Parlement européen : quelle est la probabilité de voir se former un « super-groupe » d’extrême droite ?
Alors que les Conservateurs et Réformistes européens et Identité et Démocratie d’extrême droite ont évoqué ces derniers mois la possibilité de fusionner en un super-groupe, leurs positions sont en réalité assez éloignées sur des questions importantes.
Alors que les groupes des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) et Identité et Démocratie (ID), les deux forces d’extrême droite au Parlement européen, ont évoqué ces derniers mois la possibilité de fusionner en un super-groupe, lorsque l’on y regarde de plus près, leurs positions sont en réalité assez éloignées sur des questions importantes.
La possibilité de voir se former un groupe d’extrême droite unifié au Parlement européen a longtemps été considérée comme illusoire. Toutefois, une récente initiative de certains des partis les plus influents au sein des groupes CRE et ID a revitalisé l’idée.
« C’est le moment pour nous d’unir nos forces, ce serait vraiment utile », a récemment confié Marine Le Pen (Rassemblement national, RN) au journal italien Corriere della Sera.
S’il devait voir le jour, ce super-groupe serait probablement la deuxième force la plus importante au sein de l’hémicycle européen avec environ 160 sièges, selon les projections d’Europe Elects. L’extrême droite serait devancée de 20 sièges par le Parti populaire européen (PPE) de centre-droit.
Si de nombreux partis des groupes CRE et ID convergent dans leur orientation eurosceptique, ils diffèrent toutefois considérablement si l’on regarde les votes de leurs eurodéputés au Parlement européen. C’est ce qu’il ressort de données de la plateforme de recherche EU Matrix.
Une fusion avec ID nuirait particulièrement à la cohésion du groupe CRE. Alors que lors de la dernière législature (2019-2024), le groupe CRE a voté de manière uniforme 79 % du temps, ce chiffre chuterait à 64 % s’ils formaient un seul groupe avec ID, où le taux de cohésion est inférieur à celui du groupe CRE.
Or, la cohésion de vote au sein d’un groupe est un facteur clé pour la collaboration avec d’autres partis au Parlement européen, car des pourcentages aussi bas les feraient apparaître comme un partenaire moins fiable.
Par ailleurs, la formation d’un super-groupe d’extrême droite pourrait même faire perdre au groupe CRE une partie de son influence au sein du Parlement européen, plutôt que de lui en faire gagner.
Si le groupe CRE est parvenu à se présenter sous un jour favorable jusqu’à présent, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen (PPE), ayant même envisagé de former une alliance avec lui après les élections, une collaboration avec les partis membres de ID est toujours exclue.
Ce rejet du groupe ID a pu être constaté au cours des cinq dernières années. En effet, le taux de réussite des amendements déposés par des eurodéputés ID en plénière était inférieur à 1 %, tandis que le groupe CRE est parvenu à faire adopter son point de vue plus de 17 % du temps, si l’on se réfère aux données d’EU Matrix.
Russie et Ukraine
Presque tous les partis composant le groupe CRE condamnent fermement la guerre menée par la Russie en Ukraine, avec une cohésion de vote de 92 %. De son côté, le groupe ID a eu du mal à trouver une position commune sur la question et la cohésion sur la question est de 46 % seulement.
Cependant, le PPE a qualifié la position des deux partis sur la Russie et le soutien à l’Ukraine comme une ligne rouge pour toute collaboration future.
En outre, alors que CRE et ID semblent être étroitement alignés sur les questions d’immigration, de climat ou de transition verte, la question de la Russie reste une épine dans le pied de leur collaboration potentielle.
« Les principaux partis du groupe CRE, [le parti italien] Fratelli d’Italia et le [parti Droit et Justice] PiS polonais, sont parmi les plus fervents défenseurs des liens étroits entre l’UE et l’OTAN et parmi les plus grands critiques des actions de la Russie », a expliqué Davide Ferrari, responsable de la recherche chez EU Matrix, à Euractiv.
« Cela rend le groupe CRE un peu plus acceptable pour la classe politique de l’UE », a-t-il ajouté.
Toutefois, le groupe CRE a déjà montré par le passé qu’une approche plus hésitante à l’égard de la question du soutien à l’Ukraine n’était pas nécessairement un obstacle pour lui.
Les deux personnalités les plus influentes du groupe, la Première ministre italienne Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia) et l’ancien Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki (PiS), ont laissé la porte ouverte au parti Fidesz du Premier ministre hongrois Viktor Orbán pour qu’il rejoigne leurs rangs après avoir quitté ceux du PPE, et ce malgré sa position controversée sur l’Ukraine.
Nick Alipour a contribué à la rédaction de cet article.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]