Pacte de l’UE sur l’immigration : une pilule difficile à avaler pour l’Allemagne

Un nouvel accord entre les États membres de l’UE visant à renforcer les règles en matière d’immigration et à imposer des frais de 20 000 euros pour chaque migrant qu’un État refuse d’accepter a été accueilli avec déception en Allemagne, une partie des Verts et du SPD au pouvoir s’opposant au compromis.

/ EURACTIV Allemagne
German Foreign Minister Annalena Baerbock visits
« Si nous, en tant que gouvernement fédéral, avions été en mesure d’adopter la réforme seuls, elle aurait été différente », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, afin de calmer les critiques. [EPA-EFE/GEORGI LICOVSKI]

Un nouvel accord entre les États membres de l’UE visant à renforcer les règles en matière d’immigration et à imposer des frais de 20 000 euros pour chaque migrant qu’un État refuse d’accepter a été accueilli avec déception en Allemagne, une partie des Verts et du Parti social-démocrate (SPD) au pouvoir s’opposant au compromis.

Jeudi (8 juin), les États membres de l’Union européenne se sont mis d’accord sur les règles de l’UE en matière d’immigration, qui façonneront les systèmes d’asile du continent pour les années à venir. Bien que l’Allemagne ait été l’un des plus ardents défenseurs du nouveau régime migratoire, l’accord a suscité de nombreuses controverses.

« Si nous, en tant que gouvernement fédéral, avions été en mesure d’adopter la réforme seuls, elle aurait été différente », a déclaré la ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, afin de calmer les critiques.

L’Allemagne a particulièrement insisté pour qu’un mécanisme de solidarité soit intégré au pacte européen sur la migration. Si Berlin a finalement obtenu gain de cause, elle a dû faire des sacrifices dans d’autres domaines, notamment en ce qui concerne les procédures d’asile rapides aux frontières de l’Union européenne, qui font l’objet d’une vive controverse.

« La partie la plus amère du compromis concerne les procédures à la frontière extérieure pour les personnes originaires de pays où le taux de reconnaissance est faible. Sans ces procédures frontalières, personne d’autre que l’Allemagne n’aurait participé au mécanisme de répartition », a souligné Mme Baerbock.

Selon l’accord, les procédures d’asile doivent être traitées à la frontière européenne dans un délai de 12 semaines. Si la demande est rejetée, les demandeurs d’asile doivent être rapatriés immédiatement.

Révolte au sein du gouvernement ?

Avant la réunion, l’Allemagne s’était déjà montrée disposée à faire des compromis afin de ne pas mettre en péril le succès des négociations, ce qui a suscité une levée de boucliers de la part des Verts et de l’aile gauche du SPD.

Mardi, plus de 700 membres du parti des Verts ont menacé de se rebeller contre leur propre parti dans une lettre ouverte adressée au vice-chancelier Robert Habeck et à Mme Baerbock, tous deux membres du parti des Verts. Dans cette lettre, les membres se disent « préoccupés » et « choqués » par la volonté de leur parti d’accepter une telle réforme.

En outre, 24 députés verts et sociaux-démocrates du Bundestag ont ouvertement critiqué l’introduction d’une procédure d’asile rapide aux frontières européennes.

« Si les procédures aux frontières fonctionnaient, cela soulagerait le fardeau de ces États. Cependant, de telles procédures modèles existent déjà », a indiqué à EURACTIV Hakan Demir, député SPD et signataire de la lettre.

« Il est évident que cela crée le risque de camps plus importants aux frontières, qui ont des situations difficiles en matière de droits de l’homme », a ajouté M. Demir, qui est également le porte-parole adjoint du SPD sur la migration.

D’autres problèmes à venir ?

Alors que l’approche plus conciliante du gouvernement allemand avait déjà suscité la controverse parmi les membres de la coalition, l’accord final sur le nouveau régime migratoire pourrait créer encore plus de troubles au sein de la coalition allemande.

La volonté de compromis était déjà politiquement coûteuse pour le gouvernement, mais celui-ci a tenu à garder une exception pour les mineurs et les familles dans le cadre des procédures d’asile rapides.

« Pour moi, il est important que l’Allemagne reste ferme sur le respect des normes en matière de droits de l’homme lorsqu’il s’agit d’accorder une protection spéciale aux mineurs et aux familles », a déclaré M. Demir, ajoutant qu’ils devraient être exemptés de la règle.

« Je suis opposé à un accord à tout prix au détriment des droits de l’homme », a-t-il ajouté.

L’accord est également susceptible d’accroître la pression émanant de l’aile gauche des Verts, car le programme de leur parti stipule clairement que « les contrôles d’asile à la frontière extérieure ne sont pas compatibles » avec l’approche des Verts en matière d’immigration.

Au niveau européen, les Verts allemands ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à cette décision lors des prochaines négociations avec les États membres.

Le président des Verts allemands au Parlement européen, Rasmus Andresen, a qualifié l’accord de « grave erreur » de la coalition allemande.

« Je n’ai aucune sympathie pour l’approbation allemande », a affirmé M. Andresen, ajoutant que le Parlement européen « a une position plus équilibrée ».

« Nous nous battrons pour que cela prévale », a-t-il écrit sur Twitter.