Virage à droite attendu pour le nouveau gouvernement nommé par Michel Barnier

Le Premier ministre Michel Barnier a présenté son gouvernement samedi 21 septembre en fin de journée, conservant largement le cap politique des précédentes administrations pro-Macron avec en plus, des concessions au Rassemblement national (RN), le parti d’extrême-droite.

Euractiv.com
Handover ceremony for newly appointed French Prime minister Michel Barnier
L’annonce met fin à une attente de 67 jours pour un nouveau gouvernement — la plus longue dans l’histoire politique moderne de la France — et suggère une continuité politique évidente plutôt que le changement que beaucoup espéraient après les élections législatives anticipées de cet été. [Mohammed Badra/EPA-EFE]

Le Premier ministre Michel Barnier a présenté son gouvernement samedi 21 septembre en fin de journée. Le nouvel exécutif conserve nombre de ministres issus de l’ancienne majorité et penche très largement à droite, sous la pression du Rassemblement national (RN). 

L’annonce de la formation d’un nouveau gouvernement par Michel Barnier a mis ce week-end fin à 67 jours d’attente, soit la vacance du pouvoir la plus longue de la Ve République. Mais l’exécutif présenté par l’ancien négociateur du Brexit suggère plus une continuité que la rupture que les résultats des législatives anticipées de juillet dernier pouvaient laisser attendre.

La liste complète des ministres, qui devait être finalisée depuis jeudi, a connu quelques ajustements samedi, alors que les forces centristes craignaient que le nouveau gouvernement ne penche trop à droite, afin de satisfaire les demandes du RN.

Dans les faits, la plupart des postes ministériels de premier plan sont restés entre les mains d’Ensemble pour la République (EPR, Renew Europe) du président Emmanuel Macron, pourtant arrivé en troisième position lors du dernier scrutin, derrière le Nouveau Front populaire (NFP) et l’extrême droite.

Le ministre de la Défense Sébastien Lecornu conserve par exemple son poste, tandis que Jean-Noël Barrot, ancien ministre des Affaires européennes, prendra en charge les Affaires étrangères.

Agnès Pannier-Runacher, dont les positions en faveur de l’énergie nucléaire sont bien connues, obtient un portefeuille élargi comprenant la transition verte, le climat, et donc l’énergie.

Plusieurs alliés proches d’Emmanuel Macron font également leur entrée au gouvernement, comme Antoine Armand et Laurent Saint-Martin, qui occuperont respectivement les postes de ministre de l’Économie et de ministre du Budget. Les deux hommes auront la lourde tâche de remplacer Bruno Le Maire, qui a annoncé la semaine dernière qu’il partait pour des pâturages plus verts en Suisse.

Les Républicains reviennent dans le jeu

Dans le même temps, Les Républicains (LR, Parti populaire européen) de Michel Barnier, qui ne sont arrivés qu’en cinquième position lors des dernières élections, avec 47 sièges sur les 577 de l’Assemblée nationale (contre 112 en 2017) ont obtenu le portefeuille stratégique de l’Intérieur.

Le sénateur Bruno Retailleau sera ainsi en charge de la police, et ses positions très dures sur l’immigration sont déjà une façon de tenter de s’assurer de la neutralité de l’extrême droite. « Les forces de l’ordre, qui risquent leur vie pour la sécurité de nos compatriotes, peuvent compter sur moi : je serai leur premier soutien », a-t-il annoncé sur X.

D’autres membres des Républicains — dont certains se sont fait connaître pour leurs positions très conservatrices sur l’immigration et la famille — seront en charge de la citoyenneté, du commerce et encore des territoires d’outre-mer.

La composition du nouveau gouvernement est longtemps restée floue. Les partis qui constituaient l’ancien gouvernement ont plusieurs fois menacé de cesser les négociations si Michel Barnier décidait d’augmenter les impôts — une mesure évoquée pour compenser le déficit du budget de l’État — ou si les Républicains s’emparaient des ministères les plus importants.

Éteindre la crise budgétaire

En poste depuis seulement deux semaines, Michel Barnier sait en effet qu’il marche sur la corde raide, avec la menace imminente d’un vote de défiance dès l’ouverture des débats à l’Assemblée nationale le 1er octobre.

Michel Barnier a dû faire usage de ses talents de négociateur, utilisés durant le Brexit, afin de rencontrer les partis politiques et de s’assurer de leur soutien, tout en s’attelant à la mise en œuvre de réformes urgentes comme le projet de loi de finances 2025.

Le déficit de la France s’est creusé et devrait dépasser 5,6 % du PIB d’ici la fin de l’année, loin de l’engagement de 4,9 % pris par Paris auprès de la Commission européenne pour 2024, avec l’objectif de le ramener sous le seuil des 3 % d’ici 2027.

Selon les prévisions, le déficit pourrait même atteindre 6,2 % en 2025. Des mesures immédiates sont donc nécessaires pour apaiser les craintes de la Commission européenne et reprendre le contrôle des dépenses publiques.

Mais la manière d’y parvenir n’est pas encore claire.

Les Républicains et les troupes d’Ensemble pour la République ont exprimé leur clair refus de mettre en place des hausses d’impôts, notamment pour la classe moyenne, menaçant de retirer leur soutien si de telles mesures étaient introduites.

La présentation du projet de loi de finances (PLF), qui doit légalement être soumis au Parlement au plus tard le 1er octobre, devrait être retardé — une autre première dans l’histoire de la France.

D’autres options pour augmenter les recettes devraient être explorées par le nouveau gouvernement, comme des augmentations d’impôts sur les bénéfices des grandes entreprises, en accord avec la promesse du Premier ministre d’apporter « plus de justice fiscale ».

L’extrême droite en embuscade

Le gouvernement de Michel Barnier n’est pas uniquement confronté à des problèmes budgétaires. Le Premier ministre est bien conscient que sa survie va aussi dépendre du bon vouloir du RN, susceptible à tout moment de faire tomber l’exécutif, peut-être même dès le 1er octobre.

Marine Le Pen a clairement indiqué que son soutien à l’exécutif était soumis à certaines conditions.

« Nous ne nous priverons pas de la possibilité de voter en faveur d’une motion de censure si nous estimons que les intérêts supérieurs du peuple français sont bafoués », avait-elle déclaré au quotidien Le Parisien, jeudi 19 septembre.

En nommant Bruno Retailleau au ministère de l’Intérieur, partisan de longue date d’une politique migratoire très ferme, Michel Barnier tente de se donner un peu temps. 

En 2021, le Premier ministre avait aussi plaidé en faveur d’un moratoire sur l’immigration et d’un changement constitutionnel qui donnerait à la France un pouvoir discrétionnaire sur l’application de la législation européenne en matière d’immigration.

Laurent Geslin a contribué à l’article.