Présidentielle américaine : le long combat environnemental de Kamala Harris

Après le retrait de Joe Biden, Kamala Harris est la favorite pour affronter Donald Trump à la présidentielle du 5 novembre et, contrairement au candidat républicain, l’actuelle vice-présidente a toujours fait de la défense de l’environnement l’une de ses priorités. Explications.

Euractiv.com
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La démocrate Kamala Harris, actuelle vice-présidente américaine. [Shutterstock/Sheila Fitzgerald]

Après le retrait de Joe Biden, Kamala Harris est la favorite pour affronter Donald Trump à la présidentielle du 5 novembre et, contrairement au candidat républicain, l’actuelle vice-présidente a toujours fait de la défense de l’environnement l’une de ses priorités. De l’autre côté de l’Atlantique, une administration Harris pourrait également avoir des conséquences importantes dans la lutte contre le changement climatique. Explications.

« Nous devons faire plus », expliquait Kamala Harris lors de la COP28 qui se tenait en décembre 2023 à Dubaï.

L’administration Biden avait pourtant déjà pris une série de mesure en faveur de l’environnement, comme la loi sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act), qui propose des incitations financières en faveur des énergies propres. Les États-Unis ont aussi réintégré en 2021 l’Accord de Paris sur le climat, après l’avoir quitté sous l’impulsion de Donald Trump en 2017.

Kamala Harris a défendu l’environnement tout au long de sa carrière en tant que procureure générale, sénatrice américaine et, plus récemment, vice-présidente.

Kamala Harris l’écolo

La (presque) candidate démocrate à la présidentielle du 5 novembre semble très sensible aux questions environnementales.

En 2005, alors qu’elle était procureure, Kamala Harris a créé ce qu’elle a qualifié de première unité de justice environnementale aux États-Unis, constituée d’un enquêteur et de deux juristes pour venir en aide aux populations les plus pauvres n’ayant pas les moyens de se défendre.

« Les crimes contre l’environnement sont des crimes contre […] des gens qui sont souvent pauvres et défavorisés », expliquait-elle à la création de cette unité.

Devenue procureure générale de Californie en 2011, elle attaque plusieurs multinationales pour des dommages contre l’environnement. Elle poursuit par exemple Plains All American Pipeline, une société spécialisée dans le transport de gaz et de pétrole, pour une marée noire survenue au large des côtes américaines en 2015 et obtient l’inculpation de l’entreprise.

Elle obtient également le paiement par Volkswagen d’une amende de 86 millions de dollars pour avoir falsifié des tests de moteurs diesel.

Élue sénatrice en 2017, elle est l’une des premières à soutenir le Green New Deal, un plan non contraignant proposé par deux démocrates, Alexandria Ocasio-Cortez et Ed Markey, qui visait à ce que l’ensemble de l’énergie américaine provienne de sources renouvelables d’ici 2035.

Kamala Harris a en outre soutenu des projets de loi sur l’équité climatique et appuyé les efforts d’une tribu sioux pour faire fermer l’oléoduc Dakota Access.

Des projets en suspens

Candidate à l’investiture démocrate en 2019, Kamala Harris dévoile un plan de 10 000 milliards de dollars pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, avec pour objectif de parvenir à une économie à zéro émission d’ici 2045. Sur le modèle européen du système d’échange de quotas d’émissions (SEQE), elle souhaite mettre en place une « taxe sur la pollution climatique » qui « ferait payer les pollueurs pour leurs émissions de gaz ».

Son programme était plus ambitieux que celui de Joe Biden sur le plan environnemental, analysait Bloomberg le 22 juillet.

Lors d’un forum sur le changement climatique organisé par CNN en 2020, elle explique être contre la fracturation hydraulique et les forages en mer. Elle promet également d’interdire l’ouverture de nouvelles concessions pour exploiter des combustibles fossiles sur des terres appartenant à l’État.

La démocrate souhaitait surtout mettre en place un bureau indépendant pour la justice climatique et environnementale et renforcer les poursuites contre les entreprises exploitant des énergies fossiles.

Bien que nommée vice-présidente par Joe Biden en 2020, ses promesses de campagne ne se sont en grande partie pas traduites en politiques concrètes. Elle reçoit tout de même des éloges de la part des défenseurs du climat.

La caution verte de Joe Biden

« La vice-présidente Harris a joué un rôle essentiel dans les réalisations les plus importantes de l’administration Biden en matière de climat », note Evergreen Action, un groupe politique axé sur le climat, dans un communiqué publié le 21 juillet.

Lors de la COP28, la vice-présidente était le plus haut responsable américain à assister aux négociations sur le climat. Elle y annonce que les États-Unis s’engagent à doubler leur efficacité énergétique et à tripler la capacité de leurs énergies renouvelables d’ici à 2030. De plus, trois milliards de dollars en faveur du Fonds vert pour le climat (Green Climate Fund) de l’ONU ont été promis.

Durant son mandat, Kamala Harris aide également à la mise en œuvre des politiques de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (Environmental Protection Agency) visant à s’attaquer à des problèmes de justice environnementale de longue date. Elle plaide aussi en faveur de l’allocation de 20 milliards de dollars au Fonds de réduction des gaz à effet de serre de l’agence, destiné à aider les communautés défavorisées confrontées aux conséquences du changement climatique.

Kamala Harris a longtemps été la « caution verte » de l’administration Biden, et si elle est désignée comme la candidate des démocrates lors de la prochaine présidentielle, ses positions trancheront avec les sorties climatosceptiques de Donald Trump.

Implications pour l’UE

L’énergie et les questions environnementales constituent une composante de plus en plus importante des relations entre l’UE et les États-Unis, et les Européens souhaitent comprendre ce qu’une administration Harris impliquerait pour les relations transatlantiques en la matière.

La rivalité en matière de technologies propres et l’afflux de gaz naturel liquéfié (GNL) américain pour remplacer le gaz russe a fait naître à la fois de la coopération et de la concurrence dans les relations États-Unis-UE ces dernières années.

En outre, à mesure que la demande européenne de GNL diminue et que l’UE se tourne vers d’autres sources d’approvisionnement mondiales, les importations américaines pourraient devenir moins importantes pour le bloc.

Par ailleurs, Kamala Harris partage l’objectif de croissance verte de l’UE et veut poursuivre la politique américaine d’investissement dans les technologies décarbonées, ce qui pourrait donner lieu aussi bien à des coopérations qu’à des conflits avec Bruxelles.

En effet, alors que Bruxelles et Washington sont parvenus à réduire les tensions sur leur concurrence en matière de technologies propres, l’accent mis par Kamala Harris sur la nécessité d’une « transition juste », qui profite aux travailleurs et aux communautés américaines, pourrait s’opposer aux intérêts des dirigeants européens avec la mise en place d’une « préference americaine ».

[Édité par Laurent Geslin & Anne-Sophie Gayet]