Présidentielle : la lutte d'influence de François Bayrou dans la macronie
Rester un allié influent : François Bayrou a passé une bonne partie de l’université de rentrée du MoDem à préciser les contours du « mouvement unitaire » qu’il espère constituer avec LREM en vue de 2022, une stratégie pour peser face à Édouard Philippe et l’aile droite de la majorité.
Rester un allié influent : François Bayrou a passé une bonne partie de l’université de rentrée du MoDem à préciser les contours du « mouvement unitaire » qu’il espère constituer avec LREM en vue de 2022, une stratégie pour peser face à Édouard Philippe et l’aile droite de la majorité.
Lors du traditionnel rendez-vous breton de son parti à Guidel (Morbihan), le patron du MoDem — et proche allié d’Emmanuel Macron — a de nouveau enfourché son cheval de bataille de ces dernières semaines : la création avant Noël d’une « coopérative » de la majorité chargée d’incarner « l’espace central » et des valeurs telles que « l’humanisme », « l’engagement européen », la « transition écologique ».
Le maire de Pau plaide pour que « les Français puissent adhérer directement à ce nouveau mouvement sans passer par l’une ou l’autre des chapelles » partisanes.
Pas question pour autant de faire disparaître LREM et le MoDem. Il s’agit plutôt de formaliser davantage une alliance scellée en 2017 derrière Emmanuel Macron et de remobiliser les militants avant la présidentielle.
Si le statut de cette « coopérative » demeure flou et son nom encore incertain, François Bayrou souhaite une « charte des valeurs », un « congrès » et propose une commission d’investiture commune pour les négociations toujours douloureuses précédant les législatives.
Au Parlement, il défend en revanche le maintien de groupes parlementaires distincts, afin d’éviter des groupes « pléthoriques » qui, selon lui, fonctionnent mal.
Invité d’honneur dimanche 26 septembre, le Premier ministre Jean Castex a loué le « rassemblement » et le « dépassement », quand « d’autres affichent leurs divisions ».
Chez LREM, qui organise son université de rentrée début octobre à Avignon, le président de l’Assemblée nationale Richard Ferrand souhaite « inaugurer » cette « maison commune » avant « la fin de cette année ».
Le N.1 du parti Stanislas Guerini promet un travail « dans les prochaines semaines » tout en prévenant : « Aucune affaire de boutique ne doit prendre le dessus sur les affaires du pays » et « le fond ».
« Des militants dans la nature »
À Guidel, certains militants MoDem s’interrogent. « Je ne sais pas trop quoi en penser. Il y a pas mal de militants qui sont dans la nature et des déçus, chez LREM comme chez nous. Est-ce que ça peut les reconnecter ? », se demande l’une d’elle. Le MoDem n’a pas communiqué son nombre d’adhérents.
Un rassemblement, « ça marche très bien au niveau européen. On l’a fait avec Renaissance (Renew) », la bannière commune des élections européennes de 2019, répond un jeune du parti, bien plus enthousiaste.
Chez LREM, ce projet maintes fois évoqué suscite la circonspection.
« Il y a une forme de politesse pour François Bayrou. On ne veut humilier personne. Bon, si ça permet aux militants de bosser ensemble pour la réélection d’Emmanuel Macron, très bien », glisse un proche du chef de l’État.
« Le MoDem est un peu coincé et se rend compte qu’il ne peut pas apporter beaucoup plus qu’en 2017. Edouard Philippe lui a une plus-value, avec des élus locaux », souligne un député.
Beaucoup y voient une stratégie de François Bayrou pour peser face à l’influence grandissante, côté droit, de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe. Le maire du Havre va lancer son parti le 9 octobre et échangeait ce dimanche en vidéo avec les députés Agir Ensemble et le ministre Franck Riester.
« La majorité est forte de sa diversité, il y a des lignes politiques différentes. Les grands partis, on a déjà vu ça avec l’UMP, ça n’a pas vraiment marché », considère la députée « philippiste » Agnès Firmin Le Bodo.
En arrière-plan, chacun sait que miser sur une majorité « élargie » et « recomposée » pour l’emporter provoquera son lot de rivalités locales. Il faudra faire de la place aux ralliés, à des proches de Christian Estrosi à Nice, d’Hubert Falco à Toulon…
Un cadre du MoDem décrit surtout les tractations du week-end comme un symptôme des « ambitions » tenaces de François Bayrou.
« C’est un homme qui a son âge », 70 ans, et « qui n’a pas réussi à être président de la République. Il n’a jamais eu d’autres ambitions que d’être président ou conseiller au plus haut niveau. Rien ne l’intéresse en dehors de ça », considère-t-il.