PAC : les agriculteurs bretons s'insurgent contre la baisse des aides environnementales

Quelques centaines d'agriculteurs ont manifesté mercredi (4 octobre) dans plusieurs villes bretonnes, dénonçant la baisse du budget régional des mesures environnementales de la PAC. Trois organisations appellent l'État et l'Europe à assurer les revenus de plusieurs milliers d'exploitants.

Euractiv France
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Entre 200 et 300 agriculteurs ont manifesté dans plusieurs grandes villes bretonnes pour demander une augmentation du budget de la PAC. [CatherineLProd / Shutterstock]

Quelques centaines d’agriculteurs ont manifesté mercredi (4 octobre) dans plusieurs villes bretonnes, dénonçant la baisse du budget des mesures environnementales de la PAC. Trois organisations appellent l’État et l’Europe à assurer les revenus de plusieurs milliers d’exploitants.

La Bretagne, première région agricole de France, aujourd’hui à la pointe de l’agroécologie, est celle qui bénéficie le plus des aides aux mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC) de la PAC. 

Cette enveloppe d’environ 200 millions d’euros par an, est octroyée pour cinq ans aux exploitations françaises, en contrepartie d’efforts de long terme, comme la baisse des pesticides ou la remise en herbe des parcelles pour nourrir le bétail.

Alors que les MAEC étaient jusqu’ici distribuées par les régions à certaines zones, la Bretagne a fait le choix de rendre accessibles ces aides à tous les agriculteurs. Ils sont 4 400 aujourd’hui à bénéficier de ces soutiens européens.

« Cela a bien fonctionné en Bretagne. À l’heure actuelle 10 % des agriculteurs sont en bio ou touchent les MAEC, alors que c’est à peine 6 % dans le reste du territoire », souligne à Euractiv Dominique Macé, animateur de la fédération bretonne des Civam (centres d’initiatives pour un développement durable), organisation à l’initiative des rassemblements avec la Confédération paysanne et Eau & Rivières de Bretagne.

60 millions manquants

Mais alors que l’État a repris la main sur la redistribution des budgets MAEC avec la nouvelle PAC entrée en application en janvier 2023, les acteurs locaux et la région ont découvert au printemps dernier qu’il manquait 60 millions d’euros pour rémunérer les exploitants bretons. Ce, alors même que le budget MAEC n’a pas baissé dans cette programmation 2023-2027.

« La DRAFF [Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt du ministère de l’Agriculture] n’a prévu que 90 millions d’euros, au lieu des 150 millions d’euros nécessaires cette année. Il y a une vraie incompréhension, car les agriculteurs ont signé des contrats et ils risquent de ne pas être payés », déplore Dominique Macé.

La raison ? Un durcicement des critères, une redistribution des aides entre les régions. « Le nombre de cahiers des charges a été réduit par rapport à la programmation 2014-2022 pour concentrer les efforts sur les enjeux prioritaires et simplifier la mise en œuvre de ces dispositifs, tout en s’assurant de la couverture large des divers enjeux à traiter », annonce le Plan stratégique français (PSN) de la nouvelle PAC.

40 % des agriculteurs bretons risquent donc d’être privés de ce soutien financier, tout en ayant pris des engagements, avec parfois des investissements, des transformations de leur exploitation. Pour les petites exploitations, il peut monter jusqu’à 12 000 euros par an, confie-t-on au Civam.

D’après l’organisme, d’autres régions seraient concernées, mais dans une moindre mesure, comme la Nouvelle-Aquitaine ou l’Occitanie.

Mesures système

« Quand on voit les millions d’euros que dépense l’Europe pour maintenir le prix des aliments, quand on voit le gouvernement français injecter un milliard dans la planification écologique, et qu’il n’y a pas le budget pour ce type d’outil, il y a un problème », s’agace Dominique Macé.

Les organisations demandent au gouvernement de revoir ce budget breton à la hausse, mais surtout de cibler davantage les dépenses de la PAC.

« Ces MAEC sont des outils très efficaces car ils reposent sur des mesures système, le cahier des charges s’applique sur l’ensemble de l’exploitation », poursuit-il. Les MAEC Sol, Eau et Élevage concernent en effet toute l’exploitation. Seules les MAEC Biodiversité sont localisées, comme la création d’une prairie.

À l’instar des MAEC, plusieurs aides PAC visent à encourager l’adoption de mesures favorables à l’environnement, selon le principe de conditionnalité des aides.

Mais nombre d’entre elles, comme l’écorégime, nouveauté de la PAC actuelle, sont aujourd’hui critiquées pour leur faible exigence : cet été, le ministère avait conclu que 90 % des exploitations y avaient accès, sans changer pour autant leurs pratiques en profondeur.

« Rien d’inéluctable »

Pour Dominique Macé, ce manque de moyens alloués à la Bretagne n’a « rien d’inéluctable » : « Nous avons interpellé le ministre [Marc Fesneau] à deux reprises en Bretagne, et nous a répondu être ‘conscient’ du problème. Avant de nous annoncer la semaine dernière qu’il lui fallait encore trois semaines pour mettre en place de nouveaux éléments financiers et revenir vers nous ».

« Si l’Europe interpelle l’État, cela peut enclencher un débat et le pousser à répondre », ajoute-t-il.

Entre 200 et 300 agriculteurs ont manifesté mercredi dans plusieurs grandes villes comme Saint-Brieuc, Quimper ou Rennes, alors que les premiers paiements doivent arriver au printemps prochain.