Les Philippines refoulent un homme politique européen

Manille a interdit d'entrée sur leur territoire le représentant d'un parti politique européen critique envers le président Rodrigo Duterte.

EURACTIV.fr avec l'AFP
Philippine President Rodrigo Duterte heads to China
Le président philippin, Rodrigo Duterte. EPA-EFE/CERILO EBRANO [[Cerilo Ebrano/EPA/EFE]]

Manille a interdit d’entrée sur leur territoire le représentant d’un parti politique européen critique envers le président Rodrigo Duterte.

Le secrétaire général adjoint du Parti des socialistes européens, Giacomo Filibeck, a été arrêté par la police des frontières à son arrivée à l’aéroport de Cebu le 15 avril, dans le centre de l’archipel philippin.

Le responsable politique italien a ensuite été expulsé pour « activités politiques illégales », a déclaré sa formation. Giacomo Filibeck s’était rendu aux Philippines à l’invitation du parti philippin d’opposition Akbayan pour participer à un congrès.

« Meurtres extrajudiciaires »

Il avait fait partie d’une délégation de politiques européens qui avait condamné les « meurtres extrajudiciaires » de milliers de personnes dans la guerre contre la drogue menée par le président, au terme d’une mission d’enquête dans l’archipel en octobre dernier.

« C’est un message à l’intention de tout le monde : arrêtez d’examiner la situation des droits de l’Homme aux Philippines », a réagi Tom Villarin, parlementaire du parti Akbayan. Les agissements du gouvernement Duterte […] montrent vraiment que le degré d’impunité a atteint celui d’une dictature. »

Le ministre de la Justice, Menardo Guevarra, a déclaré que Giacomo Filibeck avait été interdit d’entrée pour avoir violé la loi.

« M. Filibeck a été mis sur la liste noire [de l’immigration] pour avoir contrevenu à la législation sur l’immigration qui interdit aux étrangers présents dans notre pays de se livrer à des activités politiques », a-t-il déclaré à l’AFP.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, Rodrigo Duterte a lancé une campagne sans merci contre le trafic de drogue. La police affirme avoir tué 4 100 toxicomanes et trafiquants présumés. Les défenseurs des droits affirment qu’il faut multiplier ce chiffre par trois.

La Cour pénale internationale a lancé un examen préliminaire sur les meurtres, ce qui a conduit M. Duterte à annoncer le retrait de son pays du traité fondateur de la CPI. L’Union européenne s’est également déclaré « préoccupée ».

Le PSE a dénoncé l’expulsion de son représentant, ajoutant en avoir informé la représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini.

« Il est complètement inacceptable qu’un représentant du PSE […] soit traité comme un criminel sur ordre du gouvernement », a déclaré le président du parti, Sergueï Stanichev, dans un communiqué. « Nous refusons d’être réduits au silence et nous continuerons à exprimer notre solidarité avec l’opposition démocratique au règne de plus en plus autoritaire de M. Duterte. »