République tchèque : le débat sur une sortie de l’UE relancé à l’approche des législatives

Le leader du parti d’extrême droite tchèque Liberté et démocratie directe, Tomio Okamura, relance l’idée d’une sortie de la République tchèque de l’UE, alors que débute la campagne pour les élections législatives d’octobre.

EURACTIV République tchèque
Radio debate ahead of Czech parliamentary elections
Tomio Okamura, président du parti d’extrême droite tchèque Liberté et démocratie directe (SPD). [Getty Images/Lukas Kabon_Anadolu Agency]

Le leader du parti d’extrême droite tchèque Liberté et démocratie directe (SPD), Tomio Okamura, relance l’idée d’une sortie de la République tchèque de l’UE alors que débute la campagne pour les élections législatives d’octobre.

Tomio Okamura a bâti sa carrière politique sur des positions nationalistes radicales, notamment des propositions visant à interdire la promotion de l’islam, un programme anti-immigration strict et des critiques de plus en plus virulentes à l’égard de l’Ukraine et de la présence de réfugiés ukrainiens en République tchèque.

Il a qualifié le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) de « plan néo-marxiste fou » et son parti, le SPD, continue d’exiger des référendums sur l’appartenance de la République tchèque à l’UE et à l’OTAN. Ses idées sont fermement rejetées par les partis traditionnels du pays.

Sa position sur un éventuel référendum sur l’UE est claire : « Je voterais pour que la République tchèque quitte l’UE », a-t-il récemment déclaré.

Un récent sondage STEM pour CNN Prima News place le SPD à 13 %, en troisième position derrière le parti populiste ANO (32 %) et le parti de centre-droit Spolu (21 %). Ce rebond fait suite à la fusion stratégique du SPD avec trois petits groupes nationalistes, formant un front anti-UE plus uni.

Qui est Tomio Okamura ?

Tomio Okamura est né d’une mère tchèque et d’un père japonais-coréen, il a passé une partie de son enfance à Tokyo avant de s’installer à Prague.

Avant d’entrer en politique, il a dirigé plusieurs entreprises dans le domaine du tourisme et a été associé dans une agence de voyage aujourd’hui en faillite qui permettait à ses clients d’envoyer des jouets à l’étranger pour être photographiés dans des lieux touristiques populaires.

Il est ensuite devenu vice-président et porte-parole de l’Association des agences de voyage tchèques.

En 2008, il a été nommé ambassadeur tchèque pour l’Année européenne du dialogue interculturel de l’UE.

Le SPD est son deuxième projet politique, après une scission douloureuse avec son ancien parti, Aube de la démocratie directe, en 2015.

Parmi les détracteurs les plus virulents de Tomio Okamura figurent des membres de sa propre famille. Son frère aîné, le député chrétien-démocrate pro-UE (KDU-ČSL) Hayato Okamura, l’accuse par exemple de « soutenir objectivement le Kremlin ».

Le plus jeune des frères, l’architecte Osamu Okamura, s’est présenté aux élections européennes de 2024 sous la bannière des Verts, promettant de « renforcer l’adhésion active à l’UE ».

Bien que les frères se soient abstenus de toute attaque personnelle en public, leurs divergences idéologiques sont profondes. En 2024, Hayato a présenté ses excuses au parlement pour l’« ukrainophobie » de son frère.

Tomio Okamura a également été impliqué dans de multiples litiges juridiques, principalement avec des médias et des ONG pour diffamation présumée, dont il est sorti perdant dans la plupart des cas.

Début 2025, il s’est vu retirer son immunité parlementaire afin de répondre à d’éventuelles accusations criminelles liées à une campagne électorale jugée raciste lors des Européennes de 2024.

Tomio Okamura a peu de chances d’atteindre rapidement son objectif de longue date, qui est de faire sortir la République de l’UE. Le parti populiste ANO, en tête dans les sondages, ne montre aucun intérêt pour un Czexit, et l’actuel gouvernement de centre-droit reste résolument pro-européen.

Mais avec plusieurs petites factions tournant autour du seuil des 5 % de voix nécessaire pour entrer au parlement, le SPD pourrait émerger comme le seul allié viable de l’ANO, donnant à Tomio Okamura un levier pour pousser la politique tchèque davantage vers la frange nationaliste et eurosceptique.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]