Télécoms : les géants du numérique exhortés à mettre la main au portefeuille
Les opérateurs télécoms français ont présenté jeudi (3 février) leur cahier de doléances, à destination des candidats à l'élection présidentielle. 15 propositions parmi lesquelles on retrouve l'idée de créer un droit de passage pour les géants du numérique qui satureraient les réseaux sans contrepartie.
Les opérateurs télécoms français ont présenté jeudi (3 février) leur cahier de doléances, à destination des candidats à l’élection présidentielle. 15 propositions parmi lesquelles on retrouve l’idée de créer un droit de passage pour les géants du numérique qui satureraient les réseaux sans contrepartie.
Le débat n’est pas nouveau mais pourrait faire davantage de chemin cette fois, alors que les géants du numérique sont acculés de toute part pour leur position parfois jugée dominante sur certains marchés.
La Fédération Française des Télécoms (FFT), qui représente la plupart des opérateurs français, a ainsi remis sur la table l’idée de créer un péage pour que les « grands fournisseurs de contenus numériques » — comprendre ici les GAFA, mais également les plateformes de streaming comme Netflix — participent aux « coûts des réseaux afin d’assurer leur soutenabilité économique et environnementale »
« On demande la juste participation de ces acteurs », explique Michel Combot, directeur général de la FFT, à EURACTIV, alors que ces plateformes sont à l’origine d’une part non négligeable du trafic en France.
Dans son rapport 2021 sur l’état d’Internet en France, le gendarme français des télécoms (Arcep) pointait du doigt « une concentration de plus en plus nette du trafic entre un petit nombre d’acteurs dont la position sur le marché des contenus est renforcée ».
Les données de l’Arcep montrent que, à la fin de l’année 2020, Netflix représentait à lui seul un peu plus de 20 % du trafic en France, suivi par Google, Akamai (une société américaine spécialisée dans la mise à disposition de serveurs de cache pour les entreprises), Facebook et Amazon.
« La puissance actuelle » de ces acteurs leur a permis d’« imposer la gratuité de ce trafic » et a obligé les opérateurs « à céder au chantage », ajoute-t-il.
Cette proposition n’est pas inédite. L’Association européenne des opérateurs de réseaux de télécommunications (ETNO) a interpelé Bruxelles en novembre sur le fait qu’une « part importante et croissante du trafic sur le réseau est générée et monétisée par les grandes plateformes technologiques ».
Cela « ne peut être durable que si ces grandes plateformes technologiques contribuent également de manière équitable aux coûts du réseau », soulignait la fédération.
« Double vertu »
Selon M. Combot, créer ce droit de passage pour les géants du numérique afin qu’ils puissent utiliser les réseaux aurait une « double vertu ».
Cela permettrait, d’abord, de faire peser l’effort financier en partie sur ces entreprises, alors que les opérateurs ne cessent d’investir pour tenir le rythme.
À ce titre, les différents confinements se sont avérés être une véritable épreuve.
La généralisation du télétravail et l’augmentation de la consommation de vidéos ou de jeux vidéos en ligne ont exercé une forte pression sur les bandes passantes européennes — si bien que certaines plateformes de streaming, comme Netflix, ont dû accepter de réduire leur débit pour ne pas saturer les réseaux.
Cette main au portefeuille pourrait ainsi conduire à « responsabiliser » les plateformes, poursuit M. Combot, qui finiraient par « optimiser leurs flux » pour minimiser les coûts — à l’heure où l’empreinte environnementale du numérique est également dans le viseur des décideurs politiques.
Amazon n’a pas répondu aux sollicitations d’EURACTIV au moment de la publication. Google et Meta, parent de Facebook, ont indiqué ne pas vouloir commenter sur le sujet.