Président de Renault : « La guerre du futur sera une guerre des métaux »

L’Europe fait face à un « tsunami de véhicules chinois » suite à l’interdiction de produire des moteurs thermiques dès 2035, ce qui ne fait qu’accentuer nos « vulnérabilités » sur le marché du tout-électrique, a lancé samedi Jean-Dominique Senard, Président de Renault.

Euractiv France
Renault-Nissan press conference in London
« Il y a une situation de réciprocité qui n’existe pas et qu’il est urgent de corriger », argue M. Senard, de telle manière que la question de l’accès aux métaux est « le sujet stratégique le plus important des années qui viennent ». [ISABEL INFANTES/EPA-EFE]

L’Europe fait face à un « tsunami de véhicules chinois » suite à l’interdiction de produire des moteurs à essence et diesel dès 2035, ce qui ne fait qu’accentuer nos « vulnérabilités » sur le marché du tout-électrique, a lancé Jean-Dominique Senard, Président de Renault, lors des Rencontres économiques d’Aix-en-Provence samedi (8 juillet).

L’interdiction de produire des moteurs thermiques pour les voitures neuves européennes dès 2035, sujet au centre des préoccupations des Etats membres plus tôt cette année, a créé une « ouverture considérable offerte aux véhicules chinois, qui sont clairement subventionnés dans leurs pays », a lancé M. Senard.

« La Chine, depuis 25 ans, se prépare en mettant la main sur les mines mondiales [et] sur la transformation des métaux qui permettent de fabriquer des cellules de batteries », a-t-il précisé.

La croissance du marché européen du tout-électrique nécessite un plus grand accès à certains métaux stratégiques, dont seule une infime quantité est produite et raffinée sur le continent.

La Chine est de loin le premier producteur mondial de batteries, avec 56 % des parts de marché en 2022. Le raffinage des principaux minerais que sont le lithium, le cobalt et le graphite est aussi assuré à plus de 50 % par l’empire du Milieu.

Depuis peu, l’UE a imposé des exigences strictes en matière de recyclage des batteries, tandis que des « partenariats stratégiques » ont été mis en œuvre avec des pays alliés tels la Norvège, dont les sous-sols abondent de métaux cruciaux à la transition verte.

Des nouvelles règles ambitieuses, mais qui prendront plusieurs années à avoir un réel effet, abonde le chef d’entreprise.

Qui plus est, les véhicules chinois « bénéficient de droits de douane deux fois et demi inférieurs à ceux qui nous sont imposés en Chine quand on veut exporter une voiture là-bas ».

« Il y a une situation de réciprocité qui n’existe pas et qu’il est urgent de corriger », argue M. Senard, de telle manière que la question de l’accès aux métaux est « le sujet stratégique le plus important des années qui viennent ».

Et le président de Renault d’insister : « la guerre du futur sera la guerre des métaux ».

« On va se battre »

En mars, la Commission européenne présentait un nouveau règlement sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act – CRMA), fixant des objectifs européens pour la production, le raffinage et le recyclage des matières premières critiques indispensables aux transitions écologique et numérique, avec la Chine en ligne de mire.

« Une dépendance excessive à l’égard d’un seul fournisseur pourrait perturber des chaînes d’approvisionnement entières, d’autant plus que les restrictions à l’exportation et d’autres mesures de restriction des échanges sont de plus en plus utilisées dans un contexte d’intensification de la concurrence mondiale », précise le texte de la Commission.

Les déclarations de M. Senard arrivent deux semaines après l’annonce par la Chine d’imposer des contrôles à l’exportation sur le gallium et le germanium, deux métaux nécessaires à la fabrication de semiconducteurs et autres composants électroniques, au nom de la protection des intérêts nationaux.

« Imaginez que cela nous arrive » pour la production de véhicules électriques, reconnaissant qu’un contrôle à l’export d’autres métaux par la Chine est un risque « qui existe » aujourd’hui.

La situation générale est donc « dure », a-t-il affirmé, reconnaissant de nombreuses vulnérabilités européennes, « mais on va se battre, car nous n’avons pas le choix ».

L’Europe a produit en 2020 1,41 millions de véhicules électriques, et vise 13,24 millions de véhicules produits en 2030, ce qui ferait alors du continent le premier producteur mondial.