Taxes sur l'alcool : les associations de lutte contre les addictions déçues par les déclarations d'Élisabeth Borne

Pour les associations de lutte contre les addictions, c’est la douche froide. Le gouvernement français a fini par trancher : il n’y aura pas de hausse des taxes sur le prix des bouteilles d’alcool, comme envisagé au début de l’été.

Euractiv France
Council of Ministers at Elysee Palace in Paris
« S'agissant de la taxe, moi je veux vous dire très clairement : il n'y a pas du tout de projet d'augmenter les taxes sur l'alcool », a déclaré la Première ministre Elisabeth Borne. [TERESA SUAREZ/EPA]

Pour les associations de lutte contre les addictions, c’est la douche froide. Le gouvernement français a fini par trancher : il n’y aura pas de hausse des taxes sur le prix des bouteilles d’alcool, comme envisagé au début de l’été.

En juillet dernier, le ministère de l’Économie et des Finances avait confirmé au Figaro qu’une éventuelle hausse des taxes, de quelques centimes, sur l’alcool était à l’étude.

Cette proposition devait être présentée dans le cadre du financement du budget de la Sécurité sociale 2024, attendu en septembre à l’Assemblée nationale.

Mais le gouvernement semble avoir changé d’avis pendant l’été.

« S’agissant de la taxe, moi je veux vous dire très clairement : il n’y a pas du tout de projet d’augmenter les taxes sur l’alcool. Il y a des taxes sur les alcools qui sont actualisées tous les ans avec un plafonnement, et on ne va pas changer cette règle », a déclaré la Première ministre Elisabeth Borne, lors d’une interview accordée à France Bleu mercredi (23 août).

La déception est grande pour les associations de lutte contre les addictions qui voyaient là une mesure efficace pour lutter contre une consommation excessive d’alcool, et ainsi limiter les risques sur la santé.

« Le prix influe sur la consommation, il y a toujours un effet positif. Augmenter les taxes c’est un des leviers classiques que recommande l’OMS [Organisation mondiale de la Santé, ndlr] », a déclaré Bernard Basset, président de Addictions France, à EURACTIV.

Pour Amine Benyamina, président de la Fédération française d’addictologie, c’est une « grosse déception ». 

« On aurait pu faire coup double » avec « une belle mesure à la fois de santé publique et économique », a-t-il déclaré sur franceinfo mercredi.

D’après un rapport de l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT) publié mercredi 2 août, les maladies liées à l’alcool coûteraient environ 110 milliards d’euros par an.

Pour Bernard Basset, cela ne fait aucun doute, le lobby viticole a été « efficace ».

« Le gouvernement plie devant un lobby économique au détriment de la santé publique », regrette-t-il.

Mais si le gouvernement a décidé de ne pas taxer l’alcool, la bataille n’est pas gagnée pour autant. En effet, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale doit être adopté par l’Assemblée nationale où le gouvernement n’a qu’une majorité relative.

L’opposition pourrait donc déposer des amendements pour inclure une taxe sur les vins et spiritueux dès 2024.

La France, l’Espagne et l’Italie vent debout contre l’Irlande

À Bruxelles aussi, la bataille entre lobby du vin, associations de santé publique et politiques fait rage.

Récemment, l’Irlande a obtenu le feu vert de la Commission européenne pour doter les bouteilles de vin vendues dans le pays d’une étiquette sanitaire afin d’avertir les consommateurs des effets néfastes sur la santé.

D’ici mai 2026, les Irlandais pourront lire des messages comme « la consommation d’alcool provoque des maladies du foie » ou « il existe un lien direct entre l’alcool et les cancers mortels ».

La valeur nutritionnelle du vin, le nombre de calories ou encore le volume d’alcool devront également être plus visibles pour le consommateur. Le ministre irlandais de la Santé Stephen Donnelly a dit qu’il serait « ravi » que d’autres pays suivent cet exemple.

Mais la France, l’Italie et l’Espagne ne l’entendent pas de cette oreille. Loin de vouloir suivre l’exemple irlandais, les trois pays, qui représentent à eux seuls 47 % des bouteilles de vin vendues dans le monde, travaillent actuellement à l’élaboration d’une proposition visant à contrer la législation irlandaise.

« Nous considérons que l’action de l’Irlande est incorrecte, car c’est une chose de fournir des informations et d’encourager la modération, ce que nous pensons être la bonne chose à faire ; c’en est une autre de dire qu’un produit, quelle que soit la quantité consommée, est mauvais pour la santé », a déclaré le ministre italien de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida (Frères d’Italie/CRE).

Cette déclaration est en contradiction avec les recommandations de l’OMS. « En matière de consommation d’alcool, il n’existe pas de quantité sûre qui n’affecte pas la santé », avait déclaré Hans Kluge, directeur de l’OMS Europe, mercredi 21 juin lors du Congrès 2023 de l’EASL, le congrès international sur le foie, à Vienne.