Semi-conducteurs : la France soutient un investissement de 7,5 milliards d’euros
Le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a signé avec les PDG de STMicroelectronics et de GlobalFoundries un partenariat public-privé de 7,5 milliards d'euros. Le gouvernement a annoncé participer à hauteur de 2,9 milliards sur ce projet de création d’une usine de semi-conducteurs en France.
Ce lundi (5 juin), le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a signé avec les PDG de STMicroelectronics et de GlobalFoundries un partenariat public-privé de 7,5 milliards d’euros. Le gouvernement a annoncé participer à hauteur de 2,9 milliards sur ce projet de création d’une usine de semi-conducteurs en France.
Face à l’augmentation mondiale de la demande de semi-conducteurs, éléments essentiels de tous les appareils électroniques, les gouvernements des États-Unis, de la Chine et des États membres de l’Union européenne se sont lancés dans une course à la subvention de leur capacité de production nationale afin de réduire leur dépendance à l’égard des chaînes d’approvisionnement.
M. Le Maire a déclaré que l’accord signé lundi garantissait que l’État français pouvait potentiellement saisir « jusqu’à 5 % des capacités annuelles de production, pour servir des besoins souverains, de sécurité nationale, ou des besoins spécifiques aux TPE et aux PME » si la France devait être confrontée à une perturbation de la chaîne d’approvisionnement.
Le ministre de I’Économie a déclaré que cette mesure était conforme à « l’objectif de “de-risking” » que Paris s’est fixé pour prévenir toute future instabilité géopolitique.
Contenu de l’accord
Le PDG de GlobalFoundries, Thomas Caulfield, a qualifié l’accord de « partenariat » avec l’État français.
La concurrence mondiale est « rude », a indiqué M. Caulfield, alors que la course aux subventions se poursuit — les États-Unis à eux seuls ont budgété 52 milliards de dollars de subventions publiques à la production de semi-conducteurs dans leur CHIPS and Sciences Act.
La subvention française de 2,9 milliards d’euros représente près de 40 % du coût total du projet d’usine. Cette subvention devrait permettre aux deux industriels de doubler leur production d’ici à 2030, d’être plus économes en énergie et de développer des technologies de pointe.
Selon M. Le Maire, la technologie choisie pour cette usine devrait permettre de réduire de 60 % la consommation d’eau du processus industriel. M. Caulfield a ajouté que la technologie utilisée permettrait de consommer « 130 MW de moins » que les usines similaires.
Le ministre a indiqué qu’il souhaitait que la France devienne la « première nation au monde » à réaliser des gravures plus fines, de l’ordre de dix nanomètres, contre 40 actuellement. Jean-Marc Chéry, PDG de STMicroelectronics, a expliqué qu’avec ce niveau de précision, les semi-conducteurs pourront répondre à toutes les demandes futures du marché.
Course aux subventions
En février dernier, le fabricant américain de semi-conducteurs Intel a demandé au gouvernement allemand d’augmenter le financement de l’aide d’État déjà convenu pour la construction de deux « méga-usines » à la pointe de la technologie à Magdebourg.
La demande était justifiée par l’augmentation des coûts de l’énergie et des matières premières, la fabrication de semi-conducteurs étant une industrie à forte consommation énergétique. Cependant, cette demande a également alimenté les inquiétudes, certains craignant que les fabricants puissent monter les gouvernements les uns contre les autres dans un cadre global de course aux subventions.
Interrogé par EURACTIV France sur les risques d’augmentation des coûts, M. Le Maire a déclaré que l’accord était « définitif » et comprenait des « garanties sur le volume » de la production. Il a ajouté qu’en considérant ces dispositions, il n’y avait pas de risque de dérapage budgétaire sur ce projet.
De plus, « il y a de la place pour tous sur ce marché », a affirmé le ministre de l’Économie, expliquant que le « renforcement de la stratégie industrielle » française était en ligne avec celle de l’Union européenne.
M. Chéry a indiqué que « 50 % de l’usine est déjà construite et 33 % a déjà commencé à produire », soulignant qu’il n’y aura pas d’augmentation des coûts.
Il a également précisé que la demande de semi-conducteurs dans le domaine de la mobilité durable ou des énergies renouvelables était déjà présente et que l’usine en cours de construction dans la ville de Crolles, dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, à côté de Grenoble, sera en mesure de saisir ces opportunités.
Une stratégie industrielle coûteuse
Le gouvernement cherche à assurer « l’indépendance industrielle » de la France, a expliqué Bruno Le Maire, avant d’ajouter que cela ne fait pas partie d’une « stratégie de découplage » avec la Chine, qui « est hors propos et n’est pas atteignable ».
Il a ensuite ajouté que la subvention de 2,9 milliards d’euros faisait partie du plan d’investissement « France 2030 », qui vise à « combler le retard industriel français ».
« Il n’y a pas de nouvelles dépenses », a-t-il indiqué, faisant référence à la « discipline budgétaire » décidée par le gouvernement français pour réduire sa dette, qui s’élève actuellement à 111,6 % du PIB.
La question de savoir dans quelle mesure les dépenses publiques doivent financer l’investissement a suscité un vif débat en France, alors que l’agence de notation Fitch Ratings a baissé la note de la France il y a un mois, passant à AA-.
Toutefois, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P), qui contrairement à Fitch n’utilise pas de notes intermédiaires, a annoncé vendredi dernier (2 juin) que le pays conserverait sa note actuelle, à savoir AA.
La plus haute note possible note est AAA et la dégradation de la note de la France par S&P en 2012 avait été un camouflet pour le Président en exercice Nicolas Sarkozy, alors en fin de mandat.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]