OTAN : l’incertitude du processus d’adhésion de l’Ukraine laisse présager peu de progrès d’ici la fin de l’année

Les dirigeants de l’OTAN n’étant pas parvenus à fixer un véritable calendrier pour la candidature de l’Ukraine à l’adhésion à l’Alliance, les prochaines étapes sont loin d’être claires et peu de progrès concrets sont attendus cette année.

EURACTIV.com depuis Vilnius
NATO – Ukraine Council meeting at NATO summit in Vilnius
OTAN — Réunion du Conseil OTAN-Ukraine lors du sommet de Vilnius, en Lituanie. [EPA-EFE/FILIP SINGER]

Les dirigeants de l’OTAN n’étant pas parvenus à fixer un véritable calendrier pour la candidature de l’Ukraine à l’adhésion à l’Alliance, les prochaines étapes sont loin d’être claires et peu de progrès concrets sont attendus cette année.

La déclaration de Vilnius, qui fait suite à des mois d’intenses négociations entre les membres de l’OTAN, ne contient pas de date ni d’invitation directe à l’Ukraine à rejoindre l’Alliance, ce que Kiev avait pourtant initialement espéré.

« Nous serons en mesure d’inviter l’Ukraine à rejoindre l’Alliance lorsque les Alliés seront d’accord et que les conditions seront remplies », ont déclaré les dirigeants de l’OTAN mardi (11 juillet) dans un communiqué du sommet rédigé avec soin, sans préciser quelles pourraient être ces conditions.

Cette formulation constituait le plus petit dénominateur commun sur lequel les 31 États membres pouvaient se mettre d’accord, les États-Unis et l’Allemagne étant particulièrement soucieux d’éviter que la formulation n’engendre des responsabilités ou ne vienne pas créer de fausses attentes.

Les dirigeants de l’OTAN ont toutefois décidé de supprimer le plan d’action pour l’adhésion (Member Action Plan, MAP), qui, selon les responsables de l’organisation, représente un progrès puisqu’il réduirait le processus d’adhésion de Kiev à une seule étape au lieu de deux, ce qui ramènerait la décision au niveau politique.

S’exprimant mardi soir à Vilnius, M. Zelensky, accueilli comme une pop-star par plus de deux mille personnes agitant des drapeaux bleus et jaunes, s’est dit déçu que l’Ukraine n’ait pas été invitée à rejoindre l’OTAN et a demandé si cela semblait être « un vœu trop grand ».

« Je suis venu ici aujourd’hui avec la conviction d’une décision, avec la conviction de partenaires, avec la conviction d’une OTAN forte, d’une OTAN qui ne doute pas, qui ne perd pas de temps et qui ne regarde aucun agresseur », a-t-il déclaré, s’exprimant en ukrainien. Il a critiqué l’absence de ce qui, selon Kiev, aurait dû être un engagement clair en faveur de l’adhésion.

Un « signal » pour l’avenir ?

La déception exprimée par M. Zelensky contrastait fortement avec les images du lendemain, juste avant qu’il ne se rende à la première session du Conseil OTAN-Ukraine, un format actualisé dans lequel Kiev est considéré comme « l’égal » des membres de l’alliance militaire occidentale.

Le changement de ton du président ukrainien est intervenu après que certains des plus proches alliés de Kiev ont signalé que ses critiques publiques étaient peut-être allées un peu trop loin.

Le ministre britannique de la Défense, Ben Wallace, a par exemple déclaré aux journalistes : « L’OTAN n’est pas Amazon — que vous le vouliez ou non, les gens veulent voir de la gratitude ».

« [La déclaration du sommet] est un message fort et uni de la part des alliés sur votre chemin vers l’adhésion à l’OTAN », a pour sa part affirmé le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, s’exprimant aux côtés de M. Zelensky à Vilnius.

« Nous devons veiller à ce que, lorsque cette guerre prendra fin, des dispositions crédibles soient prises pour assurer la sécurité de l’Ukraine, afin que l’histoire ne se répète pas », a-t-il ajouté.

Malgré sa déception quant à l’absence d’un calendrier d’adhésion, le président ukrainien a déclaré mercredi que les résultats du sommet avaient été bons dans l’ensemble et il s’est félicité de la multitude d’annonces de nouvelles aides militaires de la part des alliés.

