Portrait d'un Medvedev « moderne » à Bruxelles
Le professeur Igor Yurgens, proche conseiller du président russe, Dmitri Medvedev, était à Bruxelles pour présenter le nouveau visage de la Russie. Il a déclaré que M. Medvedev soutenait la participation aux prochaines élections d'un parti interdit et a qualifié les leaders de l'opposition d'« amis ». M. Yurgens a également expliqué que M. Medvedev avait tenté de faire acquitter l'ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovsky, actuellement en prison.
Le professeur Igor Yurgens, proche conseiller du président russe, Dmitri Medvedev, était à Bruxelles pour présenter le nouveau visage de la Russie. Il a déclaré que M. Medvedev soutenait la participation aux prochaines élections d'un parti interdit et a qualifié les leaders de l'opposition d'« amis ». M. Yurgens a également expliqué que M. Medvedev avait tenté de faire acquitter l'ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovsky, actuellement en prison.
Lors d'un évènement public organisé par le EU-Russia Centre, auxquels ont participé de hauts fonctionnaires de la Commission européenne et plusieurs eurodéputés, M. Yurgens, également président de l'Institute for Contemporary Development à Moscou, a choisi le sujet de la modernisation en Russie, initiative phare de M. Medvedev, pour faire passer différents messages au nom du président russe.
En réalité, M. Yurgens s'est assuré de parler positivement de Vladimir Poutine, le premier ministre du pays, perçu à l'étranger comme l'homme fort et autoritaire de la Russie, alors que M. Medvedev est considéré comme plus ouvert au type occidental de démocratie.
M. Yurgens a déclaré que peu avant des élections législatives qui auront lieu en décembre et des présidentielles qui se tiendront l'année prochaine, on ne savait toujours pas si M. Poutine redeviendrait président ou si M. Medvedev resterait à son poste pour un second mandat.
« Peu importe qui gagne, M. Poutine avec son penchant pour la stabilité ou M. Medvedev avec son approche plus progressiste, le programme du changement et de la modernisation sera respecté par le futur président », a-t-il expliqué.
M. Yurgens a déclaré que si M. Poutine revenait au pouvoir, il s'attellerait également à moderniser le pays, « tout simplement parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de conserver la place de la Russie au G8, et même au G20 ».
« Nous moderniserons : tout est une question de rythme, de vitesse, de profondeur, de résistance des groupes d'intérêt, du niveau de soutien de la population », a-t-il affirmé.
« La brise du changement »
M. Yurgens a laissé entendre que même sous le patronage de M. Poutine, M. Medvedev avait laissé sa marque.
« Je dirais que le président fait quelques pas timides et prudents. Il a promis et a mis en place des changements dans la structure juridique. Il a renforcé son message sur l'autonomie régionale et sur le changement des codes budgétaires, ce qui encouragera l'indépendance financière des villes et des foyers », a précisé le professeur.
« Il a rabaissé le nombre de voix nécessaires à un parti pour qu'il entre au parlement. Il soutient l'idée de la création d'un Parti libéral par l'un de nos magnats [le parti Juste Cause du multimilliardaire Mikhaïl Prokhorov] annoncée il y a une semaine. Et ce n'est pas tout », a-t-il ajouté.
Faisant clairement référence au « vent du changement » de l'époque de M. Gorbatchev, M. Yurgens a parlé d'une « brise du changement » qui soufflait du Kremlin ces derniers temps.
« Nous sentons la brise, ce vent léger, ce n'est pas une tempête, ce n'est pas encore une tornade ou même un vent fort, nous ressentons un vent léger mais plaisant, une brise de changement politique et de liberté. Pour certains, c'est plus qu'assez, pour la plupart – enfin, pour ceux qui « réfléchissent » – ce n'est pas du tout suffisant, ça ne permettra pas de produire plus d'énergie éolienne ou solaire pour faire fonctionner notre vie politique », a expliqué M. Yurgens.
Toutefois, le haut conseiller de M. Medvedev a déclaré qu'il serait « très préférable » que le Parnas, un parti de l'opposition fondé en décembre dernier et que les autorités russes ont refusé d'enregistrer, ait la chance de participer aux élections. Il a nommé plusieurs dirigeants du Parnas, dont Mikhaïl Kasyanov, Boris Nemtsov et Vladimir Ryzhkov, et les a décrits comme des « amis ».
« Il serait bien mieux que le Parnas soit enregistré et reçoive au moins quelques sièges au parlement. La situation serait beaucoup plus dynamique et constructive », a-t-il dit, affirmant ne pas s'exprimer à titre personnel mais bien en accord avec le président.
Le projet d'une loi Torshin « n'a pas de sens »
M. Yurgens a qualifié de « non-sens » un projet de loi qui sera débattu au parlement russe. Ce projet serait voué à faire prévaloir le droit russe sur la Convention européenne des droits de l'Homme. Ce projet de loi porte le nom d'Alexander Torshin, membre du parti Russie Unie au pouvoir et président adjoint du Conseil Fédéral de l'Assemblée, qui l'a rédigé.
M. Yurgens a déclaré que M. Torshin était une personne raisonnable, mais qu'il avait peut-être été dépassé par son ambition de devenir président du parlement. « Nous ne devrions pas adopter cette loi », a-t-il mis en garde.
Le conseiller de M. Medvedev a expliqué que ce dernier avait également fait preuve de charisme lors de procès très médiatisés, comme ceux concernant la mort suspecte en prison de l'avocat Sergeï Magnitsky, ou l'emprisonnement de l'ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovsky (voir « Contexte »).
« Sans M. Medvedev, personne ne serait en prison pour l'affaire Magnistky, mais ils le sont. Nous nous battons maintenant pour l'affaire Khodorkovsky », a-t-il ajouté.
Toutefois, M. Khodorkovsky a été condamné à rester en prison jusqu'en 2017. Certains analystes russes ont expliqué qu'un acquittement aurait montré que M. Medvedev avait pris le dessus, alors que la condamnation a confirmé que M. Poutine restait l'homme fort de la Russie. M. Medvedev essayerait d'obtenir le pardon de M. Khodorkovsky.
Lorsqu'EURACTIV lui a demandé s'il s'exprimait à titre personnel ou au nom de M. Medvedev, il a répondu :
« Il [M. Medvedev] me soutient. Croyez-moi, il a ses propres restrictions et ses propres limites à ne pas dépasser. Il travaille dans un environnement qui n'est pas très favorable au libéralisme, à la démocratie, etc. Nos nouvelles générations veulent davantage que ce que nous leur proposons, et il reflète ce souhait, à un rythme qui, selon moi, est compatible et adéquat par rapport à la situation. Il pourrait être un iconoclaste comme Boris Ieltsine, mais il y aurait des conséquences. Ou il pourrait être comme Mikhaïl Gorbatchev à son apogée, ou comme Deng Xiao Ping. C'est en cours, on vous le fera savoir ».
Georgi Gotev – traduit de l'anglais par Amandine Gillet