Paquet à 12 euros : l’Alliance contre le tabac dénonce un manque d’ambition

Alors que le gouvernement envisage d’augmenter le prix du paquet de cigarettes en 2024 dans le cadre des discussions du financement du budget de la sécurité sociale, l’Alliance contre le tabac critique une mesure trop peu contraignante.  

Euractiv France
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L’ACT souhaite également que les autres produits du tabac comme le tabac à rouler soit augmenté afin d’éviter que les fumeurs de cigarettes dites classiques se tournent vers ces produits.  [SHISANUPONG1986/Shutterstock]

Alors que le gouvernement envisage d’augmenter le prix du paquet de cigarettes en 2024 dans le cadre des discussions du financement du budget de la sécurité sociale, l’Alliance contre le tabac critique une mesure trop peu contraignante.  

Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a déclaré sur RMC lundi 28 août que le gouvernement pourrait augmenter le paquet de cigarettes à douze euros dès le début de l’année 2024. 

Mais selon l’Alliance contre le tabac – ACT, cette mesure n’est pas à la hauteur de l’enjeu de santé publique. 

« Seule une politique forte et continue permettra de faire baisser efficacement et durablement la prévalence tabagique de notre pays. Ce fléau concerne encore près de 12 millions de Français », soutient Loïc Josseran, président de l’ACT, dans un communiqué de presse publié mercredi (30 août). 

Alors que le gouvernement envisage de porter progressivement le prix du paquet de 20 cigarettes à treize euros d’ici 2027, l’ACT préconise plutôt un paquet au prix de seize euros d’ici là. 

L’ACT souhaite également que les autres produits du tabac comme le tabac à rouler soit augmenté afin d’éviter que les fumeurs de cigarettes dites classiques se tournent vers ces produits. 

Même son de cloche pour l’eurodéputée française Anne Sophie Pelletier (La Gauche, GUE/NGL). 

« L’action du gouvernement doit aller plus loin. Politique de prévention, d’accompagnement des personnes souffrants de dépendances au tabac, contribution des industriels du tabac aux politiques sanitaires du pays, respect du protocole de l’OMS et interdiction du marché parallèle », analyse-t-elle pour EURACTIV.

L’idée d’augmenter le prix du tabac pour diminuer le nombre de fumeurs n’est pas nouvelle. C’est même l’une des principales recommandations du protocole de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). 

Créé en 2008, le protocole MPOWER est un guide d’outils pour aider les pays à mener une politique de santé publique efficace dans la lutte contre le tabac. 

« En moyenne, une augmentation des prix de 10 % réduira la consommation de 5 à 8 % dans les pays à faible et moyen revenu et d’environ 4 % dans les pays à revenu élevé », écrit l’OMS dans un rapport publié sur la consommation de tabac dans le monde publié en juillet dernier.

Douze millions de fumeurs en France

La France compte près de douze millions de fumeurs quotidiens, selon les données de Santé publique France publiées en 2022, ce qui représente plus de trois personnes sur dix âgées de 18 à 75 ans. 

« Après une baisse du tabagisme quotidien d’ampleur inédite entre 2016 et 2019 (de 29,4 % à 24,0 % en métropole), la prévalence s’est stabilisée depuis 2019 », relève Santé publique France dans son étude.

Cette baisse du nombre de fumeurs s’explique entre autres par l’augmentation de la fiscalité sur le prix du tabac, qui a atteint les dix euros symboliques en 2020. 

« Il est également important de contrecarrer les idées reçues en rappelant que le tabagisme coûte bien plus cher à l’Etat que ce qu’il ne lui rapporte : si les taxes génèrent 13 milliards d’euros de recettes par an, le coût social du tabac est estimé à 156 milliards d’euros chaque année », ajoute Loïc Josseran.

L’on entend par coût social du tabac toutes les dépenses directes ou indirectes liées à sa consommation : soins de santé, tabagisme passif, décès, perte de productivité ect. 

Chaque année, le tabac tue 66 000 personnes en France et coûte jusqu’à 26 milliards d’euros à l’Assurance maladie. 

« La politique de lutte contre le tabac est essentielle mais n’oublions pas que l’augmentation  du prix du tabac sert à son industrie, et sous le sceau de santé publique, ce sont les cigarettiers qui sortent grands gagnants », conclut Anne-Sophie Pelletier. 

L’eurodéputée préside avec Michèle Rivasi (EELV/Les Verts) un groupe de travail parlementaire indépendant sur l’industrie du tabac dont les travaux reprendront en octobre à Bruxelles.