Pascal Lamy : La Russie pourrait rejoindre l'OMC cette année
L'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est en bonne voie et devrait être finalisée d'ici la fin de l'année, a déclaré le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, à Reuters lors d'un entretien hier (28 juillet).
L'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) est en bonne voie et devrait être finalisée d'ici la fin de l'année, a déclaré le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, à Reuters lors d'un entretien hier (28 juillet).
« La progression de la Russie vers l'adhésion à l'OMC s'est clairement accélérée récemment. Je pense aujourd'hui que son adhésion est à l'horizon. Je dirais même qu'elle pourrait avoir lieu d'ici la fin de l'année lors de la Conférence ministérielle de l'OMC », a déclaré M. Lamy.
« Mon sentiment… est que ça se fera très probablement ».
Cela fait 18 ans que la Russie souhaite rejoindre l'OMC. Le pays a été confronté à une succession de rendez-vous manqués et même si l'optimisme ne manque pas, M. Lamy a affirmé qu'il n'avait jamais été aussi sûr de la conclusion proche d'un accord auparavant.
Si l'adhésion de la Russie est approuvée par les ministres de l'OMC en décembre, le pays ne deviendra pas immédiatement membre, dans la mesure où l'accord devrait encore être ratifié par le parlement russe, qui sera en pleine période électorale au même moment.
La Russie est le plus grand pays toujours en dehors de cette organisation qui compte 153 membres. Sa demande d'adhésion a été entravée par de nombreux obstacles, notamment un conflit avec la Géorgie qui, en tant que membre de l'OMC, bénéficie d'un droit de veto.
Le représentant de la Géorgie à l'OMC a déclaré mercredi, lors d'une réunion sur l'adhésion de la Russie, qu'il n'y avait pas eu d'avancées majeures, selon une source présente lors des discussions.
M. Lamy a affirmé que ce conflit faisait l'objet d'une médiation dirigée par des représentants suisses, et que des négociations auraient lieu jeudi et vendredi à Genève.
« Comme toujours dans ce genre de négociations, il reste des détails à régler jusqu'à la dernière minute », a-t-il expliqué. « Mais mon avis, pour ce qu'il vaut, dans la mesure où je ne suis qu'un facilitateur dans ce genre de négociations, est qu'il existe une réelle volonté politique d'avancer et une maturité technique suffisante pour qu'un accord soit conclu ».
« Je pense que pour la première fois en 17 ans, ces deux ingrédients sont présents pour qu'une bonne réaction chimique ait lieu ».
En outre, le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a téléphoné jeudi au premier ministre russe, Vladimir Poutine, afin de réaffirmer le soutien de l'Europe à la candidature du pays.
Assurance contre le protectionnisme
Si la Russie ne manque pas de relations commerciales, celles-ci sont trop concentrées sur l'exportation de pétrole, de gaz et de métaux, et des années de rhétorique du Kremlin sur la diversification de l'économie dans d'autres secteurs n'a presque rien changé à cet état de fait.
L'an dernier, la Russie a davantage développé ses exportations pétrolières en créant un nouvel oléoduc vers la Chine, mais dans les autres domaines, elle s'est attirée les foudres les partenaires commerciaux qui détiennent les clés de l'entrée à l'OMC.
Parmi les décisions peu populaires prises par le pays, on trouve l'interdiction des exportations de blé et des importations de légumes européens, la suspension de certaines importations de viande en provenance du Brésil et le fait qu'il ait demandé aux constructeurs automobiles étrangers de se fournir au niveau local et de prendre des engagements vis à vis de la production russe s'ils souhaitaient tirer avantage des faibles droits de douane à l'importation pour les pièces détachées.
La question de l'industrie automobile doit encore être réglée, a déclaré M. Lamy.
« Comme pour tout à l'OMC, c'est une question de négociations. Il est clair qu'ils devront se conformer aux obligations de l'OMC. La question est : y aura-t-il une période de transition ? Y a-t-il des seuils ? Il s'agit précisément des questions qui font l'objet de négociations ».
Il a toutefois affirmé que la question des subventions agricoles était « déjà sous contrôle ».
Les experts commerciaux avancent que l'entrée à l'OMC de la Russie pourrait causer des dommages à court terme, mais aussi apporter des bénéfices à plus long terme. En effet, le gouvernement devrait annuler certaines subventions au commerce et les producteurs russes devraient faire face à plus de concurrence étrangère. Cependant, à plus long terme, l'adhésion pourrait aider la Russie à développer ses exportations.
« Ce que la Russie gagnera avec son adhésion à l'Organisation mondiale du commerce est une politique d'assurance contre le protectionnisme », a-t-il expliqué. « Elle gagnera également une sorte de preuve que son économie fonctionne selon des références inhérentes à une économie de marché ouverte normale. Il s'agit d'une chose à laquelle les investisseurs et les entreprises accordent beaucoup d'importance ».
Il a déclaré que le cas du Vietnam avait également démontré que l'adhésion à l'OMC pouvait donner lieu à une augmentation des investissements étrangers directs.
« C'est donc également l’assurance pour les gens qui souhaitent faire des affaires avec la Russie qu'elle agira conformément à nos normes internationales », a ajouté M. Lamy.
EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais par Amandine Gillet