PDG de Dassault Aviation : pas de défense européenne sans industrie française

Les compétences spécifiques à l’industrie de défense française sont cruciales à toute velléité de défense européenne, a affirmé mardi le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, qui voit en la dissuasion nucléaire la genèse d'une « base industrielle technologique de défense ».

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Pour le PDG de Dassault Aviation, connu pour sa production d'avions de chasse Rafale, toute Europe de la défense implique avant tout de reconnaître la supériorité technologique et industrielle de la France. [VanderWolf Images/Shutterstock]

Les compétences spécifiques à l’industrie de défense française sont cruciales à toute velléité de défense européenne, a affirmé mardi (29 août) le PDG de Dassault Aviation, Eric Trappier, qui voit en la dissuasion nucléaire la genèse d’une « base industrielle technologique de défense ».

« Les compétences dans l’industrie de défense […] sont d’abord en France », a déclaré M. Trappier lors de la « rencontre des entrepreneurs de France » (REF), raout annuel du Medef, première organisation patronale française.

La guerre de la Russie en Ukraine a remis sur le devant de la scène les enjeux relatifs à une défense européenne, tandis que l’Union européenne tente de garantir une plus grande « autonomie stratégique » dans certains secteurs jugés stratégiques.

Pour le PDG de Dassault Aviation, connu pour sa production d’avions de chasse Rafale, toute Europe de la défense implique avant tout de reconnaître la supériorité technologique et industrielle de la France.

« Il faut baser le développement [de l’industrie de défense] sur les compétences et pas exclusivement sur la capacité de coopération » entre pays européens, a déclaré l’ancien président de l’ASD, l’Association européenne des industries de l’aérospatiale, de la sécurité et de la défense.

Selon M. Trappier, « c’est la dissuasion nucléaire qui tire cette autonomie stratégique » vers le haut, et ce depuis plus de six décennies. L’arme nucléaire a toujours obligé la France à être à la pointe de la technologie militaire, contribuant ainsi à la création d’une « base industrielle technologique de défense » unique en Europe.

C’est dans ce contexte qu’a été adoptée la nouvelle loi de programmation militaire (LPM), qui met sur la table un montant sans précédent de 413 milliards d’euros pour la période 2024-2030, dont 50 milliards d’euros supplémentaires pour la seule dissuasion nucléaire.

Défendre ses propres intérêts

La France a essuyé quelques critiques par plusieurs États membres pour avoir toujours soutenu un programme de coopération européenne en matière de défense qui profiterait avant toute chose à ses propres intérêts.

Les États membres les plus critiques ont souligné que le fait que Paris compte le plus grand nombre d’entreprises bénéficiaires du Fonds européen de la défense, qui vise à stimuler la recherche et le développement, preuve d’une certaine forme de chauvinisme, selon des observateurs informés.

En 2021, 178 entreprises françaises ont été sélectionnées dans le cadre du Fonds européen de la défense. L’Italie arrive en deuxième position avec 156 entreprises, suivie de l’Espagne et de l’Allemagne.

En 2022, l’entreprise française MBDA, leader dans la conception de missiles et systèmes de missiles, s’était en outre vue attribuer un projet de 70 millions d’euros sur la défense antimissile hypersonique. Cette décision avait à l’époque été perçue comme un « prix de consolation », fruit d’un travail de lobbying intense de la part de Paris, ont expliqué deux sources diplomatiques à EURACTIV.

Un an auparavant, MBDA n’avait pas été sélectionnée pour développer un intercepteur de défense contre les missiles hypersoniques européens, n’ayant pas convaincu la Commission du bien-fondé de son projet. L’espagnol SENER avait remporté l’appel d’offres, au grand dam de Paris.

Acheter européen ?

En fin de compte, tout degré d’indépendance européenne en matière de défense est étroitement lié à la capacité de la France à développer, accroître et exporter son expertise militaire, et donc à veiller à ce que sa propre « souveraineté » soit préservée, a affirmé M. Trappier.

« Il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre », il explique : toute défense européenne, quelle que soit sa nature, doit avant toute chose « préserver » les compétences industrielles françaises.

« La paix se prépare en étant capable de faire la guerre. Pour préparer la guerre, il ne faut pas simplement décréter une économie de guerre, il faut faire l’économie de guerre dans le temps de paix », a-t-il ajouté.

Et lui de se demander pourquoi les Européens ne commencent pas par acheter… européen.

En effet, les Rafale de Dassault Aviation sont en concurrence avec les F-35 du concurrent américain Lockheed Martin, qui a conclu des accords de vente avec un certain nombre d’États membres, notamment l’Allemagne et la Finlande.

« Les Européens dépensent 60 milliards d’euros pour acheter des F-35, c’est quand même dommage », a indiqué M. Trappier. « L’Europe […] achète des F-35 : pourquoi pas des avions français ? »

« Le F-35 est perçu ici comme un symbole de la puissance américaine au sein de l’OTAN. Après tous les discours sur l’autonomie et la souveraineté européennes, on s’attendait pourtant à ce que l’Allemagne soit plus alignée sur une politique d’armement européenne », déclarait en mars 2022 Paul Maurice, chercheur à l’Institut français des relations internationales à Paris, à DW.

Coopération États-Unis – France

En ce qui concerne une coopération plus approfondie avec les Etats-Unis, Eric Trappier ne ferme aucune porte, semble-t-il laisser penser.

Toutefois, si cela signifie tomber sous le coup du régime américain de contrôle des exportations, alors c’est non, a-t-il affirmé aux côtés d’Amy Schedlbauer, ministre conseillère pour les affaires économiques à l’ambassade des États-Unis à Paris.

« Nous avons besoin d’exportations pour avoir une échelle viable de notre économie industrielle », et les contrôles américains à l’exportation y feraient obstacle, a déclaré M. Trappier.

« Si la coopération franco-américaine dans le secteur de la défense se poursuit, le régime de contrôle des exportations continuera d’être modifié pour refléter [l’intensité de] ce partenariat », a nuancé Mme Schedlbauer.