à l’Union européenne (UE) dans la constitution de leur pays. À l’approche de ces scrutins, les inquiétudes concernant l’ingérence de la Russie restent vives.

Bien que les deux votes soient distincts, ils sont tous deux vus comme un choix entre un avenir dans l’UE ou un retour dans la sphère d’influence de Moscou, qui conserve une certaine influence dans le pays.

Élue en 2020 à la tête du pays, Maia Sandu a coupé les ponts avec la Russie après l’invasion de l’Ukraine voisine en février 2022 et a fait de l’adhésion à l’UE une question vitale.

La Moldavie a entamé les négociations d’adhésion à l’UE en juin dernier, en même temps que l’Ukraine.

La présidente sortante, résolument pro-UE, est candidate à sa réélection.

« Pour nous, l’adhésion à l’UE est existentielle et c’est le seul moyen de consolider notre démocratie », a déclaré Cristina Gherasimov, vice-première ministre de la Moldavie et responsable de l’intégration à l’UE, lors d’un entretien accordé à Euractiv.

« Nous avons toujours été, en tant que gouvernement, en tant que société, un pays très pro-européen, et tous les gouvernements précédents, quelle que soit leur appartenance politique, ont suivi la voie européenne », a déclaré Cristina Gherasimov.

« Il n’y a pas de plan B [à l’adhésion à l’UE] — la Russie, et l’avenir qu’elle souhaite pour nous, n’est pas une alternative », a-t-elle ajouté.

Selon les derniers sondages, Maia Sandu dispose d’une avance confortable sur ses onze adversaires à l’élection présidentielle.

Un sondage réalisé par CBS-AXA publié le 7 octobre donne à la présidente sortante 36,1 % d’avance sur son rival, Alexander Stoianoglo, du Parti social-démocrate européen (PDM), qui obtient 10,1 %.

Selon le même sondage, 63,2 % des Moldaves soutiendraient l’intégration de leur pays dans l’Union, tandis que 32,4 % s’y opposeraient. Pour que le résultat soit approuvé, le taux de participation doit être d’au moins 33 % de la population.

Dans les deux scrutins, la question clé sera de savoir avec quelle marge le vote sera remporté.

L’ingérence russe

Parmi les 3 millions de citoyens moldaves, des mouvements pro-russes persistent, notamment dans des régions comme la Gagaouzie, où les campagnes de désinformation russes contribuent à renforcer ce sentiment.

En amont du vote de dimanche, la police a mené 350 perquisitions et procédé à des centaines d’interpellations de suspects accusés de vouloir perturber le processus électoral.

Le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a averti cette semaine que l’Union « verrait la Russie ne ménager aucun effort pour subvertir le processus électoral au moyen d’attaques hybrides et d’achats illégaux de votes à grande échelle ».

Ces derniers mois, Chisinau a accusé Moscou de tenter d’interférer dans le vote à venir.

« Les tactiques visant à saper le processus électoral ont considérablement évolué au cours des deux dernières années », a déclaré Cristina Gherasimov.

Interrogé sur le fait de savoir si la Moldavie a demandé un soutien supplémentaire pour la surveillance des élections, Cristina Gherasimov a déclaré que « les missions [de surveillance] électorales peuvent contribuer, mais ne peuvent pas couvrir l’ensemble du processus d’influence électorale, qu’il soit le fait d’acteurs nationaux ou étrangers ».

Les autorités moldaves ont pris des mesures sévères à l’encontre des mouvements qui versent des financements pour influencer le vote.

L’opposant le plus virulent à l’adhésion à l’UE, l’homme d’affaires pro-russe en fuite Ilan Sor, a proposé aux électeurs l’équivalent de 29 dollars s’ils votaient contre l’inscription de l’objectif européen et Maia Sandu dimanche. Rien qu’en septembre, la police a enregistré des transferts de fonds dépassant 15 millions de dollars, selon les procureurs moldaves chargés de la lutte contre la corruption.

L’argent aurait été utilisé pour inciter 130 000 Moldaves à voter « NON » au référendum.

L’année dernière, Ilan Sor a été condamné par défaut à 15 ans de prison pour son implication présumée dans une fraude bancaire d’un milliard de dollars et d’autres activités illicites.

Alors que la Cour constitutionnelle de Moldavie a déclaré inconstitutionnel son parti d’opposition pro-Moscou, Ilan Sor a été sanctionné par l’UE et les États-Unis pour tentatives d’ingérence.

Les enquêteurs ont aussi découvert l’existence de « stages » en Russie et dans les Balkans pour former de jeunes recrues à des tactiques de déstabilisation.

L’UE est inquiète

Jeudi 17 octobre, les dirigeants de l’UE, réunis pour un sommet du Conseil européen à Bruxelles, ont « condamné la manipulation et l’ingérence persistantes de la Russie dans les informations étrangères pour tenter de saper les élections démocratiques et le choix du peuple moldave en faveur d’un avenir européen prospère, stable et pacifique ».

Ils ont également salué l’adoption récente du troisième ensemble de sanctions « contre les responsables d’actions visant à déstabiliser, à saper ou à menacer la souveraineté et l’indépendance de la Moldavie ».

L’année dernière, Bruxelles a déployé une mission civile de conseil pour aider le pays à lutter contre la désinformation et l’influence étrangère.

Vendredi 18 octobre, à l’issue du deuxième jour du sommet des chefs de la défense de l’OTAN, le secrétaire général de l’Alliance, Mark Rutte, a lui aussi affirmé que la Russie souhaitait faire dérailler la Moldavie de sa trajectoire pro-UE.

« Nous les aidons […] en renforçant leurs capacités de défense, en les aidant à contrer les campagnes de désinformation et tout le reste, afin de nous assurer qu’ils sont aussi forts que possible pour contrer [l’ingérence], et que des élections libres puissent avoir lieu, et que la Moldavie puisse se développer en tant que société libre, ce que je souhaite vraiment […], et qui se produira », a conclu le Néerlandais.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]