Sarkozy voulait-il amputer le budget européen de 200 milliards d’euros ?
La position du gouvernement sur le budget de l’UE pour 2014-2020 reste confuse. Mais les socialistes assurent qu’ils n’assècheront pas le financement des politiques européennes, contrairement aux intentions présumées de l’équipe précédente.
La position du gouvernement sur le budget de l’UE pour 2014-2020 reste confuse. Mais les socialistes assurent qu’ils n’assècheront pas le financement des politiques européennes, contrairement aux intentions présumées de l’équipe précédente.
Plus d’un an après les premières propositions de Bruxelles, la France n’a toujours pas clairement affiché ses intentions sur le budget européen pour 2014-2020.
Quand certains États, comme l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Finlande ou encore la Suède affichent une ligne de négociation dure, citant régulièrement la nécessité de réduire les dépenses européennes de 100 milliards d’euros, Paris reste flou. « Dans un pays où l’austérité est un gros mot, la France se cache un peu », observe un diplomate européen.
Le gouvernement évite donc soigneusement de préciser l’ampleur des coupes à réaliser, mais rappelle les intentions présumées de ceux qui l’ont précédé.
Devant les parlementaires socialistes réunis à Dijon le 19 septembre, le ministre des Affaires européennes Bernard Cazeneuve a agité le chiffre comme un chiffon rouge : «Le précédent gouvernement voulait faire 200 milliards d’euros de coupes par rapport aux propositions de la Commission européenne.»
Une source ministérielle haut placée ne dit pas autre chose : « La France avait une position plus dure que les Britanniques. Elle cherchait à diminuer sa contribution au budget européen et voulait faire 200 milliards d’économies sur le paquet global ». Et c’est ce même chiffre que l’ancien député européen Gilles Savary reprend sur son blog.
Stratégie intenable
Sur un budget annoncé de 1033 milliards d’euros de crédits d’engagements, le trésor européen devait donc fondre de près de 20%.
Un chiffre exorbitant qui fait sursauter les parlementaires : « La seule délégation nationale qui évoque le chiffre de 200 milliards, c’est la délégation britannique », constate Alain Lamassoure, président UMP de la commission des Budgets au Parlement européen. « Il est vrai que la France a rejoint à l’automne 2011 le club des pingres, qui s’appelle pudiquement le groupe des amis du mieux dépenser. Mais elle n’a pas avancé de chiffre précis ».
Au Sénat, un spécialiste du sujet n’y croit pas : « Cette stratégie aurait été intenable sans toucher au cœur de la politique européenne, à savoir la PAC ».
Le député de droite Jean Leonetti, qui exerçait les fonctions de ministre des Affaires européennes au moment du lancement des négociations budgétaires, s’étonne de l’ampleur du montant : « La France a dit qu’elle ne pouvait pas donner plus, mais pas qu’elle allait donner moins », réagit-il.
200 milliards d’euros ? « Ce chiffre n’a aucune réalité française », renchérit un diplomate à Bruxelles. A moins que l’idée ne soit née « au fin fond d’un bureau sans fenêtres de Bercy », plaisante un autre conseiller.
Parti pris technocratique
La vérité n’est pas loin : « Cette position vient de la direction du budget à Bercy, atteste un haut fonctionnaire à Bruxelles. Elle a été défendue dans des réunions, mais pas au niveau politique ». En clair, elle est le reflet d’un parti pris technocratique qui n’a pas été entériné par l’Elysée ou Matignon.
A l’heure où l’UMP devient l’allié incongru du PS pour ratifier le traité sur la stabilité budgétaire, la gauche doit trouver des raisons pour faire contraste avec l’action de la droite sur les sujets européens.
« Quand Bernard Cazeneuve a pris ses fonctions, on lui a beaucoup reproché de reproduire la ligne de négociation du précédent gouvernement, observe Gilles Savary, vice-président PS du Conseil général de Gironde. La cause avait disparu, mais les effets demeuraient. »
D’où les contorsions du gouvernement pour essayer d’affirmer sa différence, même si les lignes rouges restent inchangées : protection des aides agricoles et gel de la contribution française au budget européen.