Technologies propres : à Bucarest, l’UE et les États-Unis affichent une rivalité amicale

La commissaire européenne à l’Énergie et son homologue américaine ont profité d’une réunion des ministres de l’Énergie d’Europe centrale et orientale à Bucarest cette semaine pour entretenir la rivalité amicale entre les deux blocs dans le domaine des technologies propres.

/ Euractiv.com
Visit of Kadri Simson, European Commissioner, to Romania
La commissaire européenne à l’Énergie Kadri Simson et la secrétaire américaine à l’Énergie Jennifer Granholm. [UE/Mihai Barbu]

La commissaire européenne à l’Énergie et la secrétaire américaine à l’Énergie ont profité d’une réunion des ministres de l’Énergie d’Europe centrale et orientale à Bucarest cette semaine pour entretenir la rivalité amicale entre les deux blocs dans le domaine des technologies propres.

L’Union européenne et les États-Unis ont désigné au cours des dernières années les technologies propres, telles que les éoliennes, les panneaux solaires et les batteries, comme étant essentielles à leur sécurité et à leur prospérité. Si cette démarche a été encouragée par la domination de plus en plus visible de la Chine en la matière et par l’arrêt des livraisons de gaz russe, elle a également suscité des tensions entre Bruxelles et Washington.

La loi américaine sur la réduction de l’inflation (Inflation Reduction Act, IRA) de 2022, qui prévoit des subventions pour la fabrication sur le sol américain de technologies énergétiques propres, a particulièrement irrité la Commission européenne. Cette dernière a qualifié la loi de protectionniste mais depuis lors, les deux blocs se sont efforcés d’aplanir leurs divergences à ce sujet.

La cinquième réunion du Partenariat pour la coopération transatlantique en matière d’énergie et de climat (P-TECC), qui s’est tenue à Bucarest mercredi 24 juillet, a été l’occasion pour les deux parties de s’entretenir amicalement.

« C’est toujours un plaisir de rencontrer ma chère amie », a tweeté la commissaire européenne à l’Énergie, Kadri Simson, après avoir rencontré la secrétaire d’État américaine à l’Énergie, Jennifer Granholm, soulignant que la coopération a été « très bonne » pendant des « périodes difficiles ».

Jennifer Granholm a quant à elle exprimé son plaisir de s’engager avec sa « chère homologue de l’UE ».

La secrétaire d’État américaine a tenu à souligner les aspects positifs de la loi sur la réduction de l’inflation pour les autres pays, soulignant que « sur l’ensemble des annonces et des investissements dans la fabrication d’énergie propre aux États-Unis entre 2021 et 2023, plus de la moitié impliquent des entreprises étrangères ou des coentreprises ».

Elle a également exprimé son intérêt pour un échange avec l’Europe sur le développement de l’énergie géothermique.

La réunion du Partenariat rassemblait 24 pays d’Europe centrale et orientale, dont l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie.

Dans un tweet publié à l’issue de la réunion, Kadri Simson a salué la coopération transatlantique et a cité l’abandon progressif des combustibles fossiles russes comme « un bon exemple de notre travail commun ».

Stratégies industrielles divergentes

Si les États-Unis et l’Union européenne promeuvent tous deux les technologies propres, leurs politiques industrielles diffèrent.

L’approche américaine, fondée sur des incitations fiscales, a permis l’ouverture de 785 usines, note Jennifer Granholm.

En revanche, l’UE du mal à financer ses ambitions industrielles. La proposition de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de créer un Fonds de souveraineté qui financerait ces ambitions n’a pas obtenu un soutien suffisant de la part des États membres.

Les Vingt-Sept sont en effet divisés sur la nécessité d’augmenter le budget européen et ne parviennent pas à s’accorder sur un éventuel emprunt commun de l’UE pour ce faire. En outre, certains pays sont susceptibles de bénéficier plus que d’autres d’une politique industrielle élaborée au niveau de l’Union, ce qui complique davantage les discussions.

Parallèlement à cela, privée de financement, la politique industrielle phare de l’UE, le règlement pour une industrie « zéro net » (Net-Zero Industry Act, NZIA), ne fera pas grand-chose pour promouvoir la fabrication d’énergie propre, estiment les experts. Pas de quoi décourager Ursula von der Leyen, cependant.

Dans son discours prononcé avant sa réélection au Parlement européen la semaine dernière, elle a proposé un Pacte pour une industrie propre (Clean Industry Pact), qui devrait être présenté dans les 100 premiers jours de son nouveau mandat. Ce pacte serait financé par une « législation visant à accélérer la décarbonation de l’industrie » et un Fonds pour la compétitivité. Toutefois, il n’est toujours pas clair comment ces nouveaux fonds publics seront financés.

Le financement privé est également un défi, car l’UE n’a pas encore achevé l’Union des marchés de capitaux (UMC) qui permettrait d’accroître les flux d’argent privé au sein du bloc. Pour y remédier, la présidente reconduite de l’exécutif a également proposé dans son discours une Union européenne de l’épargne et des investissements.

Avis de tempête pour les relations États-Unis-UE ?

La rencontre entre les deux femmes à Bucarest était probablement la dernière dans le cadre de leurs mandats actuels. En effet, l’Estonie, pays d’origine de Kadri Simson, n’a pas renommé cette dernière en tant que commissaire européenne pour la prochaine législature, et outre-Atlantique, une nouvelle administration sera nommée après l’élection présidentielle américaine de novembre.

Toutefois, indépendamment de ces deux personnalités, la dynamique UE-États-Unis en matière d’énergie et de climat pourrait connaître un changement plus important dans les mois à venir, en fonction de qui sera le nouvel occupant de la Maison-Blanche.

En effet, le candidat républicain Donald Trump ne partage pas l’enthousiasme de l’administration actuelle pour les technologies énergétiques propres, et plaide pour une politique commerciale plus protectionniste, ce qui pourrait raviver les tensions avec l’Europe.

Il est également moins engagé dans la défense de l’Ukraine — un objectif commun qui a beaucoup contribué à rapprocher Bruxelles et Washington au cours des deux dernières années.

Après l’annonce du retrait de Joe Biden de la course à la Maison-Blanche, la vice-présidente sortante Kamala Harris sera probablement la candidate démocrate qui affrontera Donald Trump. Elle a une position pro-environnementale plus en ligne avec le Pacte vert pour l’Europe (Green Deal) que son opposant républicain. Toutefois, sa volonté de garantir des emplois américains dans les technologies propres pourrait entrer en conflit avec les intérêts des Européens, qui souhaitent également profiter des retombées de la transition énergétique.

[Édité par Anna Martino]