Semi-conducteurs : Intel réalise « le plus important investissement de l’histoire de la Pologne »

Les dirigeants du fabricant américain de semi-conducteurs Intel et du gouvernement polonais ont annoncé un investissement de 4,2 milliards d’euros dans la région de Basse-Silésie, à la suite du lancement l’année dernière d’un plan d’investissement massif en Europe.

Euractiv.com
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Pat Gelsinger, PDG monde d'Intel, Mateusz Morawiecki, Premier ministre polonais, et leurs équipes lors de la conférence de Wrocław annonçant l'investissement d'Intel. [EURACTIV]

[Cet article a été modifié le 20 juin à 12h19 pour mettre à jour les données de pourcentage de productions d’énergie renouvelable en Pologne.]

Les dirigeants du fabricant américain de semi-conducteurs Intel et du gouvernement polonais ont annoncé conjointement un investissement de 4,2 milliards d’euros dans la région de Basse-Silésie vendredi (16 juin), à la suite du lancement l’année dernière d’un plan d’investissement massif couvrant l’Allemagne, la Pologne, la France, l’Espagne, l’Italie et l’Irlande.

La pandémie de Covid-19 a entraîné une pénurie mondiale de semi-conducteurs, poussant l’UE à mettre en œuvre un plan visant à atteindre une « autonomie stratégique » dans ce secteur d’activité.

Le Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, a assisté à la conférence d’annonce officielle pour saluer « l’investissement le plus important de l’histoire polonaise », déclarant à l’ambassadeur des États-Unis en Pologne, Mark Brzezinski, que cet investissement renforcera également les « liens transatlantiques ».

Pour stimuler les capacités nationales de fabrication de semi-conducteurs, l’UE a récemment adopté le règlement sur les semi-conducteurs (Chips Act), conçu pour établir un cadre aux subventions d’État. L’UE est entrée dans une course à la création d’usines de semi-conducteurs, appelées « mega fabs », afin de faire décoller le secteur.

Cependant, les États membres de taille plus modeste ont remis en question cet assouplissement des règles européennes en matière de subventions publiques, estimant que seuls les pays les mieux dotés financièrement seront en mesure de mettre sur la table les ressources financières nécessaires pour garantir de coûteux nouveaux investissements.

Pourtant, M. Morawiecki n’a pas mentionné le montant de la subvention polonaise qui doit garantir le projet d’Intel.

Interrogé par EURACTIV sur cette omission, Keywan Esfarjani, directeur des opérations mondiales d’Intel, a indiqué que la subvention était « difficile à quantifier » parce qu’elle ne devrait pas prendre uniquement la forme d’une subvention directe.

Comme c’est souvent le cas, le gouvernement polonais s’est également engagé à construire l’infrastructure dont l’usine aura besoin en matière de consommation d’énergie et d’eau, de réseaux de transport et de main-d’œuvre qualifiée.

Il s’agit d’un défi majeur pour la Pologne, car Intel s’est engagé à utiliser 100 % d’énergie renouvelable d’ici 2030 et à devenir une installation « net zero », c’est-à-dire neutre en CO2, d’ici 2040, conformément aux objectifs écologiques fixés par l’Union européenne.

En effet, le mix énergétique de la Pologne dépend encore largement du charbon, selon l’Autorité nationale polonaise de régulation de l’énergie (URE), et la production d’énergie renouvelable en 2022 ne représentait que 17,5 % du total.

Débloquer les fonds européens

L’augmentation de la production d’énergie verte de la part de Varsovie pourrait s’avérer particulièrement difficile étant donné que les fonds européens consacrés à la relance économique post-pandémie (RRF) sont gelés pour la Pologne depuis 2021.

La Commission européenne a déclaré qu’elle débloquerait les fonds, à condition que la Pologne résolve ses problèmes de manquements à l’État de droit, à commencer par la réforme de sa Cour suprême.

Pour débloquer les 35,4 milliards d’euros, le parti Droit et Justice (PiS), au pouvoir en Pologne, a proposé une loi à la chambre basse polonaise (la Diète), mais n’a pas réussi à trouver un accord au sein de ses rangs qui puisse satisfaire la Commission européenne.

M. Esfarjani a confié à EURACTIV qu’il se montrait « très confiant » en ce qui concerne le respect des objectifs écologiques et de niveaux de production. Il a souligné que la nouvelle installation serait « la seule usine d’assemblage et de contrôle de semi-conducteurs d’Intel » en Europe.

Selon lui, cette approche est cohérente avec la stratégie mondiale d’Intel qui consiste à posséder des sites de production proches de ses clients finaux et à construire des chaînes de valeur plus fiables et plus résilientes.

Il a expliqué que Miękinia, la ville choisie dans la banlieue de Wrocław, constitue un environnement idéal pour installer une usine de fabrication de produits finaux, directement destinés à la vente. Elle se trouve à 500 km de deux « mega fabs » de Magdebourg, en Allemagne, qui approvisionneront l’usine polonaise, et à 500 km de l’usine de recherche et de développement de Gdańsk, qui emploie actuellement 4 000 personnes.

À Magdebourg, le projet de construction a suscité la controverse, Intel ayant demandé un financement supplémentaire au gouvernement allemand en raison de la hausse de l’inflation et du prix de l’énergie.

Interrogé sur d’éventuels dépassements de coûts, comme pour Intel Magdebourg, M. Esfarjani a réitéré sa « confiance » dans la stabilité financière du projet polonais, malgré une inflation polonaise supérieure à 13 % en 2022.

Il a également énuméré les raisons pour lesquelles la région de Basse-Silésie a été choisie : il s’agit d’un endroit compétitif en matière de coûts bénéficiant d’une « grande source de talents », d’une bonne infrastructure, d’excellentes opportunités d’affaire et d’universités, citant Wrocław, Cracovie et Varsovie en exemple.

M. Morawiecki s’est dit satisfait que cet investissement incite les fournisseurs d’Intel à investir dans la région de Basse-Silésie, créant ainsi des milliers d’emplois indirects pour les Polonais et les réfugiés ukrainiens.

M. Esfarjani a confirmé que l’ambition d’Intel était de « rassembler les meilleurs talents », allant des techniciens, titulaires d’un diplôme de deux ans, aux titulaires d’un ou plusieurs doctorats « résolvant des problèmes très complexes relatifs à l’ingénierie, aux appareils et à la fiabilité des microprocesseurs ».

M. Esfarjani a assuré que lorsqu’Intel décide d’investir, c’est pour le long terme.

Les phases de conception et de planification du projet commenceront bientôt, tandis que la construction, qui doit encore être approuvée par la Commission européenne, devrait être achevée d’ici 2027.