Le prochain commissaire à l’Agriculture devra être plus « influent » au sein de l’UE, prévient Arnaud Rousseau, patron de la FNSEA

Arnaud Rousseau, patron du premier syndicat agricole français, se réjouit de voir la souveraineté alimentaire s’imposer dans le débat politique, et appelle à la nomination d’un commissaire à l’Agriculture qui serait également vice-président de la Commission. Entretien.

Euractiv France
KR-7587 (2) (1)
Le Green deal en 2019 et la « main mise » de Frans Timmermans – commissaire à l’Environnement et vice-président de la Commission à l’époque – auraient dû s’arrêter « juste après le covid », souligne Arnaud Rousseau, président de la FNSEA. [FNSEA]

À deux semaines des élections européennes, Arnaud Rousseau, le patron du premier syndicat agricole français, se réjouit de voir la souveraineté alimentaire s’imposer dans le débat politique, et appelle à la nomination d’un commissaire à l’Agriculture qui serait également vice-président de la Commission européenne. Une sorte de « Timmermans agricole ». Entretien.

Arnaud Rousseau est exploitant agricole céréalier et depuis avril 2023 président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

Alors que des manifestations d’agriculteurs secouent l’Europe depuis plusieurs mois, Arnaud Rousseau se réjouit que ces dernières aient au moins permis de positionner l’agriculture comme un « sujet central » dans le débat public, et que ce dernier soit devenu très politique. « C’est une bonne nouvelle », insiste-t-il auprès d’Euractiv.

Seule ombre au tableau : les élections européennes de juin peinent à générer un engouement populaire à la hauteur de ses attentes. « L’UE utilise l’agriculture comme d’un levier pour passionner les Européens, mais beaucoup de gens restent éloignés de ces questions », déplore-t-il.

La FNSEA a donc invité les têtes de liste des principaux partis à un grand oral mardi (28 mai), afin d’éclairer les électeurs sur les programmes des uns et des autres en matière d’agriculture.

Interrogé sur les projets des candidats, Arnaud Rousseau reconnaît que, par rapport à 2019, certaines thématiques ont réussi à s’imposer pour la première fois dans une campagne électorale. Tous les partis sont désormais « conscients des limites d’un libre-échange débridé, et comprennent qu’on a besoin de règles claires, de réciprocités et de cohérence ».

« Tout le monde parle de souveraineté, et même si l’on ne met pas la même chose derrière ce terme, sur le plan idéologique, c’est une belle victoire », se félicite le syndicaliste, qui regrette toutefois le manque global de formation aux questions agricoles.

Selon lui, moins de 10 eurodéputés français sur 79 ont une expertise agricole. Et cela ne va pas en s’améliorant, s’inquiète-t-il, constatant que de nombreux élus qui avaient porté les dossiers agricoles ne sont pas reconduits parmi les candidats éligibles. C’est le cas par exemple de l’éleveur et eurodéputé Jérémy Decerle, en 14e position sur la liste Renaissance.

« Les Allemands gardent les eurodéputés dans le temps. Ils font en sorte qu’ils soient reconduits au fil des élections, ce qui leur permet d’acquérir une expérience importante », ajoute Arnaud Rousseau, qui reconnaît une stratégie plus « étayée » outre-Rhin, permettant d’obtenir plus facilement des rapporteurs ou des rapporteurs fictifs susceptibles de porter des textes.

Procès dernière commission

Sur le bilan de la dernière Commission, Arnaud Rousseau est lapidaire : « C’est l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire ». Même s’il admet une inflexion cette dernière année, avec le dialogue stratégique proposée par l’exécutif européen ou encore la simplification de la PAC. Mais tout cela s’est fait trop « tardivement », selon lui.

Le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) en 2019 et la « mainmise » de Frans Timmermans — à l’époque commissaire à l’Environnement et vice-président de la Commission européenne — auraient dû s’arrêter « juste après le Covid », souligne Arnaud Rousseau, alors que la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire des européens et une souveraineté agricole devenait incontournable.

Si le patron de la FNSEA assume vouloir mettre un terme à la stratégie « De la ferme à la table » du Green Deal, il admet que le défi climatique, la décarbonation sont des sujets qui demeurent. Pour lui, « Il ne s’agit pas de faire table rase ».

En repartant sur les bases de ce qui a été amorcé en fin de mandature, Arnaud Rousseau attend de la nouvelle Commission qu’elle remette au premier plan l’acte de production, qu’elle développe la recherche et l’innovation, qu’elle s’empare du sujet de l’eau, et qu’elle se penche sur les accords de libre-échange.

L’accord entre l’UE et les pays du Mercosur ? Alors que le négociateur en chef de l’UE a récemment affirmé qu’il pourrait être ratifié après les élections européennes, contrairement à la volonté d’Emmanuel Macron, Arnaud Rousseau réitère son opposition « en l’état ».

Avant d’alerter : « Si le premier acte post-élection est la signature d’un accord avec le Mercosur, cela signerait définitivement la fin de la volonté de construire un nouveau projet européen qui protège les agriculteurs ».

Un « Timmermans agricole »

Pour la prochaine mandature, Arnaud Rousseau appelle de ses vœux un commissaire à l’Agriculture jouissant de la même influence que le commissaire à l’Environnement et vice-président de la Commission Frans Timmermans, lequel est parvenu ces dernières années à imposer le Pacte vert pour l’Europe.

« Au regard du poids de l’agriculture dans le budget européen [environ 30 %, NDLR], nous voulons un ou une commissaire avec une influence politique suffisante pour porter l’ambition de l’agriculture européenne ». « Ce que nous avons vécu avec l’actuel commissaire [Janusz Wojciechowski] nous a servi de leçon », ajoute-t-il.

Alors qu’une manifestation d’agriculteurs européens, organisée par le syndicat hollandais Farmers Defence Force, se déroulera le 4 juin prochain à Bruxelles pour se faire entendre avant les élections, côté français seule la Coordination rurale, troisième syndicat national, a confirmé sa participation.

Pour Arnaud Rousseau, pas question de se rendre au rassemblement : « Les dernières manifestations européennes ont employé la force, ce n’est pas notre mode opératoire. Nous ne voulons pas donner une image de violence et porter atteinte aux biens des personnes, à quelques encablures des élections. »

Le président prévient tout de même que si la FNSEA décide de prendre part à une manifestation, cela pourrait être à l’automne, afin de faire pression sur la nouvelle mandature. Cela dépendra des premiers objectifs qui seront tracés dès cet été lors de la réflexion stratégique de la nouvelle Commission. « Nous serons vigilants », prévient-il.