Premières altercations sur la modification du traité de l’UE

En amont d’un sommet capital de l’UE, les partisans et les opposants de la modification du traité de l’Union pour renforcer la stabilité de la zone euro se sont affrontés hier (13 octobre) à Bruxelles, sur fond d’appels répétés de l’Allemagne pour une réouverture du débat institutionnel.

EURACTIV.fr
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En amont d’un sommet capital de l’UE, les partisans et les opposants de la modification du traité de l’Union pour renforcer la stabilité de la zone euro se sont affrontés hier (13 octobre) à Bruxelles, sur fond d’appels répétés de l’Allemagne pour une réouverture du débat institutionnel.

Les partisans et les opposants à une modification du traité européen se sont alignés derrière leurs représentants nationaux, politiques ou institutionnels lors d'une conférence organisée par le groupe de réflexion bruxellois Les amis de l'Europe.

Le vice-président de la Commission européenne, Joaquín Almunia, en charge de la concurrence, s'est opposé à son supérieur, José Manuel Barroso, le président de la Commission. Celui-ci a déclaré que l'exécutif européen était ouvert à une modification du traité européen. Dans son discours, M. Barroso a réitéré les idées qu'il avait exposées aux eurodéputés le jour précédent.

L'Allemagne semble persuadée qu'une modification du traité pourrait permettre la mise en oeuvre d'une réglementation budgétaire afin d'éviter qu'une autre crise de la dette n'empoisonne les membres de la zone euro (voir « Contexte »).

Le ministre allemand des affaires étrangères, Guido Westerwelle, aurait déclaré que Berlin souhaitait amender les traités fondateurs de l'UE lors d'une convention des Vingt-Sept qui pourrait avoir lieu en 2012.

Le commissaire sort des rangs

M. Almunia, un social-démocrate, a déclaré qu'il « parlait en tant qu'homme politique », laissant ainsi entendre qu'il sortait du rang officiel de la Commission. Il n'a pas épargné les chefs d'Etat ou de gouvernement qui participent aux réunions du Conseil de l'UE.

« D'un point de vue politique, le problème principal [se situe] au niveau du Conseil. Les Etats membres les plus importants n'étaient pas politiquement conscients des enjeux de la crise avant qu'elle commence, et même après », a-t-il affirmé.

« Ils ont d'abord tenté de trouver des solutions au cas par cas afin que chaque pays [puisse trouver] une solution adéquate […] en s'inscrivant dans une stratégie fragmentaire », a continué M. Almunia, attaquant les leaders pour leur « manque de volonté politique ».

« Ce manque de conscience et de volonté politiques est aujourd'hui corrigé par [la perspective] d'une modification du traité. C'est une opération très périlleuse, que je ne conseille pas.  Nous ne sommes pas prêts pour cela », a déclaré M. Almunia.

Alexander Alvaro, un eurodéputé du groupe libéral ALDE et membre du Parti démocratique libre allemand, a adopté un point de vue opposé à celui de son propre dirigeant, Guido Westerwelle. M. Alvaro s'est prononcé contre la modification du traité, arguant qu'il «n'existe aucune volonté politique dans les 27 capitales » d'aller dans cette direction.

En tant qu'hôte, Etienne Davignon, le président du groupe de réflexion Les amis de l'Europe, a déclaré que si quelqu'un avait évoqué l'idée d'une modification du traité lors de la réunion annuelle de l'année dernière, il l'aurait vraiment pris pour un « imbécile ».

« Qu'est-ce qui a changé depuis? » demande-t-il.  « Le changement vient du fait que de nombreux gouvernements se sont rendu compte qu'au bout d'un moment, à leur grande déception, il devient complètement incohérent d'essayer de défendre ses intérêts nationaux tout en tentant d'agir sur la scène européenne à Bruxelles »

Il a avancé que la grande différence entre avant et maintenant était que les dirigeants européens avaient découvert qu'ils étaient « coincés ensemble ». Selon lui, le vote contre le Fonds européen de stabilité financière (FESF) en Slovaquie, mardi dernier, est un bon exemple de la chute de cette solidarité. (Le parlement slovaque a par la suite ratifié le FESF, plus tard dans la journée du 13 octobre)

Distraction ou destruction?

Mario Monti, un ancien commissaire européen et le président actuel de l'université de Bocconi, a affirmé qu'entreprendre une modification du traité européen était « une opération risquée ». Il s'est aligné sur l'opinion de M. Almunia et a déclaré que mettre le changement du traité à l'ordre du jour européen serait « de l'ordre de la distraction, peut-être même de la destruction ».

Au terme de la discussion, M. Monti a affirmé que le débat avait « reflété l'état d'esprit » du Conseil de l'UE, qui doit se réunir la semaine prochaine.