Naufrage de migrants : l’Italie n’a pas tenu compte des avertissements de Frontex

Les autorités italiennes n’auraient pas tenu compte des avertissements de l’agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes qui signalaient la présence potentielle d’un grand nombre de personnes à bord du bateau qui a finalement coulé en Calabre.

Euractiv.com
Dozens found dead in southern Italy after migrant boat sinks in rough seas
Malgré l’avertissement, basé sur des images de caméras thermiques, les autorités italiennes ont mobilisé une « opération de maintien de l’ordre » au lieu d’une opération de recherche et de sauvetage. [EPA-EFE/ANSA]

Les autorités italiennes n’auraient pas tenu compte des avertissements de l’agence européenne de gardes-frontières et de gardes-côtes Frontex qui signalaient la présence potentielle d’un grand nombre de personnes à bord du bateau qui a finalement coulé en Calabre. C’est ce qu’a confié une source de Frontex à EURACTIV.

Ainsi, malgré l’avertissement, basé sur des images de caméras thermiques, les autorités italiennes ont mobilisé une « opération de maintien de l’ordre » au lieu d’une opération de recherche et de sauvetage.

Le bateau intercepté a coulé dimanche matin (26 février) au large de la Calabre, au sud de l’Italie, près de la ville de Crotone. Plus de 60 morts ont déjà été dénombrés, dont de nombreux enfants. Le navire, parti de Turquie, transportait principalement des familles originaires d’Afghanistan et de Syrie.

La garde côtière italienne a déclaré dans un communiqué de presse mardi que le navire « semblait naviguer régulièrement, à 6 nœuds et dans de bonnes conditions de flottabilité, avec une seule personne visible sur le pont du navire ». Aucune mention n’a été faite des images thermiques ou de la présence éventuelle de migrants à bord.

Une mer agitée

Frontex a confirmé à EURACTIV avoir aperçu le bateau dans la nuit de samedi (25 février) avec l’un de ses avions.

L’avion surveillait la zone dans le cadre de « l’opération Themis », lancée en février 2018, grâce à laquelle Frontex aide l’Italie à contrôler ses frontières, mener des activités de surveillance, de recherche et de sauvetage en Méditerranée.

Frontex a communiqué aux autorités italiennes « la localisation, le cap et la vitesse du bateau, ainsi que des informations supplémentaires », comme l’état de la mer et les informations provenant de la caméra de l’avion.

L’état de la mer est mesuré grâce à « l’échelle de Douglas », qui détermine cet état en fonction de la hauteur des vagues. Le jour du naufrage, il était de 4 (sur 7), la mer était donc considérée comme « agitée » car les vagues montaient jusqu’à 2,50 mètres.

Frontex n’a vu qu’une seule personne à bord à travers la caméra, mais d’autres éléments, comme l’enregistrement de la caméra thermique, indiquaient la possibilité de la présence d’un grand nombre de personnes.

« Nos experts ont repéré certains signes indiquant que le bateau pouvait transporter un grand nombre de personnes », a expliqué Frontex.

Frontex a confirmé à EURACTIV que les autorités italiennes avaient accès à ces informations, qui ont été « communiquées immédiatement dans un rapport ».

Après la communication de Frontex, les autorités italiennes ont envoyé deux patrouilleurs de la Guardia di Finanza (GDF) pour intercepter le navire, qui ont dû regagner le port en raison du mauvais temps et de l’état de la mer, comme expliqué dans un communiqué de presse publié lundi.

La GDF est l’autorité qui mène les opérations de maintien de l’ordre, et non de recherche et sauvetage, et ses patrouilleurs ne sont pas équipés pour de telles opérations, contrairement à ceux de la garde côtière italienne.

Dans le communiqué de presse de lundi, le GDF parle du repérage d’un bateau par Frontex « prétendument impliqué dans le trafic de migrants, à environ 40 miles de la côte de Crotone ».

EURACTIV a demandé mardi à la garde côtière italienne quel type d’informations Frontex leur avait communiquées, mais n’a pas reçu de réponse au moment de la rédaction de cet article.

Elle a déclaré dans le communiqué de presse qu’elle avait reçu des rapports à 4 h 30 du matin de personnes à terre concernant un bateau en détresse.

« Il s’agit de la première information d’urgence reçue par la garde côtière concernant le bateau aperçu depuis l’avion de Frontex », a déclaré la garde côtière.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]