Retour sur dix ans au sein de l'UE des nouveaux Etats membres
Le « big bang » de l'élargissement au sein de l'UE a eu lieu le 1er mai 2004 :Chypre, l'Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie sont entrés dans l'UE. Le réseau EURACTIV fait le point à l'occasion de ce dixième anniversaire.
Le « big bang » de l’élargissement au sein de l’UE a eu lieu le 1er mai 2004 :Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie sont entrés dans l’UE. Le réseau EURACTIV fait le point à l’occasion de ce dixième anniversaire.
L’anniversaire de l’entrée de nombreux pays d’Europe centrale au sein de l’UE se déroule à un moment significatif : les élections européennes ont lieu dans trois semaines et les partis eurosceptiques devraient enregistrer une forte progression.
Les eurodéputés polonais ont leur mot à dire
Krzysztof Kokoszczy?ski d’EURACTIV Pologne livre son analyse sur le travail des eurodéputés polonais. Il évalue leur impact au sein du Parlement.
La Pologne occupe 51 sièges au Parlement européen. La majorité d’entre eux (28) font partie du Parti populaire européen (PPE). Le Groupe des conservateurs et réformistes européens (CRE) occupe la deuxième place (12 eurodéputés), suivi de l’Alliance des socialistes et démocrates avec 7 sièges .Certains eurodéputés polonais se sont révélés compétents lors des négociations dans les arcanes du processus décisionnel européen, et sont reconnus au niveau national et européen pour le travail qu’ils ont accompli.
Jerzy Buzek, ancien premier ministre, était président du Parlement européen entre 2009 et 2012. Il était, et est encore, le premier président d’une institution européenne à venir d’un ancien pays de l’Union soviétique, une fierté nationale en Pologne.
Les médias polonais ont constamment suivi le travail des eurodéputés polonais à Bruxelles et à Strasbourg, parfois, dans une démarche purement sensationnaliste, parfois, par volonté de suivre l’information de façon objective et de s’assurer de la qualité du travail qu’ils réalisent. Certains noms ont déjà été cités pour leur attitude exemplaire et de leur aptitude à travailler dans un environnement européen, dont : l’ancienne commissaire polonaise Danuta Hübner, Jacek Saryusz-Wolski, Ró?a Thun et Jan Olbrycht (tous PPE), Pawe? Kowal et Konrad Szyma?ski (CRE) ainsi que Bogus?aw Liberadzki (S&D).
Les thèmes dont s’occupent ces eurodéputés en disent long sur le travail qu’ils ont abattu. Danuta Hübner est par exemple experte en économie et en politique régionale. Il n’est d’ailleurs pas étonnant que les représentants polonais suivent de près les dossiers budgétaires, notamment les fonds structurels. À la fin des négociations sur le budget, le secrétaire d’État au sein du ministère des Affaires étrangères a également salué les efforts de ses compatriotes députés dans la garantie d’un financement maximum pour la Pologne.
D’autre part, les politiques énergétique et climatique, deux sujets étroitement liés, étaient tout aussi importantes pour les Polonais que le budget européen pour 2014-2020. Le mix énergétique de la Pologne repose avant sur les centrales à charbon. Varsovie hésite d’ailleurs à apporter son soutien à des politiques sur le climat qui ne prennent pas en compte le cas unique polonais. L’État polonais souhaite réduire son indépendance vis-à-vis du gaz naturel russe en exploitant à grande échelle les réserves de gaz de schiste dans l’espoir de réduire sa consommation de charbon. Le gouvernement estime que les réserves nationales en schiste s’élèvent entre 346 et 768 milliards de mètres cubes. Konrad Szyma?ski, membre de la commission de l’industrie et de l’énergie (ITRE), étaient l’un des plus grands partisans d’une réglementation moins stricte sur l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste.
Les Polonais se sont également spécialisés dans le domaine des nouvelles technologies. Ró?a Thun est une fervente défenseuse de la stratégie numérique européenne. Elle souhaite notamment mettre un terme aux frais d’itinérance sur le territoire de l’UE ainsi que d’autres mesures visant à augmenter l’interconnectivité du réseau européen.
Conscients de la chance qu’ils ont eue lors de la transition démocratique, les Polonais n’oublient pas leurs voisins qui ont toujours des difficultés à se détacher de l’héritage communiste.
La Pologne a par exemple rédigé avec la Suède le programme de Partenariat oriental. Les eurodéputés Saryusz-Wolski et Kowal se concentrent sur l’aspect oriental de la politique européenne de voisinage. Ces deux parlementaires, très actifs lors de la crise ukrainienne, ont prouvé qu’ils étaient l’une des forces motrices du rapprochement entre le Parlement européen et l’Ukraine.
