Le Premier ministre slovaque Robert Fico veut abattre des centaines d'ours

À la suite d'une attaque mortelle survenue il y a quelques jours, le gouvernement envisage d'abattre un tiers des ours de Slovaquie, une décision critiquée par les associations de défense de l'environnement.

EURACTIV.com
European Brown Bear, Ursus arctos
Ours brun européen, Ursus arctos, Bavière, Allemagne.

BRATISLAVA – À la suite d’une attaque mortelle survenue il y a quelques jours, le gouvernement envisage d’abattre un tiers des ours de Slovaquie, une décision critiquée par les associations de défense de l’environnement. 

Après qu’un homme de 59 ans a été déchiqueté à mort par un ours il y a quelques jours, le gouvernement slovaque a approuvé l’abattage de 350 ours bruns, sur les 1 300 que compte le pays – un plan en cours d’examen à Bruxelles.

Une décision qui n’a pas manqué de susciter l’émoi partout en Europe, alors que de nombreux pays du continent s’efforcent de préserver les habitats naturels des ours et des loups, tout en garantissant la sécurité des populations.

La récente attaque qui couté la vie à un homme n’est pas la première. L’année dernière, deux personnes sont mortes après avoir été attaquées ou poursuivies par des ours. Selon les données officielles, 144 ours ont été tués en 2024, dont 94 ont été abattus – soit le total le plus important de l’histoire de la Slovaquie.

Afin de faciliter la délivrance de permis aux chasseurs, le gouvernement slovaque a déclaré l’état d’urgence dans les deux tiers du pays.

Le ministre de l’environnement Tomáš Taraba a défendu le plan du Premier ministre, expliquant que les rencontres entre l’ours et l’homme étaient de plus en plus fréquentes, passées de 650 en 2020 à environ 1900 en 2024.

Selon Robert Fico, les Slovaques « ne peuvent pas vivre dans un pays où les gens ont peur d’aller dans la forêt et où les humains deviennent de la nourriture pour les ours ». 

Pas de prévention

Le plan du gouvernement suscite déjà des critiques de la part des militants et des organisations de défense de l’environnement. Selon ces derniers, cet abattage massif est contraire aux obligations internationales de Bratislava. Selon la directive européenne « Habitats », l’ours brun est une espèce strictement protégée et l’abattage de ces animaux n’est autorisé que dans des circonstances exceptionnelles. 

Selon l’ONG slovaque Ursia, ces attaques – y compris la plus récente – se sont produites dans des endroits où des appâts de chasse ont été retrouvés. Ces appâts sont utilisés par les chasseurs pour attirer les ours à un endroit précis afin de faciliter les tirs. Ils amènent cependant les ours à associer l’homme à de la nourriture et perturbent les comportements des animaux.

« Le gouvernement s’obstine à ignorer que la Slovaquie compterait environ 20 000 sites d’appâtage, souvent à proximité de zones résidentielles, où environ 60 000 tonnes de nourriture sont abandonnées chaque année », explique Michal Kiča, ancien secrétaire d’État au ministère de l’environnement.

Michal Kiča et l’eurodéputé libéral d’opposition Michal Wiezik ont également critiqué le gouvernement pour ne pas avoir éduqué le public sur la manière de se comporter dans la forêt ou sur la façon d’éloigner les ours des maisons.

Ils ont également fait valoir que les abattages records de l’année dernière n’avaient pas empêché un nouveau décès, et que l’augmentation des quotas pourraient ne pas aider non plus.

L’UE au cœur de l’affaire

Tomáš Taraba a indiqué que le plan d’urgence prévoyait la suppression de tous les sites d’appâtage et l’établissement de lignes directrices claires concernant la gestion des rencontres avec les ours. Le ministère a également indiqué qu’il soumettrait à la Commission européenne un rapport détaillant le nombre d’ours à abattre, qui serait rendu public à une date ultérieure.

Interrogé par Euractiv pour savoir si l’abattage des ours était conforme aux règles de l’UE et si Bratislava avait d’abord épuisé toutes les alternatives, un porte-parole a déclaré que la Commission analysait encore la déclaration du pays et qu’il était trop tôt pour faire des commentaires.

La Commission a néanmoins pris note de la « situation d’urgence » et de la nécessité d’une intervention urgente en la matière.

D’une manière générale, les autorités slovaques sont chargées de veiller à ce que les conditions fixées par la directive « Habitats » soient respectées lors de « toute intervention d’urgence », a ajouté le porte-parole.

Inspiré par la Roumanie

La Slovaquie suit les traces de la Roumanie, a déclaré Tomáš Taraba, qui a récemment rencontré son homologue roumain. La Roumanie abrite entre 6 000 et 8 000 ours bruns, soit la plus grande population d’Europe hors de Russie.

Après qu’un ours a tué un touriste de 19 ans l’année dernière, Bucarest a doublé le nombre d’ours abattus chaque année pour le porter à près de 500. Les législateurs roumains ont fait valoir que la « surpopulation » avait entraîné une augmentation des attaques.

Au cours des 20 dernières années, les ours ont tué 26 personnes et en ont grièvement blessé 274 autres.

La question a connu un regain d’attention à la suite d’un incident au cours duquel un sauveteur en montagne a été gravement blessé par un ours la semaine dernière.

Michal Haring, spécialiste des ours, a déclaré à Denník N que l’abattage massif n’est pas non plus officiellement autorisé en Roumanie, mais que cette dernière a conclu un accord avec la Commission pour augmenter le nombre d’exemptions que les autorités peuvent accorder.

La décision de la Roumanie a également été critiquée par les groupes de défense de l’environnement. Leurs arguments étaient remarquablement similaires : la loi ne résoudrait rien si les autorités ne se concentraient pas sur la prévention et l’intervention, et ne ciblaient pas certains ours problématiques.

Le WWF Roumanie a souligné que la priorité devait être d’empêcher les ours d’entrer dans les villes et les villages en améliorant la gestion des déchets et en dissuadant les gens de nourrir les animaux sauvages.

La Commission européenne s’est fait l’écho de ce point de vue dans sa réponse à Euronews Roumanie. Elle a noté que « des mesures proactives devraient être privilégiées pour prévenir les conflits avec les ours ».