Pologne : le parti conservateur PiS propose un référendum national sur le pacte européen sur la migration et l’asile
Le PiS, connu pour son approche stricte en matière d’immigration, a proposé un référendum national sur le Pacte migratoire de l’UE. Cette annonce intervient quelques jours après que le Premier ministre Donald Tusk a suggéré une stratégie migratoire plus ferme.
Le parti conservateur polonais Droit et Justice (PiS, Conservateurs et Réformistes européens), connu pour son approche stricte en matière d’immigration, a proposé un référendum national sur le Pacte sur la migration et l’asile de l’UE. Cette annonce intervient quelques jours après que le Premier ministre Donald Tusk (PO, Parti populaire européen) se soit attiré les foudres de sa coalition centriste pour avoir suggéré une stratégie migratoire plus ferme.
Après la présentation par Donald Tuskde la nouvelle stratégie migratoire de son gouvernement samedi 12 octobre, ses partenaires de coalition l’ont accusé de suivre les traces du précédent gouvernement, dirigé par le PiS, réputé pour sa position sévère sur l’immigration irrégulière.
Le PiS a réagi à la décision du Premier ministre polonais en annonçant qu’il commencerait à recueillir des signatures en vue d’un référendum sur le Pacte européen sur la migration et l’asile, que Donald Tusk ne soutiendra pas, selon lui.
500 000 signatures sont nécessaires, a expliqué l’ancien ministre de la Défense, Mariusz Błaszczak, à la radio privée Wnet lundi 14 octobre.
« Nous serons actifs, nous irons vers les gens, nous demanderons des signatures et c’est la bonne solution », a-t-il soutenu.
Selon Mariusz Błaszczak, Donald Tusk pourrait suivre les pas de la Hongrie et des Pays-Bas et demander à être temporairement exclu du pacte migratoire.
« Mais Donald Tusk ne le fera pas. Et puisqu’il ne le fera pas, et qu’il ne soutiendra pas non plus notre proposition de référendum, cela signifie qu’il triche à nouveau et qu’il essaie de trouver une théorie de substitution [concernant ladite crise migratoire] », a-t-il ajouté.
Interrogé sur la proposition de Donald Tusk de suspendre temporairement les droits d’asile en Pologne, l’ancien ministre de la Défense ne l’a pas rejetée d’emblée, mais a précisé que « tout dépendra de l’efficacité d’une telle solution ».
Il estime toutefois qu’elle serait inefficace, car elle nécessiterait de dénoncer les conventions internationales signées par la Pologne. « Devrions-nous dénoncer la Convention de Genève ? Est-ce le souhait de Donald Tusk ? », a-t-il questionné.
Pour Mariusz Błaszczak, « le problème, ce sont les personnes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord qui prennent d’assaut l’Europe, et l’UE, dominée par l’Allemagne, a décidé d’adopter le pacte migratoire et de déplacer ces personnes d’Allemagne vers d’autres États membres de l’UE ».
Ce dernier fait référence au fait que l’Allemagne a renvoyé des milliers de personnes ayant franchi la frontière de manière irrégulière, dont la moitié sont des Ukrainiens.
Donald Tusk accusé de ne pas avoir opposé son veto au pacte
Le PiS, qui a perdu le pouvoir au profit de la large coalition centriste (Parti populaire européen/Socialistes et Démocrates/Renew) de Donald Tusk après les élections législatives en octobre 2023, avait convoqué un référendum organisé en même temps que les élections, dont l’une des quatre questions portait sur l’accueil des migrants.
Tandis que les élections ont enregistré un taux de participation record de 74,38 %, le référendum n’a pas atteint le seuil de 50 %, ce qui a rendu les résultats non contraignants. En effet, de nombreuses personnes ont refusé de voter au référendum, estimant que les questions étaient biaisées.
Le 14 mai 2024, les ministres de l’UE ont adopté le nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile. La Pologne n’a pas utilisé son droit de veto, ce que l’ancien ministre de l’Environnement du PiS, Michał Woś, a reproché au Premier ministre, ajoutant qu’il « manquait de courage » pour défier à la fois la Commission européenne et le gouvernement allemand.
La Pologne n’avait toutefois pas le moyen d’opposer son veto au pacte, puisqu’il a été adopté à la majorité qualifiée. La Pologne et la Hongrie ont été les deux seuls pays à s’y opposer, mais pas suffisamment pour en rejeter les dispositions.
Le pacte repose sur le principe de la solidarité obligatoire, ce qui signifie qu’un État membre peut soit accepter un quota de migrants, soit contribuer financièrement ou opérationnellement au système de gestion des migrations de l’UE.
Samedi 12 octobre, Donald Tusk a déclaré que son gouvernement n’avait pas l’intention de respecter les dispositions du pacte migratoire de l’UE et que « personne ne le forcerait » à le mettre en œuvre.
« Il est de notre droit et de notre devoir de protéger les frontières polonaises et européennes. La sécurité ne sera négociée avec personne. C’est une tâche à accomplir. Et mon gouvernement s’acquittera de cette tâche », a écrit le Premier ministre sur X lundi 14 octobre.