Moscou raffermit sa position sur les paiements du gaz en roubles pour l’Europe

La Russie travaille sur des méthodes permettant de recevoir des paiements en roubles pour ses exportations de gaz et le Kremlin a annoncé que des décisions seraient prises si les pays européens refusaient de payer dans la monnaie russe.

EURACTIV.com avec Reuters
epa09654874 Kremlin spokesman Dmitry Peskov attends Russian President Vladimir Putin’s annual live-broadcast news conference with Russian and foreign media at the Moscow Manege in Moscow, Russia, 23 December 2021. The President’s Big Press Conference is an annual event that has been held since 2001. This year, the number of journalists was limited to 507 due to coronavirus.  EPA-EFE/YURI KOCHETKOV
« Nous n’allons pas fournir du gaz gratuitement, c’est clair », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, au cours d’une conférence téléphonique. [<a href="https://webgate.epa.eu/?16634349628007773501&MEDIANUMBER=57370172" target="_blank" rel="noopener">EPA-EFE/YURI KOCHETKOV</a>]

La Russie travaille sur des méthodes permettant de recevoir des paiements en roubles pour ses exportations de gaz et le Kremlin a annoncé lundi (28 mars) que des décisions seraient prises si les pays européens refusaient de payer dans la monnaie russe.

Lors d’une réunion des dirigeants de l’Union européenne vendredi, aucune position commune concernant la demande formulée par la Russie la semaine dernière, à savoir que les pays « inamicaux » paient leur gaz en roubles et non en euros, n’a pu être dégagée. Cette demande russe fait suite à l’adoption par les États-Unis et leurs alliés européens d’une série de sanctions visant la Russie.

Les inquiétudes concernant la sécurité de l’approvisionnement se sont accentuées après cette demande, les entreprises et les États membres de l’UE s’efforçant d’en comprendre les ramifications.

La Banque centrale russe, le gouvernement du pays et la société Gazprom, qui représente 40 % des importations européennes de gaz, doivent présenter leurs propositions de paiement du gaz en roubles au président Vladimir Poutine d’ici au 31 mars.

« Nous n’allons pas fournir du gaz gratuitement, c’est clair », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, au cours d’une conférence téléphonique. « Dans notre situation, ce n’est guère possible et approprié de s’engager dans la charité [avec les clients européens]. »

Le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, a conseillé aux fournisseurs d’énergie allemands de ne pas payer le gaz russe en roubles, dans un entretien accordé au radiodiffuseur Welt vendredi.

L’Italie continuera à payer son énergie à la Russie en euros, a indiqué la semaine dernière un haut conseiller économique du gouvernement italien.

« La seule grande question en Europe est le gaz et la Russie nous demande de payer en roubles, ce que nous n’avons pas et qui ne figure pas dans le contrat », a expliqué lundi le directeur général du groupe énergétique italien Eni, Claudio Descalzi, lors d’un événement du secteur aux Émirats arabes unis.

La société polonaise PGNiG, qui a un contrat avec Gazprom jusqu’à la fin de l’année, a également déclaré qu’elle ne pouvait pas simplement passer au paiement en roubles.

Préparer l’opinion publique

« Les autorités russes ont visiblement choisi de jouer à la dure », a commenté Andrei Belyi, fondateur de la société de conseil en énergie Balesene OU à Tallinn, en Estonie.

Selon lui, le Kremlin prépare l’opinion publique russe à une interruption de l’approvisionnement en gaz de l’Europe. « À partir du 25 mars, les principales chaînes de télévision russes ont soulevé à plusieurs reprises la question de la “non-pertinence de l’approvisionnement en gaz de l’Europe dans le contexte des sanctions” », a-t-il expliqué à EURACTIV.

« Tous ces discours indiquent que la Russie est prête à interrompre ses approvisionnements en gaz. Les gains politiques à court terme — quels qu’ils soient — semblent l’emporter sur les intérêts économiques à court et long termes », a-t-il poursuivi.

Selon M. Belyi, les Européens doivent commencer à se préparer dès maintenant, à la fois en réactivant les centrales au charbon et en envisageant des livraisons urgentes de gaz sur le court terme.

Au début du mois, l’UE a annoncé qu’elle réduirait sa dépendance au gaz russe de deux tiers cette année et qu’elle mettrait fin aux importations de combustibles fossiles russes d’ici 2027.

Les États-Unis ont déclaré vendredi qu’ils s’efforceraient de fournir 15 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié (GNL) à l’Union européenne cette année.

Les usines américaines de GNL tournent à plein régime et, selon les analystes, la majeure partie du gaz américain supplémentaire envoyé en Europe devrait provenir d’exportations qui auraient été acheminées ailleurs.

Les exportations de gaz russe vers l’UE se sont élevées à environ 155 milliards de m3 l’année dernière.

[Rédaction et complément d’information : Frédéric Simon]