Réunion à Paris sur l’Ukraine : pas d’engagements concrets, mais la volonté d’augmenter les dépenses de défense

Si les dirigeants européens n’ont pas pris d’engagements concrets envers l’Ukraine lors de leur réunion à Paris lundi, tous ont confirmé leur volonté d’augmenter les dépenses de défense alors que les États-Unis menacent de retirer rapidement leur aide dans le conflit.

/ EURACTIV.com
European Leaders Attend Security Summit In Paris
La réunion diplomatique de crise n’a débouché sur aucun accord ni aucun plan spécifique pour l’avenir, mais elle a permis d'envoyer un signal : l’Union européenne (UE) va continuer à se tenir aux côtés de l’Ukraine. [(Photo by Tom Nicholson/Getty Images)]

PARIS — Si les dirigeants européens n’ont pas pris d’engagements concrets envers l’Ukraine lors de leur réunion à Paris lundi, tous ont confirmé leur volonté d’augmenter les dépenses de défense alors que les États-Unis menacent de retirer rapidement leur aide dans le conflit.

Dans une réponse ad hoc à la gifle américaine reçue à Munich le week-end dernier, le président français Emmanuel Macron a réuni à Paris les dirigeants de l’Allemagne, de l’Italie, du Danemark, de la Pologne, de l’Espagne, des Pays-Bas, de la France et du Royaume-Uni, ainsi que des responsables de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

La réunion diplomatique de crise n’a débouché sur aucun accord ni aucun plan spécifique pour l’avenir, mais elle a permis d’envoyer un signal : l’Union européenne (UE) va continuer à se tenir aux côtés de l’Ukraine.

Les discussions ont eu lieu alors que les craintes grandissaient de voir les Européens écartés des négociations de paix visant à mettre fin à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, annoncées par le président américain Donald Trump après un appel téléphonique avec le président russe Vladimir Poutine la semaine dernière.

À Paris, le président du Conseil européen, António Costa, a déclaré qu’il s’agissait « du début d’un processus qui se poursuivra avec la participation de tous les partenaires engagés en faveur de la paix et de la sécurité en Europe ». Il a ajouté que « l’Union européenne et ses États membres joueront un rôle central dans ce processus ».

La veille, le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, avait minimisé les craintes de voir les Européens mis sur la touche lors des futurs pourparlers de paix en Ukraine, déclarant à CBS News que l’Ukraine et l’Europe participeraient toutes deux à de « véritables négociations » à un stade ultérieur.

Cette démonstration d’unité de la part des principaux partisans de l’Ukraine est intervenue 48 heures après la Conférence de Munich sur la sécurité, qui a laissé le bloc européen abasourdi et confus, et l’administration Trump en position de contrôle quasi exclusif pour les futurs pourparlers de paix entre Kiev et Moscou.

Une coalition, mais pas (encore) de troupes

En convoquant cette réunion, Emmanuel Macron a clairement indiqué qu’il entendait prendre la tête des efforts européens en Ukraine. Reste à savoir s’il y parviendra. Selon son bureau, il s’est entretenu par téléphone avec Donald Trump hier, juste avant le début des pourparlers à Paris.

Il y a un an, le président français avait d’abord évoqué la possibilité d’envoyer des troupes européennes en Ukraine dans le cadre d’une future force de maintien de la paix, proposition qui, à l’époque, avait suscité une vive controverse dans d’autres capitales européennes.

Si cette idée a récemment été soutenue par la Suède et le Royaume-Uni, elle a été accueillie avec un profond scepticisme par de nombreux autres États membres.

En amont de la réunion, le Royaume-Uni s’est dit prêt à envoyer des troupes de maintien de la paix en Ukraine.

Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a touteofis soutenu après la réunion que l’envoi de troupes ne serait possible qu’avec le soutien des États-Unis, qui est pour lui « le seul moyen de dissuader efficacement la Russie de recommencer à attaquer l’Ukraine ».

En effet, tout accord sur cette idée reste loin d’être acquis, car la majorité des États membres de l’UE reste hésitante en raison du manque de garanties de sécurité, que ce soit de la part des États-Unis ou potentiellement de l’OTAN, pour assurer une telle mission.

Le Premier ministre polonais Donald Tusk, avant de s’envoler pour Paris, a exclu la participation de son pays à l’initiative d’envoyer des troupes en Ukraine.

« Nous n’avons pas l’intention d’envoyer des soldats polonais en Ukraine. Cependant, nous soutiendrons également, en termes de logistique et de soutien politique, les pays qui voudront fournir de telles garanties à l’avenir », a-t-il déclaré aux journalistes, selon un communiqué.

