Pesticides toxiques pour les abeilles : le Royaume-Uni fait tout l’inverse de l’UE
Pour la troisième année consécutive, le gouvernement britannique a autorisé l’utilisation d’urgence des pesticides néonicotinoïdes toxiques pour les abeilles, quelques jours seulement après l’interdiction de cette pratique par l’Union européenne.
Pour la troisième année consécutive, le gouvernement britannique a autorisé l’utilisation d’urgence des pesticides néonicotinoïdes toxiques pour les abeilles, quelques jours seulement après l’interdiction de cette pratique par l’Union européenne.
Le gouvernement britannique a annoncé lundi (23 janvier) qu’il autoriserait l’utilisation du thiaméthoxame, un pesticide interdit appartenant à la famille des néonicotinoïdes, sur la betterave sucrière en Angleterre en 2023, en raison du risque que représente le virus de la jaunisse pour ce type de culture.
Cette décision intervient quatre jours seulement après que la Cour de justice de l’UE (CJUE) a décidé que l’octroi de dérogations d’urgence pour les semences traitées aux néonicotinoïdes expressément interdites n’était pas conforme au droit communautaire.
Les néonicotinoïdes, dont la structure chimique s’apparente à celle de la nicotine, agissent sur un récepteur spécifique du système nerveux des insectes. Ces dernières années, ils ont été critiqués pour avoir contribué au déclin des abeilles en perturbant leur sens de l’orientation, leur mémoire et leur mode de reproduction.
Le virus de la jaunisse, quant à lui, représente une menace sérieuse pour le secteur européen de la betterave sucrière. Par exemple, en 2020, les producteurs de betteraves français ont signalé une baisse de rendement de 30 % au niveau national, causée par la jaunisse et le manque d’accès aux néonicotinoïdes.
Le ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales (DEFRA) a expliqué que des conditions strictes seraient mises en place et que le pesticide ne serait utilisé que si une modélisation indépendante prévoyait une augmentation de l’incidence du virus de la jaunisse de 63 % ou plus.
Le ministre britannique de l’Agriculture, Mark Spencer, a déclaré que la décision avait été prise après avoir reconnu le « danger potentiel d’une épidémie du virus de la jaunisse de la betterave sur les cultures de betteraves sucrières du pays et l’impact que cela pourrait avoir sur la production de sucre dans le pays ».
Il a maintenu que l’autorisation d’urgence était une « mesure nécessaire » pour protéger l’industrie. C’est la troisième fois consécutive que le Royaume-Uni autorise une telle mesure.
Objectifs de réduction des pesticides
Cette décision intervient également un mois après que le gouvernement britannique a plaidé en faveur d’un objectif mondial de réduction des pesticides lors de la COP15 sur la biodiversité à Montréal et va à l’encontre des conclusions du comité d’experts sur les pesticides (ECP) du Royaume-Uni, qui a déconseillé cette mesure.
Les militants écologistes ont dénoncé cette autorisation, qui serait selon eux un exemple de l’hypocrisie du gouvernement britannique.
« Cette dernière décision va totalement à l’encontre des objectifs de réduction des pesticides que le Royaume-Uni a défendus lors de la COP15 », peut-on lire dans une déclaration de la Pesticide Collaboration, une coalition d’universitaires, de syndicats et de groupes de défense de la santé, de l’environnement, de l’agriculture et des consommateurs.
Qualifiant cette décision de « manquement total à ses responsabilités », le groupe a déploré la lenteur des progrès réalisés dans la recherche d’alternatives au néonicotinoïde.
« Au cours des années précédentes, le DEFRA a insisté pour que l’industrie sucrière fasse des progrès dans la recherche d’alternatives, mais nous n’en voyons toujours pas les résultats », a déclaré Amy Heley, responsable des affaires publiques et des médias pour Pesticide Collaboration.
Pour Mme Heley, cette dérogation d’urgence est simplement « un autre exemple du gouvernement qui ne respecte pas ses propres promesses d’améliorer l’environnement et de protéger la santé humaine ».
Le Royaume-Uni n’est pas un grand producteur de betteraves sucrières, sa production se situant entre 900 000 et 1,1 million de tonnes de sucre de betterave ces dernières années. Comme cela ne suffit pas à répondre à la demande intérieure, le Royaume-Uni importe du sucre brut de canne à raffiner, par exemple du Brésil et du Belize, et du sucre blanc de l’UE et d’autres fournisseurs pour combler le déficit.
Par conséquent, un représentant de l’industrie sucrière de l’UE a déclaré à EURACTIV qu’ils ne considéraient pas la dérogation comme une menace directe pour la compétitivité des producteurs européens.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]