Qatargate : un syndicaliste et un ancien commissaire européen ont reçu de l’argent de Fight Impunity

Un dirigeant syndical international et un ancien commissaire européen ont avoué avoir reçu d’importantes sommes d’argent d’une ONG qui se trouve au cœur d’une enquête sur les accusations de tentative de corruption du Parlement européen par le Qatar.

Euractiv.com
EU Commissioner Avramopoulos visit in Sofia
L’ancien commissaire européen Dimitris Avramopoulos a déclaré à l’agence de presse grecque Athens News Agency (Ana) qu’il avait reçu 60 000 euros de Fight Impunity entre février 2021 et février 2022. [[Commission]]

Un dirigeant syndical international et un ancien commissaire européen ont avoué, mardi (20 décembre), avoir reçu respectivement 50 000 euros et 60 000 euros d’une ONG qui se trouve au cœur d’une enquête sur les accusations de tentative de corruption du Parlement européen par le Qatar.

Luca Visentini, syndicaliste italien et secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI), a insisté dans un communiqué de presse sur le fait qu’il avait reçu cette somme pour rembourser sa campagne pour devenir secrétaire général de la CSI.

Le syndicaliste a démenti les informations selon lesquelles il avait démissionné de son poste de dirigeant de la CSI, affirmant qu’il avait plutôt décidé de se mettre en retrait, « une sorte d’autosuspension », et qu’il était à présent en vacances.

« J’ai accepté ce don en espèces en raison de la qualité du donneur et de son caractère non lucratif », a-t-il déclaré.

« On ne m’a rien demandé, je n’ai rien demandé non plus en échange de cet argent et aucune condition d’aucune sorte n’a été posée pour ce don. »

« Ce don n’était pas lié à une quelconque tentative de corruption, ou d’influencer ma position syndicale sur le Qatar ou sur toute autre question », a-t-il ajouté.

« Je rejette ouvertement toute accusation éventuelle à cet égard, elles sont totalement fausses. »

Le conseil d’administration de la CSI se réunira mercredi (21 décembre) pour discuter du cas de M. Visentini.

Luca Visentini a reçu l’argent de Fight Impunity, une ONG basée à Bruxelles et fondée par l’ancien eurodéputé socialiste Pier Antonio Panzeri (S&D), qui a été arrêté et accusé de corruption et de blanchiment d’argent.

Les procureurs affirment que M. Panzeri a utilisé l’ONG pour financer un réseau de corruption au sein du Parlement européen pour le compte de la monarchie du Qatar. Le pays du Golfe soutient toutefois n’avoir joué aucun rôle dans ce scandale.

M. Visentini a été arrêté pour être interrogé lors d’une série de descentes de police en Belgique qui ont permis de découvrir environ 1,5 million d’euros en espèces à son domicile, mais il a été libéré sans inculpation tout en restant suspect dans cette affaire.

Quatre suspects — M. Panzeri, l’eurodéputée grecque Eva Kaili (S&D), le partenaire de cette dernière, Francesco Giorgi, et Niccolo Figa-Talamanca, dont l’ONG No Peace Without Justice siège à la même adresse que Fight Impunity — ont été inculpés.

Une onde de choc

L’affaire a provoqué une onde de choc au sein du Parlement européen et entraîné des demandes et des promesses de réforme.

Par ailleurs, l’ancien commissaire européen Dimitris Avramopoulos a déclaré à l’agence de presse grecque Athens News Agency (Ana) qu’il avait reçu 60 000 euros de Fight Impunity entre février 2021 et février 2022.

M. Avramopoulos, ancien ministre grec des Affaires étrangères et membre de la Commission européenne entre 2014 et 2019, a démissionné de son poste de membre honoraire du conseil d’administration de l’ONG.

Toutefois, sur le site web de l’organisation, il est toujours mentionné comme étant l’un des membres du conseil d’administration.

Récemment, il a déclaré que certains groupes à Rome tentent de l’impliquer dans le scandale du Qatargate afin de l’écarter du processus de sélection du prochain représentant spécial de l’UE pour les relations avec les pays du Golfe.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]