Le chef d’État ukrainien a par ailleurs reconnu dans un tweet mercredi après-midi que son pays « ne peut pas devenir membre de l’OTAN tant que la guerre se poursuit ».

Interrogé sur la formulation de la déclaration et sur les différences concernant l’adhésion future de son pays, il s’est dit « convaincu qu’après la guerre, l’Ukraine sera membre de l’OTAN ».

« Nous pouvons affirmer que les résultats du sommet sont bons, mais s’il y avait une invitation, ce serait idéal », a également expliqué M. Zelensky, ajoutant que l’invitation serait « un signal » comme l’a été l’octroi du statut de candidat de à l’adhésion de l’UE pour le pays.

Dans une déclaration commune distincte, les dirigeants du G7 ont indiqué mercredi qu’ils s’efforçaient d’officialiser leur « soutien durable à l’Ukraine alors qu’elle défend sa souveraineté et son intégrité territoriale, reconstruit son économie, protège ses citoyens et poursuit son intégration au sein de la communauté euroatlantique ».

Les promesses de sécurité faites à l’Ukraine par plusieurs pays dans le cadre du G7 sont censées faire partie d’une stratégie à long terme de soutien à Kiev.

S’adressant aux journalistes au sujet de la déclaration du G7, M. Zelensky a affirmé que Kiev considérerait les garanties de sécurité bilatérales comme un « signal » indiquant que l’adhésion n’est pas terminée.

« Si le G7 [peut] se mettre d’accord sur des garanties de sécurité, ces garanties montrent un développement important sur la voie de l’OTAN, c’est très important », a-t-il souligné.

Et ensuite ?

L’OTAN a été largement été vue comme n’ayant pas réussi à proposer un calendrier plus concret pour la candidature de l’Ukraine à l’adhésion, et la question qui se pose après le sommet de Vilnius est celle d’un suivi sur le long terme.

Les membres du flanc oriental de l’OTAN, en particulier, veulent éviter de commettre la même erreur qu’après le sommet de Bucarest en 2008, lorsque la déclaration qui, pour la première fois, affirmait que l’Ukraine « deviendrait membre de l’OTAN » n’avait pas eu beaucoup de suites.

Certains d’entre eux ont suggéré de réévaluer les progrès de l’Ukraine lors d’une réunion ministérielle informelle de l’OTAN en novembre. D’autres ne sont pas sûrs qu’il y aura beaucoup à évaluer tant que la guerre en Russie n’aura pas pris fin.

Le prochain point de référence pourrait être le sommet de l’OTAN à Washington en juillet prochain, où les membres de l’alliance occidentale seraient mieux placés pour évaluer le chemin parcouru par l’Ukraine et devraient inclure un texte sur l’Ukraine dans leur communiqué du sommet.

« Nous n’avons qu’un seul souhait : la victoire », a déclaré M. Zelensky aux journalistes à Vilnius lorsqu’on lui a demandé ce qui se passerait, selon lui, d’ici le sommet de l’année prochaine.

La question qui fâche

La crainte est encore plus grande qu’il pourrait y avoir, à un moment donné, des négociations avec la Russie et que l’OTAN pourrait finir par devenir une monnaie d’échange sur la table.

Interrogé par des journalistes à Vilnius sur ces craintes, le secrétaire général, M. Stoltenberg, a réaffirmé que « les négociations visant à résoudre le conflit en Ukraine n’auront lieu que lorsque l’Ukraine sera prête à négocier ».

« Comme je l’ai dit à maintes reprises, il n’y a rien sur l’Ukraine sans l’Ukraine », a-t-il ajouté.

Le chancelier allemand Olaf Scholz a quant à lui affirmé qu’« il est très clair que la question de l’adhésion à l’OTAN ne pourra pas être soulevée par d’autres pays qui ne font pas partie de ce partenariat ».

« La Russie ne sera pas en mesure d’avoir un mandat sur cette question, et je pense que c’est très clair », a-t-il ajouté.

Aurélie Pugnet et Nick Alipour ont contribué à la rédaction de cet article.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]