Semaine de deuil national en Pologne

Après la mort du président polonais, une semaine de deuil national a été décidée. Les élections présidentielles, qui devaient avoir lieu à l’automne, pourraient être avancées au mois de juin.

EURACTIV.fr

Après la mort du président polonais, une semaine de deuil national a été décidée. Les élections présidentielles, qui devaient avoir lieu à l’automne, pourraient être avancées au mois de juin.

Deux minutes de silence ont été respectées en Pologne, dimanche 11 avril, après le crash de l’avion présidentiel qui a fait 96 victimes, la veille, aux alentours de 10h du matin. Le corps du président a été rapatrié dans l’après midi, dimanche. Un deuil national d’une semaine a été décidé.

Des experts russes et polonais ont commencé à étudier ensemble les boites noires de l’avion pour tenter de trouver une explication à l’accident. Selon les premières informations, le pilote de l’avion n’aurait pas respecté les indications de la tour de contrôle qui lui indiquait de ne pas atterrir à Smolensk. 

Outre le président Lech Kaczy?ski et sa femme, les plus hautes personnalités de l’État se trouvaient dans l’appareil, décimant ainsi la direction du pays.

Le président de la Banque centrale polonaise, Slawomir Skrzypek, et les principaux chefs de l’armée étaient présents. Le ministre adjoint aux Affaires étrangères, Andrzej Kremer, ainsi que d’autres ministres et parlementaires étaient également à bord.

Le Tupolev Tu-154 s’est écrasé à Smolensk, à quelques kilomètres de Katyn ou se rendait le président de la République. Katyn constitue un épisode très douloureux de l’histoire polonaise. Pendant la seconde guerre mondiale, le pays avait été attaqué par les Allemands et les Russes. Les milliers de représentants de l’élite polonaise, prisonniers à Katyn, ont été assassinés sur ordre de Staline en 1940. La Russie n’a pourtant reconnu être l’auteur de ce crime qu’en 1990.

Trois jours avant la catastrophe du samedi 10 avril, le premier ministre polonais Donald Tusk était à Katyn aux côtés de son homologue russe, Vladimir Poutine, pour commémorer ce massacre. Un pas en avant des Polonais considéré comme un signe d’amélioration des relations entre Moscou et Varsovie.

Vladimir Poutine avait préféré inviter M. Tusk, plus apprécié des Russes que le président polonais. De son côté, Lech Kaczy?ski avait pourtant décidé de se rendre à Katyn, trois jours après, accompagné d’une importante délégation officielle.

Le président de la Diète assure l’intérim

Après la mort de Lech Kaczy?ski, le président de la Diète, Bronis?aw Komorowski, assure l’intérim comme le prévoit la constitution polonaise. Membre du parti plateform civique dirigé par Donald Tusk, il était censé être le principal opposant de Kaczy?ski dans la course à la présidentielle.

Lech Kaczy?ski, âgé de 60 ans, avait pris le pouvoir en décembre 2005 après avoir battu Donal Tusk, l’actuel premier ministre. Le président prévoyait de se présenter pour un second mandat à l’occasion des élections qui devaient avoir lieu à l’automne. Elles devraient être avancées au mois de juin.

Contrairement à la plupart des pays européens, la Pologne ne dispose d’aucune règle spécifique concernant l’organisation de ses voyages officiels. En France, par exemple, le premier ministre et le président de la République ne peuvent pas prendre le même avion.

« Non, nous ne disposons pas de ce genre de règles », a déclaré à l’AFP, dimanche 10 avril, Dariusz Aleksandrowicz, porte parole du Bureau de protection du gouvernement polonais (BOR). « A chaque fois, la décision ultime sur la composition d’une délégation officielle est prise par le président ou par le premier ministre ».

REACTIONS :

«Jésus, Sainte Marie, c’est une tragédie inimaginable, un malheur inimaginable», s’est écrié l’ex-président polonais, Lech Walesa, en apprenant l’accident de l’avion du président.

