Olaf Scholz et Emmanuel Macron, soucieux d'améliorer les relations, cherchent le prochain Airbus
La France et l’Allemagne ont organisé cette semaine une retraite ministérielle informelle de deux jours afin de trouver des moyens de revitaliser le potentiel économique de l’Europe. Malgré cette apparente unité, les deux pays sont restés préoccupés par les tentatives de résorber les tensions et les divisions politiques.
La France et l’Allemagne ont organisé cette semaine une retraite ministérielle informelle de deux jours afin de trouver des moyens de revitaliser le potentiel économique de l’Europe. Malgré cette apparente unité, les deux pays sont restés préoccupés par les tentatives de résorber les tensions et les divisions politiques.
Les principaux ministres des deux plus grands pays de l’Union européenne se réunissent deux fois par an pour un conseil des ministres commun. Cette fois-ci, l’assemblée a pris pour la première fois la forme d’une retraite informelle de deux jours à Hambourg, les 9 et 10 octobre.
Bien qu’éclipsés par les efforts diplomatiques concernant l’attaque du Hamas contre Israël, les principaux sujets abordés ont été les préoccupations franco-allemandes concernant le déclin de la compétitivité mondiale de l’Europe dans un contexte de hausse des prix de l’énergie et d’une transformation industrielle majeure.
« Le fil rouge a vraiment été notre volonté de construire une Europe plus forte grâce à la convergence franco-allemande […] en termes d’économie et de progrès européen grâce à de bons investissements qui maintiennent notre compétitivité », a déclaré le président français Emmanuel Macron à la presse mardi.
Il n’est pas surprenant que la visite d’une usine Airbus à Hambourg ait été un point important de l’ordre du jour lundi, que les deux dirigeants ont désigné comme un projet franco-allemand modèle.
Airbus, le géant du secteur aérien, a été fondée dans les années 1970 avec le soutien des deux gouvernements dans le but de créer un concurrent européen aux constructeurs d’avions américains qui dominaient le marché.
Cinquante ans plus tard, l’entreprise s’est imposée comme le leader mondial de la construction d’avions, devant Boeing.
Gloires passées et rêves d’avenir
Un brin nostalgique, le chancelier Olaf Scholz a déclaré mardi que les discussions du cabinet sur la situation économique actuelle de l’Europe avaient « toujours gardé Airbus en ligne de mire ».
Les perspectives d’un projet succédant à Airbus semblent maigres, les réunions entre les deux gouvernements étant toujours axées sur l’aplanissement des tensions et des désaccords politiques, deux ans après le début du premier mandat d’Olaf Scholz.
La retraite de Hambourg visait principalement à « renforcer la relation » plutôt qu’à « rédiger constamment des déclarations et des documents », a déclaré un porte-parole du gouvernement allemand vendredi dernier, en mentionnant une excursion en bateau sur l’Elbe prévue pour le coucher du soleil, que M. Macron et M. Scholz utiliseraient pour des entretiens bilatéraux.
Les deux dirigeants ont déjà tenté en juin d’améliorer leurs relations personnelles tendues, souvent décrites comme « manquant d’alchimie », sous la forme d’une rencontre sans précédent dans la résidence privée de M. Scholz à Potsdam, près de Berlin.
Intelligence artificielle et marché de l’électricité
De plus en plus, le marché relativement nouveau de l’intelligence artificielle devient un point central des efforts des deux gouvernements pour reconquérir l’avantage économique et technologique de l’Europe face aux géants américains de la technologie.
L’intelligence artificielle a été au cœur des discussions lors de la rencontre de Hambourg et était également censée jouer un rôle dans la visite officielle de M. Macron en juillet, annulée à cause des émeutes urbaines.
Après la retraite, le président français a ouvertement parlé de « faire avancer les projets communs franco-allemands et européens pour créer de la puissance de calcul, réduire la dépendance à l’égard des puces et partager les données », parallèlement à une réglementation qui offrirait un terrain propice aux nouveaux modèles d’intelligence artificielle.
La France et l’Allemagne restent néanmoins embourbées dans des dissensions épineuses sur des sujets techniques qui affectent leur capacité à mettre en place une relance stable après les chocs économiques de la Covid-19 et de la guerre de la Russie en Ukraine.
En particulier, les deux parties s’opposent sur le statut de l’énergie nucléaire dans le cadre de la réforme prévue du marché européen de l’énergie, qui est censée trouver des mécanismes communs pour protéger les entreprises et les consommateurs privés contre les chocs de prix.
Ici au moins, « l’esprit de Hambourg », comme l’a surnommé M. Macron, semble avoir donné quelques résultats.
Les deux chefs d’Etat et de gouvernement veulent « travailler ensemble […] pour parvenir à un accord d’ici la fin du mois », a annoncé le président français.
En outre, les deux gouvernements ont travaillé sur une initiative commune visant à réduire le fardeau réglementaire provenant de Bruxelles. Cette initiative a été évoquée par les responsables allemands pendant un certain temps.
La douleur du présent
M. Macron et M. Scholz ont également condamné conjointement l’attaque du Hamas contre Israël, assurant le pays de son soutien.
L’annonce par la Commission européenne de la suspension de l’aide à la Palestine et du réexamen de sa poursuite avait suscité une certaine confusion, certains gouvernements et le diplomate en chef de l’UE Josep Borrell s’y opposant en faisant référence à l’aide humanitaire destinée à la société civile.
M. Scholz et M. Macron ont tous deux précisé qu’ils ne soutiendraient pas un arrêt du soutien de l’UE aux citoyens palestiniens, mais qu’un réexamen était nécessaire pour éviter que de l’argent aille au Hamas, désigné comme une organisation terroriste à la fois par l’UE et les États-Unis.
« Il est nécessaire de s’assurer qu’aucune de nos aides ne profite à des structures terroristes et il est normal que nous réexaminions la situation face à de tels événements », a déclaré M. Scholz.