Palestine : Israël empêche le travail de groupes financés par l'UE
Le soutien financier de l’UE aux ONG et organisations intergouvernementales palestiniennes opérant sur le terrain se révèle être un point de friction dans les relations entre Bruxelles et Tel Aviv.
Le soutien financier de l’UE aux ONG et organisations intergouvernementales palestiniennes opérant sur le terrain se révèle être un point de friction dans les relations entre Bruxelles et Tel Aviv. Les organisations financées par l’UE se sont plaintes des obstacles auxquels se heurtent leurs opérations.
Le financement de l’UE pour la Palestine est fourni à différents titres et « il prévoit de fournir jusqu’à 1,177 milliard d’euros de soutien financier de 2021 à 2024 », a déclaré un responsable de l’UE à EURACTIV.
Les principaux objectifs de ces fonds sont de « promouvoir la perspective d’un État palestinien, contribuer au développement économique et social durable de la Palestine, promouvoir les droits de l’homme et la démocratisation, et renforcer une gouvernance et des institutions efficaces et responsables en soutien à un État palestinien qui puisse honorer les obligations prévues par la solution à deux États », a-t-il expliqué.
Cependant, de nombreuses ONG opérant sur le terrain considèrent que les déclarations des institutions européennes, critiquant par exemple les colonies israéliennes, ne suffisent pas à résoudre le problème.
« L’UE doit prendre des mesures concrètes pour mettre fin aux accaparements illégaux de terres, à la confiscation des biens et à la démolition des infrastructures civiles. Les donateurs tels que l’UE doivent demander un rapport complet de la valeur financière des structures démolies et exiger leur compensation », a déclaré à EURACTIV Vittorio Infante, conseiller en matière de conflits et de politique humanitaire de l’UE chez Oxfam Europe.
L’affaire des six organisations
En octobre dernier, le gouvernement israélien a désigné six organisations palestiniennes comme des groupes terroristes. Certaines d’entre elles reçoivent des fonds de l’UE.
Selon Israël, ces groupes ont des liens avec le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), qui figure sur les listes noires américaines et européennes du terrorisme.
Par mesure de précaution, l’UE avait gelé les fonds qu’elle leur versait, mais l’été dernier, en raison du manque de preuves fournies par Israël pour étayer leur accusation, les flux financiers ont repris.
Parmi ces organisations figure « Al Haq, Defending Human Rights », une ONG basée à Ramallah depuis 1979, qui promeut les droits de l’homme et l’État de droit dans les territoires occupés.
Lors d’une rencontre avec des journalistes à Ramallah, le directeur d’Al Haq, Shawan Jabarin, a déclaré que des organisations comme Al Haq sont prises pour cible parce qu’elles accusent l’État israélien de mener des politiques de type « apartheid » dans les territoires occupés, comme Amnesty International et Human Rights Watch l’ont affirmé l’année dernière, et qu’elles « soumettent activement des affaires à la Cour pénale internationale » pour promouvoir l’obligation de rendre des comptes et le respect de l’État de droit dans le pays.
« Ils ciblent également nos travailleurs, par exemple en les menaçant, eux-mêmes ou leurs familles, ou en limitant les permis à cause de leur lien avec nous », a déclaré le directeur d’Al Haq.
Le travail des entités opérant en Cisjordanie est particulièrement difficile, ont affirmé des ONG locales lors de différentes visites dans la région.
Dans le village d’Al Walaja, situé entre Jérusalem et Bethléem, où une grosse colonie israélienne s’étend progressivement, les organisations présentes sur le terrain demandent aux journalistes de ne pas être citées car elles craignent d’être prises pour cible par le gouvernement israélien.
Les familles palestiniennes doivent obtenir une carte d’identité de Jérusalem auprès des autorités israéliennes pour être classées comme résidentes, mais elles se heurtent à de gros obstacles bureaucratiques pour l’obtenir et courent le risque quotidien d’être expulsées.
« Le gouvernement israélien essaie de diviser les familles de ce village. Parfois, ils donnent la carte d’identité de Jérusalem aux parents mais pas aux enfants, et vice-versa », a déclaré un responsable de l’une de ces organisations, qui s’est exprimé anonymement.
« Très souvent, une famille qui demande une carte d’identité de Jérusalem sans l’obtenir ne peut pas obtenir de carte d’identité palestinienne de l’Autorité palestinienne, et finit donc par devenir apatride », a expliqué la source aux journalistes.
Des problèmes similaires affectent le camp de réfugiés d’Aïda, géré par l’UNRWA (Office national de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), qui est situé près des colonies de Har Homa et Gilo, et à proximité d’importants postes de contrôle entre Bethléem et Jérusalem.
Lors d’une visite du camp, le personnel de l’UNWRA a raconté aux journalistes que le camp subit de nombreuses incursions des forces israéliennes. Ces opérations se soldent notamment par des meurtres et des arrestations, et le contrôle israélien de ce territoire affecte leur travail.
D’après leurs données, le camp a connu environ 7 600 incursions en 2021 et quelque 6 300 depuis le début de l’année.
« Les membres du personnel qui sont palestiniens mettent parfois trois heures pour arriver au bureau, un trajet qui est censé durer seulement trente minutes, car ils ne peuvent pas passer par certaines routes », a déclaré un membre du personnel de l’UNWRA.
Le camp est régulièrement financé par l’UE, et a reçu 97 millions d’euros en 2022.