Portugal : le Parti socialiste du Premier ministre démissionnaire s’oppose à des élections anticipées
Tous les partis politiques — à l’exception du Parti socialiste — ont demandé mercredi au président portugais de convoquer des élections anticipées « dans deux mois », à la suite de la démission du Premier ministre António Costa.
Tous les partis politiques — à l’exception du Parti socialiste — ont demandé mercredi (8 novembre) au président portugais Marcelo Rebelo de Sousa de convoquer des élections anticipées « dans deux mois », à la suite de la démission du Premier ministre António Costa.
M. Costa a présenté sa démission mardi après qu’il a été rendu public qu’il était au centre d’une vaste enquête pour corruption portant sur des concessions minières et énergétiques.
Après avoir accepté cette démission, M. de Sousa a annoncé qu’il rencontrerait tous les partis mercredi et ses conseillers jeudi afin de décider s’il convient de nommer un nouveau candidat au poste de Premier ministre ou plutôt d’organiser des élections anticipées. Après ses audiences, M. de Sousa « s’adressera immédiatement au pays », a-t-il déclaré.
Alors que tous les partis se sont prononcés en faveur de la tenue de nouvelles élections, il semblerait que la solution de prédilection des socialistes soit que le chef d’État nomme un Premier ministre intérimaire à la tête d’un nouveau gouvernement soutenu par l’actuelle majorité socialiste au parlement.
Le chef de l’opposition et président du Parti social-démocrate (PSD, PPE) de centre droit, Luís Montenegro, appelle à des élections anticipées « dès que possible », une ligne également adoptée par les autres partis, y compris le troisième parti en lice, le parti d’extrême droite Chega.
Les partis ne veulent pas retarder la dissolution du parlement, qui permettrait pourtant à la majorité socialiste de finaliser un dossier important : l’approbation du budget 2024 du Portugal.
Cependant, M. Montenegro a déclaré qu’il ne s’opposerait pas au budget si cela était l’option « la plus utile pour le pays », défendant tout de même le fait que « tout ce qui peut être accéléré doit l’être » et que les élections devraient avoir lieu dans « deux mois environ ».
M. de Sousa avait précédemment déclaré qu’un départ anticipé de M. Costa entraînerait la dissolution du parlement, excluant ainsi la formation d’un autre gouvernement avec la même majorité socialiste.
Scandale concernant un centre de données
Au cœur de l’enquête impliquant l’ancien Premier ministre, qui a débuté en 2019, se trouve la construction d’un centre de données dans la ville de Sines. D’une valeur de 3,5 milliards d’euros et développé par Start Campus, le centre a été inauguré par M. Costa en avril 2021.
Selon le ministère public, l’avocat et consultant Diogo Lacerda Machado — un ami proche de M. Costa — aurait utilisé leur amitié pour influencer les décisions du gouvernement et d’autres entités liées au centre.
Outre son amitié avec le Premier ministre, M. Machado entretenait également une relation étroite avec Vítor Escária, le chef de cabinet de M. Costa, par l’intermédiaire duquel il aurait facilité les contacts entre les directeurs de Start Campus et les membres du gouvernement, selon les documents obtenus par Lusa.
Depuis 2021, M. Machado aurait eu des contacts réguliers avec l’ex-Premier ministre et son chef de cabinet, mais aussi avec d’autres membres du gouvernement, notamment le ministre de l’Infrastructure, João Galamba, qui a été inculpé mardi.
Selon le parquet, le chef de cabinet a accepté les demandes de M. Machado d’intervenir au sein du gouvernement et d’autres organisations sur des questions concernant l’entreprise. Grâce à ces traitements de faveur, le directeur du centre a pu être en contact direct et régulier avec M. Galamba, au cours de réunions formelles, de déjeuners et de dîners privés, par exemple.
Le parquet a estimé qu’il existait des preuves solides de corruption active et passive d’un titulaire de mandat politique, de trafic d’influence et de malversation.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]