Pourquoi l’UE va accepter les droits de douane « universels » de 10 % de Donald Trump
Bruxelles pourrait accepter la taxe américaine de 10 % sur les exportations des pays de l’UE, mais les signaux contradictoires de la Commission entretiennent la confusion, alors que s’ouvrent des discussions cruciales à Washington.
Lundi 30 juin, Bloomberg expliquait que l’Union européenne était « disposée à accepter » les droits de douane de 10 % imposés par le président américain sur la plupart des exportations européennes, à condition toutefois que Washington s’engage à lever les taxes de 50 % actuellement appliquées sur l’acier et l’aluminium et celles de 25 % en vigueur contre l’industrie automobile.
L’administration américaine devra aussi s’engager à ne pas imposer de droits de douane à d’autres « secteurs clés », comme les produits pharmaceutiques et les semi-conducteurs.
L’article, largement repris par les médias internationaux et qui a même provoqué des fluctuations sur les marchés boursiers américains, ne citait aucun responsable européen, même de façon anonyme. Il faisait référence à un nombre indéterminé de « personnes proches du dossier ».
« La Commission européenne, qui s’occupe des questions commerciales pour l’UE, considère cet accord comme légèrement favorable aux États-Unis, mais comme quelque chose qu’elle pourrait accepter, ont déclaré ces personnes, qui ont souhaité garder l’anonymat », peut-on y lire.
La semaine dernière Bloomberg avait pourtant annoncé que Bruxelles avait « révélé » qu’elle riposterait si le seuil de 10 % était maintenu.
Pour étayer cette affirmation, le média citait une interview du commissaire européen Stéphane Séjourné, qui déclarait que la Commission « devra riposter et rééquilibrer certains secteurs clés si les États-Unis persistent à vouloir un accord asymétrique ».
Lequel de ces deux articles faut-il alors croire ?
Stéphane Séjourné n’est pas seulement commissaire européen. C’est aussi un proche du président Emmanuel Macron, favorable à des représailles face aux taxes imposées par Donald Trump.
Une question se pose alors : Stéphane Séjourné s’exprimait-il lors de l’interview en tant que Français, ou en tant que fonctionnaire européen ?
Pour rappel, Stéphane Séjourné n’est pas commissaire européen au Commerce, mais commissaire en charge de la Prospérité et de la Stratégie industrielle. Interpréter ses propos comme reflétant la position de l’UE sur cette affaire semble donc un peu maladroit.
En outre, les commentaires du Français contredisaient des déclarations faites le même jour par d’autres responsables de l’UE, qui laissaient clairement entendre que Bruxelles allait accepter les 10 % proposés par les Américains.
La Commission, qui avait catégoriquement rejeté toute taxe de 10 % lors d’un briefing avec des journalistes a refusé à plusieurs reprises de nier qu’elle pourrait l’accepter.
« Je ne peux pas, depuis cette tribune, préjuger de l’issue de ces négociations », a ainsi déclaré Thomas Regnier, porte-parole de la Commission, aux journalistes qui lui demandaient si un éventuel accord entre l’UE et les États-Unis pourrait inclure le taux de base de 10 %.
Ces remarques ont été faites quelques heures après que Matthias Jørgensen, haut fonctionnaire de la Commission chargé des négociations commerciales, ait également refusé de répondre à une question de la commission du Commerce international (INTA) du Parlement européen pour savoir si le taux de base constituait une « ligne rouge » pour Bruxelles.
« J’ai été très heureux de voir certains médias rapporter que la Commission avait rejeté ce seuil de 10 % », a déclaré Jörgen Warborn, député européen suédois membre du Parti populaire européen (PPE), le parti de la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen.
« Mais je n’ai pas entendu la Commission dire aujourd’hui qu’il s’agissait d’une ligne rouge. Et j’aimerais que cela soit clarifié car, malheureusement, je pense que les États-Unis continueront à faire pression pour obtenir ce seuil de référence de 10 %. Et je pense que c’est inacceptable. »
Matthias Jørgensen a répondu que « les modifications de la législation européenne existante » et « l’autonomie règlementaire » constituaient des « lignes rouges » pour la Commission. Il est toutefois révélateur qu’il n’ait pas dit la même chose à propos du seuil de référence.
Les commentaires de Thomas Regnier et Matthias Jørgensen ont également été formulés au lendemain de la déclaration du commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, qui a qualifié les droits de douane imposés par Donald Trump sur les métaux et les voitures d’« insoutenables », sans toutefois mentionner le seuil de 10 %.
Maroš Šefčovič, qui rencontre ce mercredi et jeudi (2-3 juillet) à Washington de hauts responsables américains afin d’éviter que le seuil de 10 % ne passe à 50 % le 9 juillet, a également indiqué que tout accord futur entre l’UE et les États-Unis serait probablement similaire à l’accord conclu en mai entre le Royaume-Uni et les États-Unis. Ce dernier prévoit des exemptions pour les droits de douane imposés par Donald Trump sur les voitures et les métaux, mais maintient la taxe de 10 %.
L’accord UE-États-Unis comprendrait donc probablement un « accord succinct sur les principes, ou [un] accord-cadre avec des objectifs déclarés », suivi d’accords « sur les différentes questions sectorielles », a-t-il indiqué.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]