Répression en Iran : plusieurs États membres de l’UE convoquent les ambassadeurs iraniens et réclament des sanctions

Plusieurs États membres de l’UE, dont l’Espagne, la Finlande, la Belgique et la République tchèque, ont convoqué les ambassadeurs iraniens en réaction à la répression violente des manifestations par les autorités de Téhéran, alors que la pression s’intensifie au sein du bloc pour un durcissement des sanctions contre le régime iranien.

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Ces démarches diplomatiques interviennent alors que les manifestations se sont étendues à l’ensemble du pays après plusieurs semaines de troubles, réprimés par des mesures de sécurité drastiques, des coupures nationales d’Internet et des arrestations massives. Selon des organisations de défense des droits humains, des centaines de manifestants ont été tués, alimentant les appels à une réponse européenne plus ferme à l’égard de Téhéran.

« Nous souhaitons exprimer notre ferme rejet et notre condamnation de ce qui se passe en Iran », déclarait ce mardi 13 janvier le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares. Il a également indiqué qu’il ferait savoir à son homologue iranien, Reza Zabib, que Téhéran doit respecter les manifestations pacifiques et la liberté d’expression, rétablir l’accès à Internet, mettre fin aux arrestations arbitraires et revenir à la « table des négociations et du dialogue ».

La décision de Madrid fait suite à celle de la ministre finlandaise des Affaires étrangères, Elina Valtonen, de convoquer mardi l’ambassadeur d’Iran en réponse à la coupure nationale d’Internet et à la répression violente des manifestations.

Lundi soir (12 janvier), le ministre belge des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a lui aussi convoqué l’ambassadeur iranien dans son pays, exigeant que les autorités iraniennes « respectent leurs obligations internationales ».

Le ministère tchèque des Affaires étrangères a pris une mesure similaire, tandis que Prague a émis un avertissement aux voyageurs, exhortant ses citoyens à ne pas se rendre en Iran et appelant ceux qui se trouvent encore dans le pays à le quitter immédiatement.

Dans le même temps, le chancelier allemand Friedrich Merz a déclaré qu’il s’attendait à ce que les dirigeants iraniens tombent au milieu des manifestations de masse.

« Si un régime ne peut se maintenir au pouvoir que par la violence, alors il est effectivement à bout. Je suppose que nous assistons actuellement aux derniers jours et aux dernières semaines de ce régime », expliquait Friedrich Merz lors d’une visite à Bengaluru, en Inde.

Tout comme le président français Emmanuel Macron, Friedrich Merz avait déjà condamné lundi la violence utilisée par les forces de sécurité iraniennes contre des manifestants pacifiques.

« J’appelle les dirigeants iraniens à protéger leur population au lieu de la menacer », a déclaré le chancelier allemand, saluant le courage des manifestants qui réclament la liberté comme « tout à fait légitime ».

Les sanctions gagnent du terrain

Plusieurs dirigeants de l’UE se sont abstenus de rappeler leurs ambassadeurs en Iran, mais ont intensifié leurs appels à des sanctions à la suite de la répression iranienne, qui a entraîné la mort d’au moins 648 manifestants depuis le début des troubles, selon les données de l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège.

La Belgique s’est dite ouverte à la discussion de nouvelles sanctions de l’UE, tandis que le ministre néerlandais des Affaires étrangères, David van Weel, est allé plus loin en exhortant l’UE à désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme une organisation terroriste.

Lundi, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a banni les diplomates iraniens des différents locaux de l’institution européenne. L’hémicycle a demandé que le CGRI soit inscrit sur la liste des groupes terroristes à partir de 2022 — ce que l’Australie a décidé de faire en novembre dernier.

La Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, l’Estonienne Kaja Kallas, s’est déclarée prête à proposer de nouvelles sanctions.

Si la forme que pourraient prendre les sanctions supplémentaires de l’UE reste incertaine, le Parlement européen exerce également des pressions. Dans une lettre adressée à Kaja Kallas en décembre et consultée par Euractiv, David McAllister, eurodéputé et président de la commission des Affaires étrangères (AFET) du Parlement, a exhorté l’Union à durcir considérablement sa position à l’égard de l’Iran.

David McAllister estime que l’approche actuelle de l’UE n’a pas réussi à freiner le comportement du régime ni à limiter la répression dans le pays.

Plusieurs options restent « inexploitées », écrit-il, notamment la désignation du CGRI comme organisation terroriste, l’extension des sanctions personnelles, le renforcement des contrôles sur les exportations de technologies, le renforcement de l’application des sanctions et l’examen de sanctions commerciales.

Ces mesures, explique-t-il, devraient s’inscrire dans le cadre d’une stratégie plus large de l’UE au Moyen-Orient, qui relierait les objectifs en matière de politique étrangère, de sécurité et de droits de l’homme dans une approche unique et cohérente.

Eddy Wax, Aneta Zachová, Laurent Geslin, Björn Stritzel et Magdalena Kensy ont contribué à la rédaction de cet article.