Rome abandonne l'idée de l'impôt sur la fortune
La décision de l'Italie d’abandonner l'idée d'un impôt sur la fortune, annoncé dans son plan d'austérité d’urgence ce mois-ci, a suscité de nombreuses critiques, alors que le rachat d'obligations italiennes par la Banque centrale européenne n'a été accueilli qu'avec peu d'enthousiasme.
La décision de l'Italie d’abandonner l'idée d'un impôt sur la fortune, annoncé dans son plan d'austérité d’urgence ce mois-ci, a suscité de nombreuses critiques, alors que le rachat d'obligations italiennes par la Banque centrale européenne n'a été accueilli qu'avec peu d'enthousiasme.
La banque centrale italienne a prévenu hier (30 août) que les efforts de Silvio Berlusconi pour réduire la dette du pays risquaient d’affaiblir le taux de croissance, alors que la vente de 8 milliards d'euros d'obligations italiennes menace de remettre l'Italie, troisième économie de la zone euro, au cœur de la crise de la dette.
Ignazio Visco, le directeur général adjoint de la Banque d'Italie, a déclaré que la croissance de son pays pourrait être inférieure à un pour cent en 2011 et même encore plus faible en 2012. Il a également affirmé que les tensions restaient fortes sur les marchés, malgré les mesures d'austérité du gouvernement.
De nombreux analystes s'attendent à une croissance proche de zéro l'année prochaine, alors que l'austérité frappera ce pays, considéré comme trop grand pour recevoir un renflouement si l'émission d'obligations visant à éponger sa dette de 1 900 milliards d'euros devenait trop coûteuse pour lui.
Dans le même temps, les mesures d'austérité de 45,5 milliards d'euros proposées par le gouvernement pour équilibrer le budget d'ici 2013 ont suscité des critiques pour leur manque de précision et l'absence de réformes vouées à accroître le potentiel de croissance.
« Les problèmes de croissance économique sont considérés comme une entrave à la possibilité d'équilibrer les finances de notre pays », a déclaré M. Visco lors d'une réunion de la commission budgétaire du Sénat.
Il a fait ces remarques après que la BCE a décidé d'acheter des obligations italiennes, étant donné que l'adjudication de BTPs à long terme n'a suscité que peu d'engouement, ce qui a fait grimper le spread des obligations allemandes à 10 ans au-delà des symboliques 300 points de base.
L'adjudication d'obligations était considérée comme un test pour les mesures d'urgence vouées à limiter la propagation de la crise de la dette dans la zone euro.
Les acteurs du marché affirment que la BCE a dépensé environ 43 milliards d'euros pour acheter des titres de dette italienne depuis qu'elle a réactivé son programme de rachat d'obligations ce mois-ci, afin d’endiguer la propagation de la crise à l'Italie et à l'Espagne.
L'Italie n'est pas passée loin d'un effondrement semblable à celui qu’à connu la Grèce le mois dernier, lorsque les rendements de ses obligations à 10 ans se sont envolés à des taux insoutenables dépassant les 6 %.
La récente intervention de la BCE a apaisé les craintes d’une crise immédiate qui pourrait s'abattre sur l’ensemble de la zone euro, faisant redescendre les rendements obligataires juste au-dessus des 5 %. Le faible résultat de l'adjudication de mardi montre toutefois à quel point la situation reste fragile.
Marche arrière sur certaines mesures d'austérité
M. Visco a affirmé que dans l’ensemble, les mesures d'austérité étaient en accord avec les recommandations de la Banque centrale européenne s'agissant de rééquilibrer le budget, mais que le plan final devrait inclure des mesures vouées à stimuler la croissance de l'Italie, dont l'économie est l'une des plus stagnantes au monde.
« L'équilibrage du budget doit être combiné à une politique économique visant à raviver les perspectives de croissance de notre économie », a-t-il expliqué.
Le plan d'austérité a été approuvé suite à de fortes pressions de la part de la BCE plus tôt dans le mois, mais le gouvernement a depuis abandonné certains aspects de ce plan, notamment un impôt sur la fortune. Il a également promis de faciliter les réductions de financement des gouvernements locaux.
Silvio Berlusconi, qui risquait la rupture avec ses partenaires de la coalition de la Ligue du Nord au sujet des augmentations d'impôts et des coupes budgétaires, a affirmé qu'il était satisfait de l'accord trouvé hier sur les amendements, qui laisse selon lui inchangée l'ampleur du plan.
Toutefois, les analystes ont affirmé le manque de détails étayant ces mesures et l'incertitude générale autour de ce plan impliquait que les marchés resteraient méfiants vis-à-vis de la capacité de Rome à contrôler ses finances publiques.
« La modification répétée des mesures n'est pas un signe positif, car elle montre qu'il existe une certaine division et indécision au sein du gouvernement, ce qui inquiète les marchés », a déclaré Giada Giani, économiste chez Citigroup.
Avec des perspectives de croissance hésitantes aux Etats-Unis et le Fonds monétaire international inquiet de l'état du secteur bancaire européen, l'avenir de l'économie italienne reste très incertain, ce qui menace également les prévisions budgétaires.
Ignazio Visco a affirmé que les efforts de réduction du déficit entraveraient inévitablement la croissance économique, et que la croissance dans la zone euro au second semestre risquait d'être inférieure à la moitié de celle du premier semestre.
« En tenant compte de ces facteurs, dans un environnement qui demeure extrêmement incertain, la croissance du PIB pourrait être inférieure à un point de pourcentage cette année, et même plus faible en 2012 », a-t-il déclaré.
« Cela aurait inévitablement un effet sur les finances publiques, ce qui rendrait encore plus difficile l'objectif d'équilibrer le budget et ralentirait le renversement du poids de la dette publique ».
En juillet, la Banque d'Italie avait prévu une croissance de 1 % en 2011 et de 1,1 % en 2012. Mardi, le directeur de l'agence de statistiques ISTAT a annoncé que la croissance risquait de ne guère excéder les 0,7 % en 2011.
De nombreux économistes privés sont encore plus pessimistes : certaines grandes banques telles que Citigroup et Morgan Stanley prévoient en effet que l'économie se contracte en 2012.
L'appel d'Ignazio Visco à multiplier les mesures visant à augmenter la compétitivité et à créer un environnement plus favorable pour les entreprises reflète les inquiétudes exprimées par d'autres groupes, notamment Confindustria, la principale fédération d'employeurs italienne.
Ses remarques ont toutefois également permis de se rendre compte à quel point il sera difficile de contrôler le déficit tout en encourageant la croissance.
« Restaurer les finances publiques afin de rééquilibrer le budget d'ici 2013, ralentira la croissance, mais il n'y a pas d'autre solution », a déclaré Ignazio Visco devant le sénat. « Tout autre scénario aurait des conséquences encore plus traumatisantes pour notre pays ».
EURACTIV avec Reuters – Article EURACTIV traduit de l'anglais