Planification écologique : les organisations agricoles réclament une vision européenne

Alors qu'Emmanuel Macron préside mercredi (5 juillet) un Conseil de planification écologique, les organisations agricoles se sont réunies mardi (4 juillet) pour demander des moyens et une cohérence européenne dans la transition écologique.

Euractiv France
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Le Conseil de l’Agriculture Française (Chambres d’agriculture, FNSEA, Jeunes Agriculteurs et confédération des organisations économiques mutualistes) a affirmé son soutien à une politique efficace et ambitieuse dans le cadre de la planification écologique. [FNSEA]

Alors qu’Emmanuel Macron préside mercredi (5 juillet) un Conseil de planification écologique, les organisations agricoles se sont réunies la veille pour demander des moyens et une cohérence européenne dans la transition écologique.

Le Conseil de l’Agriculture Française (Chambres d’agriculture, FNSEA, Jeunes Agriculteurs et confédération des organisations économiques mutualistes) a affirmé son soutien à une politique efficace et ambitieuse dans le cadre de la planification écologique, dont les détails seront donnés mercredi par Emmanuel Macron.

« Nous avons appelé de nos vœux [la transition écologique], pour nous l’objectif est de ne pas entamer ce volet essentiel de l’avenir de nos entreprises de manière subie mais bien de manière choisie. Ce sujet nécessitera que nous soyons volontaires, exigeants et rigoureux », souligne Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, lors d’une conférence de presse.

Le 22 mai dernier, Elisabeth Borne avait présenté, devant le Conseil national de transition écologique, les grandes orientations du gouvernement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 55 % d’ici à 2030 par rapport à 1990, conformément à l’objectif européen.

En tant que second secteur émetteur de GES en France – 19 % des émissions annuelles -, l’agriculture s’est vue fixer un objectif de réduction de ses émissions à l’horizon de 2030 de 16 % par rapport à 2022. Pour y parvenir, quelques leviers ont été évoqués par le ministre de l’Agriculture début juin, lesquels porteront sur l’élevage, la décarbonation des fertilisants ou encore la production de biomasse pour capter le CO2. 

Deux fois plus d’efforts

En accord avec ce cap pour 2030, les « quatre grands » du Conseil de l’Agriculture Française ont commencé par rappeler les efforts de réduction des GES déjà accomplis par le secteur ces dernières années (label bas carbone, production d’énergie renouvelable…), tout en se disant prêts à « amplifier le mouvement ».

Car pour atteindre les objectifs de l’UE, l’agriculture française devra passer de 81 MtCO2e/an en 2021 à 68 en 2030. « Cela revient à faire en sept ans deux fois plus d’efforts que nous en avons fournis ces 20 dernières années », note le chef de la FNSEA.

Mais pas question de sacrifier la production agricole pour autant. La souveraineté doit rester « la colonne vertébrale » de la Ferme France.

« Avec un mètre cube d’eau, nous produisons 30 % de biomasse en plus qu’il y a 30 ans », note M. Rousseau, pour qui une « intenstification » de la production, n’est pas incompatible avec la sobriété environnementale.

Si les représentants agricoles sont prêts à engager des transformations sur le long terme, ils insistent sur la nécessité de mesurer la « suportabilité de l’effort » pour l’agriculteur, qu’elle porte sur l’économie, la charge de travail ou la pénibilité.

De même que pour Sébastien Windsor, président de Chambres d’Agriculture France, il faut réinventer le développement agricole, avec une approche « système », où les agriculteurs jouent un rôle central dans la prise de décision. Cette confiance permettra de tracer des perspectives. De créer de nouvelles exploitations, à une condition : un accompagnement fort de l’État.

Investissements de rupture

Selon le Conseil de l’Agriculture Française, accompagner les agriculteurs dans leur réflexion et dans la mise en œuvre de la décarbonation, nécessitera dans les années à venir des moyens « collossaux ».

Outre les sources de financements proposées par le gouvernement comme des économies dans les ministères, la suppression progressive du tarif réduit du gazole non routier (GNR) agricole ou encore une taxe sur les engrais azotés minéraux polluants, Arnaud Rousseau pointe les « milliards » dont le secteur aurait besoin, invoquant la moindre retenue d’eau estimée à plusieurs milliards d’euros.

« Nous avons besoin d’un calendrier sérieux et réaliste » ajoute-t-il, prenant l’exemple du GNR qui pourrait être remplacé demain par de l’agrocarburant puis après-demain par de l’hydrogène. « Si c’est pour faire une transition, nous y sommes favorables, si c’est pour faire des coupes budgétaires on aura là une forme de paradoxe avec l’ambition portée« .

Pour François Schmitt, vice-président de la Confédération Nationale de la Mutualité, de la Coopération et du Crédit Agricoles (CNMCCA), des investissements « de rupture » doivent également garantir la résilience des agriculteurs par la gestion des risques. Sur les 30 dernières années, 75 milliards euros cumulés ont été utilisés pour indemniser les impacts climatiques. Cela pourrait doubler dans les 30 prochaines années.

Planification européenne

Enfin, pour Arnaud Rousseau, la planification ne pourra s’organiser qu’à l’échelle européenne : « Nous avons besoin de nous assurer que la vision française soit partagée à minima avec les voisins européens. Une vision franco-française dans ce domaine n’aurait qu’un impact limité. Nous devons être clairs sur le périmètre de planification« .

Le Conseil de l’Agriculture Française réclame de la « cohérence« , et « un alignement sur le plan normatif ». Les représentants agricoles en ont profité pour pointer du doigt l’accord commercial avec les pays du Mercosur, en cours de négociation, qui pourrait laisser entrer en Europe des produits ne respectant pas les standards environnementaux de l’Union.

À la suite du Conseil de planification écologique de mercredi, les consultations se poursuivront avant l’arrivée au Parlement, à l’automne, des projets de loi de programmation énergie climat et d’orientation agricole (LOA).