«Il y a 70 ans à Katyn, les Soviétiques ont éliminé les élites polonaises. Aujourd’hui l’élite polonaise y a péri, alors qu’elle se rendait pour rendre hommage aux Polonais tués» en 1940, a déclaré M. Walesa.

Le président russe Dmitri Medvedev et son Premier ministre Vladimir Poutine ont présenté leurs condoléances après la catastrophe aérienne samedi en Russie dans laquelle le président polonais Lech Kaczynski a été tué, promettant une enquête minutieuse sur ce drame.

« Je suis profondément bouleversé par la nouvelle de la mort du président Lech Kaczy?ski, son épouse et différentes hautes personnalités et représentants polonais dans un accident d’avion ce matin. Je connaissais le président Kaczy?ski personnellement (…) et je suis très attristé par sa mort. La Pologne perd un grand patriote et chef d’État. Son engagement politique avait pour but de servir le peuple polonais », a déclaré le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy.  

« J’ai eu l’occasion de travailler très étroitement avec le Président Kaczynski dans un esprit de loyauté, et je respectais ses convictions de patriote polonais qui dans le même temps était très engagé pour l’Union européenne et ses valeurs de liberté et solidarité », a déclaré le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. Il a exprimé ses « sincères condoléances à la Pologne pour le décès du Président Kaczynski, ainsi que de son épouse et de ceux qui l’accompagnaient dans des circonstances tragiques, alors qu’ils étaient en route pour la commémoration du 70ème anniversaire des massacres de Katyn ».

En France

Le président français, Nicolas Sarkozy, a exprimé sa « très grande émotion » et sa « profonde tristesse », dans un communiqué samedi 10 avril. « En ce moment si douloureux », le chef de l’État « transmet toute sa sympathie à la famille du président Kaczynski ainsi qu’à l’ensemble des familles des victimes de cet accident et tient à exprimer, en son nom personnel et au nom du peuple français, ses condoléances les plus attristées ». Lech Kaczynski était un « inlassable défenseur des idées auxquelles il croyait, il s’est toujours battu avec conviction pour les valeurs qui ont fondé son entrée en politique : la démocratie, la liberté et la lutte contre le totalitarisme ». « Avec sa disparition, la France perd un ami profondément attaché au développement des relations entre nos deux pays ».

Le premier ministre, François Fillon, a présenté ses condoléances au gouvernement au peuple polonais dans un communiqué. Il a tenu à saluer « la mémoire d’un homme d’État, animé de fortes convictions et pleinement engagé à servir et promouvoir les intérêts et le rayonnement de son pays sur la scène européenne et internationale.Lors de ses rencontres avec le Président Kaczynski, le Premier ministre avait pu apprécier son attachement à renforcer les relations historiques, étroites et profondes entre la Pologne et la France et à conforter l’amitié exceptionnelle entre nos deux peuples. »

La première secrétaire du PS, Martine Aubry, et le secrétaire national du PS aux relations internationales, Jean-Christophe Cambadélis, ont adressé dans un communiqué « leurs condoléances aux familles et au peuple polonais ». « Parmi les nombreuses victimes, le PS déplore la perte de plusieurs parlementaires du SLD (Alliance de la gauche démocratique, parti frère du PS) et de Jerzy Szmajdzinski, le vice-président de la Diète et qui était aussi candidat à l’élection présidentielle de novembre ».

Le président de la sous commission défense du Parlement européen, Arnaud Danjean, a souligné, dans un communiqué que la Pologne était une « nation majeure dans la construction de la Politique de Sécurité et de Défense Commune, dont les militaires et les experts civils contribuent de façon croissante à la définition d’une nouvelle ambition européenne en matière de sécurité et de défense, sur tous les théâtres de crise où l’Union Européenne affirme son identité. » « Les hauts responsables polonais tragiquement disparus aujourd’hui ont tous contribué à cette œuvre remarquable et respectable. Nous leur devons un hommage unanime », a-t-il ajouté.