Sociaux-démocrates et Verts veulent un nouvel agenda social

Martin Schulz doute que le Parti populaire européen puisse regrouper une majorité derrière son candidat, Jean-Claude Juncker. Le PPE connaît en effet de nombreuses divisions internes et a perdu de nombreux sièges.

EURACTIV.com
Martin Schulz. Berlin, 2006. [Shutterstock]
Martin Schulz. Berlin, 2006. [Shutterstock]

Martin Schulz doute que le Parti populaire européen puisse regrouper une majorité derrière son candidat, Jean-Claude Juncker. Le PPE connaît en effet de nombreuses divisions internes et a perdu de nombreux sièges.

Le Parti populaire européen sort victorieux des européennes en nombre de sièges, à 213 contre 190. Mais Martin Schulz, tête de liste des sociaux-démocrates, doute que son rival Jean-Claude Juncker puisse former une majorité au sein du Parlement européen. Un point de vue que partagent d’autres candidats.

« Le prochain président doit trouver une majorité au Parlement […] une majorité qui devra être construite sur la base d’un programme », a déclaré le candidat allemand.

Pour les socialistes et démocrates européens, la prochaine majorité devrait se structurer autour de trois « éléments centraux » afin de recevoir leur soutien. Il s’agit notamment de la lutte contre le chômage des jeunes, contre la fraude et l’évasion fiscales et pour plus de contrôle sur le secteur bancaire, a expliqué Martin Schulz à la presse au Parlement européen, tard dans la nuit du 25 mai, une fois les premiers résultats en main.

>> Lire aussi : Piketty : « il est surprenant qu’un des candidats européens vienne d’un paradis fiscal ».

Le changement, c’est urgent

Le nouveau Parlement européen est dominé par le centre-droit. Mais la gauche et la gauche radicale ont obtenu leurs meilleurs scores dans la majorité des pays qui ont fait l’objet de sauvetage. Les mesures d’austérité mise en place y ont d’ailleurs des conséquences sociales tragiques.

En Grèce, le parti Syriza d’Alexis Tsipras, membre de la GUE/NGL, a fait campagne contre l’austérité et le programme de la Troïka. Il a gagné haut la main les élections européennes, loin devant le parti grec de centre-droit au pouvoir, la Nouvelle démocratie. En Italie et au Portugal, les Socialistes et démocrates (S&D) arrivent en tête, autant de « signaux clairs » qui prouvent que les politiques actuelles de coupes budgétaires «  ne fonctionnent pas ».

« Ces politiques touchent les plus démunis, ce qui était prévisible. Quand vous regardez l’état de la Grèce, où les gens sont désespérés, il est compréhensible qu’ils se tournent vers la gauche, une gauche solide », explique Bernadette Ségol, secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES).

Lors d’un entretien avec EURACTIV, elle a expliqué que les attentes des syndicats européens vis-à-vis du prochain Parlement européen étaient avant tout l’arrêt de l’austérité et la mise en place d’ « un grand plan d’investissement dans des emplois de qualité ». Selon elle, ce point de vue est également partagé par certains membres du PPE qui veulent aussi « une Europe plus sociale ». À ses yeux, le problème provient des eurodéputés allemands de centre-droit. Mais « ils devront se rendre à l’évidence : ils ne sont pas tout seuls », espère-t-elle.

« Nous voulons travailler avec les eurodéputés qui sont convaincus que l’Europe c’est plus que le libre-échange », a-t-elle poursuivi.

« Quand vous avez 26 millions de personnes au chômage et aucune croissance, il est difficile de dire que ces politiques fonctionnent. Le risque est que le projet européen se retrouve affecté par le ras-le-bol des travailleurs », a-t-elle ajouté.

Offensive verte

L’investissement dans l’emploi est aussi une condition préalable pour les Verts en vue de constituer une future majorité, selon la tête de liste, Ska Keller. Devant un parterre de journalistes, elle a émis des doutes quant au programme politique du Jean-Claude Juncker, et son aptitude pour devenir le prochain président de la Commission européenne.

« Pour sortir de la crise, il est important à nos yeux d’investir dans l’économie verte afin de sortir les gens du chômage, d’assurer des emplois stables qui donnent des perspectives aux jeunes, mais aussi de lutter contre le changement climatique tout comme de mettre fin à l’opacité sur le partenariat transatlantique non-démocratique », a déclaré Ska Keller à propos des prérequis en vue de soutenir le futur président de la Commission.

Selon elle, rien n’indique encore très clairement que le candidat du PPE devienne le prochain président de la Commission, car « le programme n’est pas clair ».

« Nous avons vu Jean-Claude Juncker dans les débats, mais il a souvent affirmé des choses qui n’apparaissent pas dans le programme du PPE », a-t-elle indiqué.

« Tout est possible »

La gauche compte également sur les divisions internes au sein du PPE. Avant la publication des premiers résultats , le président sortant des socialistes européens, Hannes Swoboda, a insisté pour dire que le PPE « avait perdu de nombreux sièges ». Il a ainsi assuré à EURACTIV « qu’il n’y avait pas de raison de faire une grande coalition, puisque le PPE a moins d’importance ».

Les représentants du S&D ont souligné que l’unité à l’intérieur du PPE était compromise, notamment par le premier ministre hongrois, Viktor Orban. Celui-ci a déclaré à une chaîne de télévision locale une journée avant les élections qu’il lui était « impossible » de soutenir la candidature de Jean-Claude Juncker « même en cas de victoire ».

Avant que les résultats définitifs ne soient révélés, Hannes Swoboda n’a pas exclu la possibilité que Martin Schulz devienne le prochain président de la Commission.

Les sociaux-démocrates semblent rester confiants et considèrent qu’il ne sera pas facile de les « éviter » dans les négociations à venir.

« Sans les socialistes et démocrates, il n’y a pas de majorité possible. Si nous trouvons des alliés au Parlement en vue de construire une majorité, nous sommes préparés aux négociations. Les prochaines heures et journées m’intéressent donc », a déclaré Martin Schulz dans son discours après la fin des élections.