Pique-nique à Budapest : Orbán mobilise l'extrême droite européenne
Malgré un discours plein d'assurance, cette atmosphère détendue contrastait avec une réalité politique bien plus incertaine
BUDAPEST – Entre pâtisseries, jeux de pouvoir et scandale naissant, Viktor Orbán a donné le coup d’envoi de la campagne électorale hongroise en mêlant ambiance festive à des messages géopolitiques – et en affichant son défiance tant sur le plan national qu’international.
Des dirigeants mondiaux discutant autour d’un café, de vin hongrois et de kürtőskalács – une pâtisserie traditionnelle en forme de tube – dans un parc verdoyant de Budapest : tel était le décor soigneusement mis en scène de la Grande assemblée patriotique lundi, organisée par la Fondation pour une Hongrie civique du parti au pouvoir, le Fidesz.
Se déroulant au parc Millenáris, cet événement en plein air ressemblait davantage à un pique-nique politique qu’à un rassemblement, bien qu’il fût entouré d’une sécurité renforcée.
Avec des invités venus de neuf pays européens, ce rassemblement a également servi à démontrer l’importance internationale d’Orbán, contredisant ainsi le discours persistant à Bruxelles selon lequel le Premier ministre hongrois serait de plus en plus isolé.
Organisé juste un jour après le CPAC Hongrie, ce timing n’était pas une coïncidence : il s’agissait d’une mise en scène de campagne, en prévision des élections législatives d’avril.

Les participants entre deux discours à Budapest, le 23 mars. Photo de Mátyás Varga
L’extrême droite européenne, rassemblez-vous !
Orbán s’est montré confiant, prédisant à la fois une victoire nationale et une percée plus large pour le groupe « Patriotes pour l’Europe ».
« Ceux qui sont ici seront les dirigeants de l’Union européenne dans trois ans », a-t-il déclaré à une foule enthousiaste, ajoutant qu’ils « se battent pour l’âme de l’Europe ».
Ses alliés européens ont repris ce message, présentant le scrutin à venir comme un tournant pour l’Union européenne. Le leader d’extrême droite néerlandais Geert Wilders a accusé Bruxelles de tenter de mettre Orbán sur la touche, tandis que la française Marine Le Pen a présenté la Hongrie comme un symbole de résistance.
Le message était clair : Budapest se positionne comme une plaque tournante de la droite nationaliste européenne, et non comme un acteur marginal.
Ambiance sereine, course serrée
Malgré cette rhétorique confiante, l’atmosphère détendue contrastait avec une réalité politique bien plus incertaine.
La Hongrie s’apprête à vivre l’une des élections les plus disputées de ces dernières années, les sondages indiquant un coude-à-coude entre le Fidesz et le parti libéral Tisza, dirigé par Péter Magyar.

Les participants écoutent le discours de Marine Le Pen, avec en arrière-plan divers stands de la presse locale. Photo de Mátyás Varga
Les partisans présents à l’événement ont affirmé à Euractiv qu’ils ne croyaient pas aux chances de l’opposition, alors même que des informations faisant état d’un climat de campagne de plus en plus toxique – avec notamment des menaces et des actes de vandalisme – continuent d’apparaître.
La tournée électorale de plus en plus visible d’Orbán à travers le pays suggère que le gouvernement prend ce défi au sérieux.
Dans l’ombre des scandales
Cette démonstration d’unité intervient alors que le gouvernement d’Orbán fait face à une controverse grandissante concernant ses liens avec la Russie.
Samedi, le Washington Post a publié un article révélant que le ministre des Affaires étrangères, Péter Szijjártó, avait partagé avec Moscou des détails confidentiels sur des réunions de l’UE – des allégations que Budapest nie.
Parallèlement, un média pro-gouvernemental a publié un enregistrement suggérant qu’ un journaliste d’investigation avait transmis les numéros de téléphone de Szijjártó à un service de renseignement étranger, permettant ainsi la surveillance du ministre.
Orbán a ordonné une enquête sur ce qu’il a qualifié de possible « mise sur écoute », présentant cette affaire comme une attaque contre la Hongrie.
Ces récits qui se recoupent – des fuites présumées vers la Russie d’un côté, un espionnage étranger présumé de l’autre – ont encore attisé une campagne déjà tendue.
Pour l’instant, Orbán affiche sa maîtrise de la situation : une foule détendue, des alliés fidèles et un message confiant sur le leadership européen.
Mais sous cette ambiance de pique-nique se cache une réalité plus fragile : une course électorale qui se resserre au niveau national, une surveillance accrue de la part de Bruxelles et une controverse qui touche au cœur même du positionnement géopolitique de la Hongrie.
(cs, aw, sma)