Slovaquie : la rhétorique dangereuse d’un député sur la sortie de l’UE alerte les experts
Des politologues slovaques mettent en garde contre une évolution dangereuse du discours public après que Tibor Gašpar, député du parti populiste au pouvoir SMER, a fait allusion à la possibilité que la Slovaquie quitte l’UE et a été soutenu par le Premier ministre Robert Fico.
BRATISLAVA — Des politologues slovaques mettent en garde contre une évolution dangereuse du discours public après que Tibor Gašpar, député du parti populiste au pouvoir SMER, a fait allusion à la possibilité que la Slovaquie quitte l’Union européenne (UE) et a été soutenu par le Premier ministre Robert Fico.
Tibor Gašpar a réagi à une proposition du parti d’opposition pro-UE libéral Liberté et solidarité (SaS) visant à inscrire dans la constitution l’appartenance de la Slovaquie à l’UE et à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), en affirmant que si « le SMER n’a pas pour priorité ni pour objectif de quitter l’UE ou l’OTAN, ces deux associations évoluent avec le temps ».
Il a ajouté que les principes fondamentaux de fonctionnement au sein de l’UE ont changé depuis l’adhésion de la Slovaquie. Par conséquent, il faut laisser la porte ouverte à une sortie de l’UE comme possible solution.
Son commentaire a suscité de vives réactions de la part de l’ensemble de l’échiquier politique. Il a notamment été critiqué par les partis d’opposition, le président slovaque Peter Pellegrini et son parti populiste HLAS-SD, mais aussi par certains membres du gouvernement, comme le ministre de l’Environnement Tomáš Taraba (Parti national Slovaque, SNS).
Tibor Gašpar a tenté d’adoucir ses propos face à ce tollé, affirmant que les médias tentaient de « créer l’hystérie ». De son côté, Robert Fico a pris sa défense, déclarant qu’il était « absolument d’accord » avec la position du député de son propre parti selon laquelle la Slovaquie doit se préparer à tous les scénarios de crise possibles auxquels l’UE pourrait être confrontée.
« Tout comme le Pacte de Varsovie s’est effondré en l’espace d’un an, les événements mondiaux peuvent reléguer l’UE et l’OTAN aux livres d’histoire. Les larmes des Slovaques n’y changeront rien », a affirmé Robert Fico dans une vidéo diffusée sur Facebook samedi soir.
Ce dernier a ajouté que, si l’UE et l’OTAN constituaient « l’espace vital » de la Slovaquie, personne n’empêcherait le pays de se préparer contre les risques potentiels.
Deux analystes politiques toutefois ont reconnu que les remarques de Tibor Gašpar sur l’UE et l’OTAN étaient « très dangereuses », malgré ses tentatives de les minimiser.
Des sympathies pour l’extrême droite
Grigorij Mesežnikov, président de l’Institut des affaires publiques de Bratislava, reconnait que de telles déclarations sont sans précédent dans le discours public, bien qu’elles ne soient pas si surprenantes de la part de Tibor Gašpar lui-même.
Radoslav Štefančík, politologue à l’université d’économie de Bratislava, souligne que les commentaires du député devraient être compris dans le contexte de ses déclarations précédentes, comme son soutien à la montée des partis d’extrême droite lors des élections du Parlement européen.
« Tibor Gašpar reflète depuis longtemps la rhétorique de l’extrême droite européenne avec ses déclarations sur l’UE, et ses commentaires doivent donc être traités avec une extrême prudence », prévient le politologue.
Il ajoute que, si le SMER se décrit comme un parti social-démocrate, ses représentants ont récemment exprimé leur soutien à la popularité croissante des partis européens d’extrême droite, partageant leurs positions critiques sur l’UE et leur stricte rhétorique anti-immigration.
Grigorij Mesežnikov estime que certaines factions du SMER sont véritablement « en désaccord » avec l’Union européenne, soulignant le fait que nombre de ses eurodéputés votent aux côtés de l’extrême droite au Parlement européen.
Il pense cependant qu’ils n’ont pas de réelle volonté de faire sortir la Slovaquie de l’Union européenne et qu’ils perdront le pouvoir avant que des mesures pratiques ne soient prises.
En effet, le gouvernement de Robert Fico est confronté à une crise de coalition alors qu’il peine à trouver une majorité au parlement. Le Premier ministre, qui fait face à une opposition croissante à sa politique pro-russe, a brandi des élections anticipées ou un remaniement du gouvernement comme menace si les partis ne parviennent pas à résoudre la situation d’ici le mois de mars.
[AM]