Pour ne pas irriter Viktor Orbán, les commissaires européens invités à s’abstenir de participer à la Pride de Budapest

Le bureau d’Ursula von der Leyen aurait recommandé aux commissaires européens de ne pas participer à la Pride de Budapest afin de ne pas « provoquer » le gouvernement hongrois de Viktor Orbán.

EURACTIV.com
Protestors Protesters Against A Fundamental Law Change Restricting The Right Of Assembly
Organisées dans de nombreuses villes à travers le monde, les Prides, ou marches des fiertés, visent à célébrer la diversité des identités sexuelles et de genre, tout en revendiquant l’égalité des droits pour les personnes LGBTIQ+. [Getty Images/Balint Szentgallay_NurPhoto]

Selon plusieurs sources, le bureau d’Ursula von der Leyen aurait recommandé aux commissaires européens de ne pas participer à la Pride de Budapest, prévue fin juin, afin de ne pas « provoquer » le gouvernement hongrois dirigé par Viktor Orbán.

Organisées dans de nombreuses villes à travers le monde, les Prides, ou marches des fiertés, visent à célébrer la diversité des identités sexuelles et de genre, tout en revendiquant l’égalité des droits pour les personnes LGBTIQ+.

Les organisateurs de la Pride de Budapest, prévue le 28 juin, comptent maintenir la marche malgré l’adoption par le parlement hongrois, mi-mars, d’une loi interdisant ce type d’évènement. Cette loi prévoit également l’utilisation de logiciels de reconnaissance faciale pour identifier les personnes qui organisent ou participent à de tels évènements.

Parallèlement à cela, le bureau d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, aurait recommandé aux commissaires européens de ne pas participer à la Pride de Budapest.

« Le bureau d’Ursula von der Leyen a clairement fait savoir qu’il ne souhaitait voir personne à la Pride. Les commissaires ne veulent pas s’impliquer et créer des tensions internes », a confié à Euractiv une source au fait de la question.

Une autre source a précisé que l’objectif était de ne pas « provoquer Viktor Orbán sur son propre terrain ».

Au sein de la Commission, certains redoutent que toute visite de commissaire soit instrumentalisée par le pouvoir hongrois, qui pourrait dénoncer « des leçons de morale » données par « les élites bruxelloises déconnectées de la réalité », a ajouté la deuxième source.

Interrogé sur ce sujet, un porte-parole de la Commission a assuré qu’Ursula von der Leyen défendait « fermement » une « Union de l’égalité » et qu’une nouvelle stratégie en faveur de l’égalité des personnes LGBTIQ serait dévoilée dans le courant de l’année.

Toutefois, il n’a pas répondu à la question de savoir si Ursula von der Leyen soutenait ou avait encouragé ses commissaires à ne pas assister à la Pride de Budapest. Il a ajouté qu’il ne pouvait pas encore confirmer l’agenda des commissaires pour la fin du mois de juin.

S’exprimant sous couvert d’anonymat pour Euractiv, un commissaire européen de centre-droit a déclaré qu’il n’avait pas été contacté directement par Ursula von der Leyen à ce sujet, mais a attribué sa décision à un « effet Trump ».

« Je suis agréablement surpris qu’elle l’ait fait, mais elle aurait dû le faire depuis longtemps », a affirmé le commissaire.

Créé en 2019 lors du premier mandat d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission, le poste de commissaire européen à l’Égalité est actuellement occupé par la Belge Hadja Lahbib, critique de la loi hongroise interdisant les évènements tels que les Prides.

Le 17 mai, Journée internationale contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie, Ursula von der Leyen avait également publié sur ses réseaux sociaux : « Soyez fiers. Fiers de ceux que vous aimez. Fiers de qui vous êtes. Fiers de ce que vous devenez. […] L’Europe est votre alliée. Je suis votre alliée. […] Soyez fiers. Toujours. »

« Pink washing »

À Budapest, la représentation locale de la Commission indique n’avoir reçu aucune information confirmant la venue de commissaires pour la marche.

En revanche, plusieurs eurodéputés — notamment du groupe libéral Renew Europe — ainsi que des représentants de gouvernements nationaux ont confirmé leur intention d’y participer.

Présente à la Pride de Bruxelles début mai, la présidente de Pride de Budapest, Viktória Radványi, a dénoncé l’inaction de la Commission face, qui équivaut selon elle à de la complicité avec le régime hongrois au sujet des politiques de répression des communautés LGBTQ.

« Aucun recours juridique n’a été engagé par la Commission depuis l’adoption de la loi, ce qui est très préoccupant », a-t-elle souligné.

Si les États membres restent responsables des lois en matière d’égalité, la Commission peut, en vertu de la législation européenne, fixer des normes minimales et soutenir les associations via des financements européens.

Déjà sous pression, la Hongrie est partiellement privée de fonds européens en raison du recul de l’État de droit dans le pays. Certains eurodéputés appellent la Commission à aller plus loin, en gelant tous les fonds déstinés à Budapest, notamment après l’interdiction de la Pride.

« Cette Commission fait davantage de pink washing que d’actes concrets en faveur des communautés LGBTI+. J’attends d’elle qu’elle renforce le mécanisme de conditionnalité [lié] à l’État de droit de l’UE [qui a permis de geler les fonds, NDLR] pour accroître ses moyens de pression financière contre le régime LGBTIphobe de Viktor Orbán », dénonce de son côté Manon Aubry, coprésidente du groupe La Gauche au Parlement européen.

Selon un classement publié par l’Association internationale des lesbiennes et des gays, cofinancé par l’UE, la Hongrie occupe désormais la 37e place sur 49 pays européens en matière de droits LGBTI, reculant de sept places par rapport à l’an dernier. Trois pays de l’UE — la Roumanie, la Pologne et la Bulgarie —  se trouvent encore derrière elle dans ce classement.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]