Le 25 mai, les Polonais se rendront aux urnes. Selon les derniers sondages, le principal parti d’opposition, Droit et justice (parti membre de la CRE) l’emporterait de justesse sur le parti Plateforme civique (PPE), le parti majoritaire dans la coalition gouvernementale : 26,6 % contre 26,3 %.Le Parti populaire polonais, membre du gouvernement, fait également partie du PPE. Ces derniers peuvent espérer atteindre 6,5 % des voix. Le PPE devrait dès lors conserver une bonne majorité au sein du Parlement avec 22 sièges.
Les responsables tchèques parlent franchement
À l’occasion de la commémoration de l’entrée de la République tchèque au sein de l’UE, Anna Kuznická et Denisa Nováková d’EURACTIV République tchèque ont rassemblé les témoignages exclusifs des personnalités politiques nationales les plus importantes. Les Tchèques sont réputés pour leur euroscepticisme, mais les dirigeants politiques transmettent des messages plus positifs.
En 2003, 77 % des électeurs ont dit « oui » lors du référendum sur l’entrée dans l’UE et 55 % de la population y a participé.
Selon l’enquête menée en été 2013 par l’institut de sondages polonais CVVM, seuls 28 % des personnes interrogées ont exprimé leur satisfaction par rapport à l’adhésion à l’UE, contre 26 % qui se disent mécontents.Il n’existe pas une attitude claire et univoque de la population tchèque vis-à-vis de l’UE. Dans la même enquête, 43 % des répondants pensent qu’il est positif pour leur pays de faire partie de l’UE, 41 % pensent le contraire.
Selon Miloš Zeman, président de la République tchèque, le 1er mai 2004 a été le jour du retour au sein de la famille. « Notre adhésion à l’UE était bien plus que l’accession au marché unique ou à un organisme pourvoyeur de subventions. C’était en réalité l’entrée dans une famille. En rejoignant une famille, vous partagez ses règles, son comportement et sa culture », a-t-il ajouté.
Selon le chef d’État, quand il pense à l’UE, il pense à l’identité culturelle :« Étant donné que la Tchéquie a longtemps fait partie de la culture européenne, je considère donc notre adhésion à l’UE plus comme un retour dans une famille [qu’on a déjà connue] plutôt que dans une nouvelle famille ».
Le premier ministre, Bohuslav Sobotka, social-démocrate à l’instar du président, a également déclaré que son pays était « retourné » dans l’UE, mettant ainsi en avant les racines européennes de son pays. Il estime que l’adhésion de son pays à l’UE constitue le moment le plus important de l’histoire moderne du pays. D’après lui, la République tchèque a depuis lors l’occasion de mieux défendre ses intérêts dans un environnement mondialisé.
« Nous disposons d’une occasion unique […] de contribuer à la résolution des problèmes que nous n’aurions pas été capables de gérer efficacement tout seul. L’Union européenne assure la paix, la stabilité et la prospérité, des valeurs que nous apprécions après l’histoire tourmentée et difficile du continent du XXe siècle », a-t-il ajouté.
Le premier ministre a également mis en avant les avantages d’une adhésion à l’UE, comme le renouveau de l’État de droit, mais aussi les avantages économiques. Grâce aux fondements des règles de solidarité européenne, le pays a reçu un montant deux fois plus élevé la contribution nationale au budget européen. En outre, l’afflux d’investissements étrangers a apporté 6 points de croissance supplémentaire à l’économie nationale, a déclaré le premier ministre.
Cyril Svoboda, ministre des Affaires étrangères quand la République tchèque a rejoint l’UE, a expliqué que l’adhésion à l’UE avait donné l’occasion aux citoyens tchèques de montrer qu’ils prennent le thème européen au sérieux et ont une stratégie au long terme.
Mais l’ancien ministre tchèque regrette que Prague n’a pas su tirer profit de ces occasions.Il a notamment cité les tentatives de l’ancien président eurosceptique, Václav Klaus, de bloquer l’adoption du traité de Lisbonne.
David Ondrá?ka, directeur de Transparency International, a pour sa part indiqué que l’adhésion à l’UE a constitué un changement de paradigme en rejoignant un club à la fois fermé et élitiste, qui en même temps confirme les liens culturels et politiques avec l’Europe.
« La situation a évolué, l’Europe est confrontée à de nombreux problèmes et n’a que peu de solutions. Toutefois, le maintien de notre pays au sein de l’UE nous importe toujours et nous n’avons par ailleurs pas d’autre choix. Essayons d’aborder l’UE sur la base de fait, en toute assurance et de manière active », a-t-il déclaré en ajoutant que les avantages de l’UE étaient bien plus que les seules subventions qu’elle apporte.