Dans le même ordre d’idées, le chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré lundi soir qu’il était « […] un peu irrité par ces débats » sur une mission européenne de maintien de paix en Ukraine. Selon lui, c’est « complètement prématuré ».

L’Espagne a également exprimé sa réticence à participer à tout type de force de maintien de la paix.

« Personne n’envisage actuellement d’envoyer des troupes en Ukraine » pour une hypothétique mission de maintien de la paix, a déclaré le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, à la radio espagnole Onda Cero avant les pourparlers de Paris.

« Je ne vois pas la paix à l’horizon pour le moment », a ajouté le ministre, soulignant que c’était « loin d’être le cas » car le président russe Vladimir Poutine n’avait pas l’intention de mettre fin à la guerre.

Augmenter les dépenses de défense

Si les dirigeants européens n’ont pas trouvé de consensus sur de nombreux engagements concrets envers l’Ukraine, ils se sont toutefois accordés à dire que les dépenses de défense devaient être augmentées alors que les États-Unis menacent de retirer rapidement leur aide dans le conflit.

Ils ont notamment laissé entendre qu’ils utiliseraient la « clause dérogatoire » des règles de l’UE en matière de déficit, qui permet aux États membres de dépasser le seuil de 3 % du PIB fixé pour le déficit public. Et ce, sans encourir de sanctions si les dépenses supplémentaires sont consacrées à la défense.

« L’Europe est prête et disposée à intensifier ses efforts. À jouer un rôle de premier plan dans la fourniture de garanties de sécurité à l’Ukraine. Prête et disposée à investir beaucoup plus pour sa sécurité », a déclaré lundi soir le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), Mark Rutte.

« Les détails devront être décidés, mais l’engagement est clair », a-t-il ajouté.

L’option, exposée pour la première fois par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen à Munich, avait été accueillie avec une grande hésitation par les États membres dits « frugaux ». Mais désormais, le ton change quelque peu.

« L’Allemagne est favorable à ce que les dépenses de défense soient exclues des calculs de la dette » si les États membres s’engagent à dépasser la barre des 2 % du PIB consacrés à la défense, a annoncé le chancelier Olaf Scholz après la réunion à Paris.

« Si nous, Européens, ne parvenons pas à dépenser beaucoup pour la défense maintenant, nous serons obligés de dépenser dix fois plus si nous n’empêchons pas une guerre plus large », a mis en garde le Premier ministre polonais, Donald Tusk.

Il n’a pas été précisé si d’autres options de financement, y compris l’emprunt commun, avaient été évoquées, l’Élysée n’ayant pas commenté l’issue du mini-sommet.

Les dissidents laissés de côté

Les discussions de Paris ont aussi soulevé des questions sur la forme que prendrait à l’avenir la prise de décision sur l’Ukraine, qui, jusqu’à présent, avait été menée à l’unanimité par tous les États membres de l’UE, ce qui avait parfois abouti à une impasse et à des semaines de retard.

Les principaux opposants européens à l’aide à l’Ukraine — la Hongrie et la Slovaquie — n’ont pas été invités et ont rejeté la réunion à Paris, la qualifiant d’effort visant à faire échouer les efforts de paix de Donald Trump.

« Les dirigeants européens pro-guerre, anti-Trump et frustrés se réunissent pour empêcher un accord de paix en Ukraine », a déclaré lundi le ministre hongrois des Affaires étrangères, Péter Szijjártó. Il a ajouté que « contrairement à ceux qui participent au sommet de Paris, ils soutiendraient pleinement les efforts de Donald Trump et les négociations américano-russes ».

L’Élysée a rejeté cette accusation, invoquant des questions pratiques pour organiser une réunion dans un délai aussi court, déclarant que « la conversation […] se poursuivra dans d’autres capitales ».

Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a de son côté déclaré qu’il ne comprenait pas pourquoi les hauts responsables de l’UE assistaient aux pourparlers de Paris sur le déploiement de troupes étrangères sur le territoire ukrainien.

S’il n’a « aucune objection » aux discussions des pays désireux d’envoyer des troupes en Ukraine, il avait appelé au préalable António Costa, président du Conseil européen, pour lui demander pourquoi ce dernier avait accepté une invitation, « car ce n’est pas une question qui concerne l’UE, et l’UE ne devrait pas être impliquée ».

« L’UE n’a pas le pouvoir de prendre des décisions sur la participation de troupes étrangères sur le territoire d’un autre État », a affirmé Robert Fico, ajoutant que le fait que les hauts responsables de l’UE assistent « sans aucun mandat à la réunion de Paris […] n’aide pas la confiance au sein de l’UE ».

** Natália Silenská et Fernando Heller ont contribué à la rédaction de cet article.

(AM/SN)