Pas d’avancée dans les négociations de l’UE avec le Kosovo et la Serbie

Les dirigeants de la Serbie et du Kosovo ne sont pas parvenus à un accord lors des négociations de crise sous la médiation de l’UE qui se sont tenues jeudi et dont l’objectif était de mettre fin à des semaines de violence dans les régions à majorité serbe du nord du Kosovo.

Euractiv.com
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Le président serbe Aleksandar Vučić et le Premier ministre kosovar Albin Kurti ont été convoqués pour des discussions de crise après que l’UE et les États-Unis ont demandé aux deux parties de prendre des mesures pour apaiser les tensions, qui connaissent une recrudescence. [[EPA-EFE/GEORGI LICOVSKI]]

Les dirigeants de la Serbie et du Kosovo ne sont pas parvenus à un accord lors des négociations de crise sous la médiation de l’UE qui se sont tenues à Bruxelles jeudi (22 juin) et dont l’objectif était de mettre un terme à des semaines de violence dans les régions à majorité serbe du nord du Kosovo.

Le président serbe Aleksandar Vučić et le Premier ministre kosovar Albin Kurti ont été convoqués pour des discussions de crise après que l’UE et les États-Unis ont demandé aux deux parties de prendre des mesures pour apaiser les tensions, qui connaissent une recrudescence mais couvent depuis que le Kosovo a déclaré son indépendance vis-à-vis de la Serbie en 2008.

Alors que l’objectif initial était que les deux dirigeants se rencontrent face à face, ils n’ont eu que des entretiens séparés avec le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, et le représentant spécial de l’UE pour le dialogue Belgrade-Pristina, Miroslav Lajčák.

Des violences ont éclaté dans quatre municipalités du nord du Kosovo à la fin du mois dernier, après que des maires d’origine albanaise ont pris leurs fonctions à la suite d’élections locales. Le taux de participation de ces élections n’a été que de 3,5 % puisque les Serbes, qui sont majoritaires dans la région, ont boycotté le scrutin sous recommandation de M. Vučić, qu’ils considèrent comme leur vrai président.

Les tensions se sont aggravées après que la police serbe a arrêté trois policiers kosovars la semaine dernière, affirmant qu’ils avaient franchi la frontière entre les deux pays. Pristina affirme qu’ils ont été arrêtés sur le territoire du Kosovo. La communauté internationale a demandé leur libération immédiate et inconditionnelle, mais ils sont toujours détenus en Serbie à l’heure actuelle.

S’exprimant à Bruxelles après les réunions, Josep Borrell a déclaré qu’il avait demandé à Albin Kurti de retirer les maires de leurs fonctions, de retirer la police spéciale de quatre bâtiments municipaux et de respecter l’accord conclu en 2013 en vue de la création d’une Association des municipalités serbes du Kosovo dotée d’un certain degré d’autonomie.

« Après quatre heures de réunion, je pense que les deux dirigeants comprennent la gravité de la situation », a déclaré M. Borrell aux journalistes.

« Mais il est évident qu’ils se trouvent dans des situations différentes, qu’ils ont des approches et des interprétations différentes », a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie de l’UE a déclaré avoir demandé à M. Kurti « d’annoncer des élections anticipées, dès que possible, dans les quatre municipalités à condition que les Serbes du Kosovo y participent », ce qui est crucial pour dénouer les tensions actuelles.

« Voici le cœur du problème et le cœur de la solution : des élections anticipées, dès que possible », a déclaré M. Borrell.

Il a toutefois reconnu qu’il n’y avait pas encore d’accord sur la tenue d’un nouveau scrutin.

« Nous n’en sommes pas encore là », a déclaré M. Borrell, tout en ajoutant que les deux parties « ont discuté en détail des modalités et des étapes pour y parvenir ».

M. Kurti a déclaré que de nouvelles élections ne pourraient être organisées que conformément à la loi kosovare, ce qui signifie que les Serbes du pays devraient signer une pétition pour les exiger.

« Je ne peux pas remplir toutes les conditions [de l’UE et des États-Unis] qui violent les lois du Kosovo », a-t-il déclaré aux journalistes à Bruxelles, avant d’ajouter : « Si nous nous en tenons aux lois de notre République démocratique, elles constituent un cadre et une plate-forme suffisants pour sortir de cette crise. Nous avons juste besoin de bonne volonté ».

M. Kurti a demandé la libération immédiate des trois policiers détenus par la Serbie et a déclaré qu’il avait présenté à M. Borrell des preuves qu’ils se trouvaient sur le territoire du Kosovo lorsqu’ils ont été arrêtés.

Josep Borrell a déclaré qu’il avait demandé à Aleksandar Vučić de libérer les trois policiers kosovars « de toute urgence et sans condition » et de retirer les manifestants serbes des environs des bâtiments municipaux dans les quatre villes en même temps que le retrait de la police kosovare.

Le président serbe a déclaré qu’il était prêt pour plus de discussions avec les médiateurs de l’UE, mais a souligné que rencontrer M. Kurti en personne n’avait « aucun sens ».

« Nous continuerons à parler quotidiennement parce que nous pensons que la paix et la stabilité sont d’une importance cruciale, mais […] les Serbes […] ne veulent pas souffrir de la terreur de [Albin] Kurti », a-t-il déclaré aux journalistes à Bruxelles.

M. Borrell a déclaré que M. Vučić lui avait présenté un rapport faisant état de passages à tabac de Serbes arrêtés pendant et après les manifestations et a promis qu’une mission judiciaire de l’UE au Kosovo mènerait une enquête.

« Les arrestations arbitraires et les mauvais traitements infligés aux prisonniers sont tout à fait inacceptables », a déclaré M. Borrell.

L’UE avait annoncé des conséquences politiques pour le Kosovo, telles que la suspension des visites de haut niveau et de la coopération financière, s’il ne revenait pas sur sa décision concernant les élections.

M. Borrell a déclaré qu’il consulterait les ministres des Affaires étrangères de l’UE lors de leur réunion régulière de lundi (26 juin) au sujet des prochaines mesures à prendre par l’Union.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]