Petr Kuželn, président de la chambre de commerce tchèque, a souligné que l’élargissement avait généré une expansion économique non seulement chez les nouveaux États membres, mais aussi chez les anciens. L’adhésion de la République tchèque a entraîné l’afflux massif d’investissements étrangers directs et la balance négative a pu ainsi être inversée. La République tchèque a également tiré profit de l’entrée dans le marché interne européen, la plus grande zone économique au monde, ce qui a représenté une fenêtre d’opportunité extraordinaire pour les entrepreneurs tchèques, a-t-il poursuivi.
Jan Mühlfeit, président de Microsoft Europe, a aussi fait état du rôle de la République tchèque au sein de l’OTAN. Son adhésion en mars 1999 est vue comme un point d’ancrage dans la communauté des pays démocratiques.
La Slovaquie reste proeuropéenne
La position de l’exécutif slovaque est claire. La Slovaquie, le seul membre du groupe de Višegrad au sein de la zone euro, veut rester « au cœur du processus d’intégration européenne » écrit l’éditrice slovaque d’EURACTIV, Zuzana Gabrižova. Selon elle, le pays prend conscience peu à peu que de telles ambitions sous-tendent aussi d’autres coûts, telles que la participation au mécanisme de sauvetage de la zone euro.
Selon Zuzana Gabrižova, le ministre des Affaires étrangères Miroslav Laj?ák considère que les bouleversements politiques, sociétaux et économiques qu’a connus son pays n’auraient jamais été possibles sans une approche résolument européenne et sans l’adhésion de son pays à l’Union. « Grâce à l’élargissement de 2004, la Slovaquie est devenue un véritable acteur international » a-t-il dit.
Après 10 ans, l’économie slovaque est passée de 57 % de la moyenne européenne à 75 %, soit la croissance la plus forte parmi les États membres du groupe de Višegrad. La liberté de circulation, la participation à l’espace Schengen et l’adoption à l’euro reçoivent largement l’adhésion des Slovaques.
Cependant, le pays a été sous le choc en 2011 quand le gouvernement de centre droit d’Iveta Radi?ová a été renversé après un vote de défiance sur la question du renforcement du Fonds européen de stabilité financière (FESF).
Depuis lors, le gouvernement social-démocrate de Robert Fico fait partie de la mouvance politique la plus pro-européenne du pays. Ainsi, le vice-président de la Commission européenne Maroš Šef?ovi? sera tête de liste du parti SMER-SD pour les européennes.
Le reste du spectre politique national, principalement les partis au centre de l’échiquier politique, ont presque abandonné complètement la rhétorique pro-européenne pour adopter le discours pragmatique et fonctionnel du parti gouvernemental, explique la sociologue slovaque, Olga Gyarfasova.
Les critiques eurosceptiques gagnent du terrain dans le pays également. En particulier parmi les partis qui devraient dépasser la barre des 5 % lors des élections européennes, selon les sondages.Dans une certaine mesure, continue la sociologue, ce phénomène est la résultante d’une longue période d’euphorie europhile naïve, et le bilan d’une décennie au sein de l’UE.
Le ministère des Affaires européennes et étrangères du pays a publié un rapport, qui dresse un bilan des résultats de l’adhésion et qui fait la liste des défis qui restent à relever. L’administration publique du pays est confrontée à l’un des défis les plus difficiles à surmonter : mettre en œuvre la législation européenne considérable de manière transparente en intégrant tous les acteurs socio-économiques.Un autre enjeu de première importance encore perfectible est celui de la gestion des fonds européens.
Les autres priorités politiques de la Slovaquie en matière européenne sont : la baisse des coûts de la stabilisation de la zone euro pour les citoyens, la hausse de la part du PIB national consacré aux programmes de recherche et l’arrêt de la discrimination dont le pays fait l’objet vis-à-vis de la politique agricole commune (PAC).En outre, la Slovaquie se dit préoccupée par les ambitions environnementales de l’UE qui pourrait mettre en danger son industrie. Enfin, elle aimerait trouver de nouvelles synergies au niveau européen en vue de diversifier les sources d’approvisionnement énergétiques.
Pour la première fois, une étude récente de l’Eurobaromètre montre que le nombre de Slovaques ne faisant pas confiance à l’UE (49 %), a légèrement dépassé ceux qui lui font confiance (47 %).
Le niveau de confiance reste malgré tout plus haut en Slovaquie que la moyenne européenne. Les Slovaques font d’ailleurs bien plus confiance aux institutions européennes qu’à ses institutions nationales